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Mourier.

Près de la mer, dans une folitude,
Où de mon pere eft le riche Palais,
Sur un balcon, dans mon inquiétude
Je me plaifois à respirer le frais.
Je promenois un foir mes yeux diftraits
Sur le cryftal de la plaine liquide;
Du fein des eaux je vois fortir foudain
Un habitant de l'élément humide,
Ayant le bufte et le vifage humain,
Mais dont le corps qu'une écaille décoré,
A mes regards offre un homme marin.

Il m'envifage avec un air ferein;
Objet charmant, dit-il, je vous adore,
Depuis deux mois je vous vois chaque jour
Sans vous oler découvrir mon amour.

Je brulerois, et me tairois encore !

Mais trop de maux pressent mon coeur jaloux,
Je fais qu' Ador veut être votre Epoux;

Prenez pitié de ma peine cruelle.

Le Souverain qui commande la-bas,
N'eft point fujet à la loi du trépas;

Je fuis fon fils. Mais ma mere eft mortelle;
Et le Deftin me rend mortel comme elle.
Si je confens d'allier à mon fort

Une Beauté de l'Océan' native,

J'acquiers le droit dont ma mere me prive,
Et me louftrais à l'infallible mort.

Je vous ai vue, et renonce à la vie;
Sans nul regret je vous la facrifie;
Mais pour le prix d'un effort généreux,
Rendez du moins tous mes inftans heureux.

En prononçant cet aveu qui me touche,
D'ardens éclairs s'élançoient de fes yeux,
Et les foupirs exhalés de fa bouche,
Embrafoient l'air d'un feu prodigieux.

Seigneur, lui dis-je, une fi belle flâine
Vous eût acquis l'empire de mon ame,

Mourier. Si je pouvois en difpofer encor.
Mais vous parlez à l'épouse d'Ador;
La foi noustiie, et les noeuds d'hymenée
Vont à la fienne unir ma déftinée.
Je dirai plus; la générofité,

Peut-être même un fentiment plus tendre,
(Peut-il, hélas! être mieux merité!)

A vos defirs me défend de me rendre;
Ce court bonheur vous auroit, trop coûté!
En vous privant d'une félicité

Dont votre coeur s'eft trop laiffé furprendre;
Celle à laquelle il m'eft doux de prétendre
Eft de vous rendre à l'immortalité.

Ah! c'eft en vain, dit-il. Daignez m'entendre,

Et connoiffez la trifte verité.

D'un mot ici mon deftin va dependre.

J'ai combattu mon penchant dangereux,
Sa violence à la fin me furmonte.

Tout fous les mers eft inftruit de mes feux.
Mais s'il falloit qu'un rival plus heureux
Vint m'accabler de dépit et de honte,
Quand je renonce au rang des demi-dieux;
Mon feul recours eft la mort la plus prompte.
Je n'irai point dans mes voeux dédaignés,
Trop vil rebut d'une espece étrangere,
Offrir ce coeur qu'un affront défefpere,
Sur qui, cruelle, encore vous regnez,
A des objets que j'ai trop indignés.
Quel eft ce Roi qu'ici l'on me préfere?
Savez-vous bien, dans vos feux infenfés,
Ce que je puis, et qui vous offenféz?
Si je voulois dans ma jufte vengeance
Anéantir ce fortuné rival,

Vous jugeriéz par un éclat fatal,

De quel côte dût pancher la balance,

Et de combien je le paffe en puiffance!

Mais quelque grand que vous paroisse un Roi,
Cet ennemi n'eft pas digne de moi.

Je

Je vous l'ai dit; un feul mot va fuffire.
Je ne veux point chercher à vous féduire
Par les trefors fous les flots entaffés ;
Par ce pouvoir que dans un vafte Empire
Vous donneroient mes 'voeux récompenfés.
Des fentimens purs, défintereffés,

Un amour noble est le but où j'aspire;
Mon tendre coeur vous parle, et c'est assez;
Penfez y bien, ingrate, et choififfez.
De mon bonheur fi vous daignez m'inftruire,
Dans un billet que ces mots foient tracés,
Et dans la mer par votre main lancés:
Venez, Zéys, c'est vous que je defire.
Demain j'attends pour régler mon deftin,
Votre filence, ou cet ordre divin;
Mais comptez-y; je triomphe, où j'expire.

Je vois alors plonger le demi- dieu En prononçant encor un tendre adieu.

A ce départ, inquiete, chagrine,
Un trouble affreux m'agite et me domine.

Le lendemain Ador qui me vient voir,
Chaffe bientôt un présage fi noir;
Le jour fuivant eft marqué pour la fête!
Dans le bonheur qui pour nos coeurs s'apprête,
Pouvois-je encor foupçonner des revers?
J'oublie, hélas, Zéys, et 1 Univers!

Depuis l'instant où dans la mer profonde
S'étoit caché mon malheureux Amant,
Le Dieu du jour plus vermeil, plus brillant,
Déja deux fois étoit forti de l'onde.

Pour abréger ce récit étonnant,

Au prochain Temple où le peuple s'affemble,
Ador et moi nous nous rendons enfemble.
Mais au moment qu'approchant de l'Autel,
On nous dictoit le ferment folemnel,
Les Cieux foudain de nuages fe couvrent,

Mourier.

Mourier., Les feux, les eaux s'élancent par torrents,
L'air retentit d'horribles fifflements,

Et du lieu faint les murailles s'entr'ouvrent:
La porte cede, et fe brife avec bruit.
Les Elemens, contre notre Hymenée,
Semblent s'unir. Le Prêtre tremble et fuit;
Avec frayeur fon cortege le fuit.

Du Peuple en pleurs la foule confternée
Pouffe des cris qu'on entend jusqu'aux cieux;
L'onde s'éleve, et la mer mutinée
Jusqu'à l'afyle où repofent nos Dieux,
Ofe rouler fes flots audacieux!
Rapidement par la vague entrainée
Je m'affoiblis; les ombres de la mort
Glacent mes fens, et ferment ma paupiere;
Je fuis rendue enfin à la lumiere

Pour mieux fentir les horreurs de mon fort!

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Par les douleurs rappellée à la vie,
De l'Océan les Palais azurés

Frappent bientôt mes yeux mal affurés.
Dans un Sallon, fous ces voûtes humides,
Je vois Zéys mort couronné de fleurs,
Qu' environnoient, comme trois Euménides,
Sa trifte Mere, et fes barbares Soeurs.
Viens, me dit-on; contemple ton ouvrage!
De cet objet vient affouvir ta rage,

Zéys n'eft plus; jouis de fon malheur!

Après ces mots, on me frappe, on m'ou
trage,

On me déchire avec plus de fureur.

Je perds encor la force et le courage,
Et je fuccombe à cet affreux tourment.
Que de mes yeux on l'ôte promptement,
S'écrie alors la mere rugiflante,

Il faut la rendre à fon vil élement;
Que dans fon fein on l'enferme vivante!

10

Mais que ces yeux, ces funeftes appas,
Qui de mon fils ont caufé le trépas,
Abandonnés, privés de fepulture,
Des noirs Vautours deviennent la pâture;
Par fon martyre effrayons les ingrats,
Et que des maux tels que ceux que j'endure,
Puiffent encor l'accabler aux Enfers!

A cet Arrêt, deux Tritons me faififfent,
-Me font franchir l'immenfité des mers,
Creufent ma tombe en ces vaftes déferts,
Et dans fes flancs foudain m'enfe veliffent.
Là j'attendois que les monftres des airs
Vinffent enfin terminer mon fupplice,
Et de la mer achever l'injuftice.

Le jufte Ciel, pour conferver mes jours;
A fufcité vos généreux lecours.

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En s'éloignant de ces fables brûlans
Zima fe vit dans des plaines riantes,
Et de Dongo *) les Tours refplendissantes
Frappent fes yeux de joie étincellans.
Ador féjourne en cet aimable afyle!
S'écria-t-elle avec un vif transport.
Et admirant cet heureux coup du fort
Les Voyageurs s'approchent de la ville.

Par leur confeil, Zima fecrétement
De fon deftin informe fon Amant.
Après les maux dont ils furent la proie,
Figurez-vous leur mutuelle joie.

Mourier.

D4

Refidence des Rois d'Angola:

Pour

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