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Il m'envisage avec un air serein;
Objet charmant, dit-il, je vous adore,
Depuis deux mois je vous vois chaque jour
Sans vous oler découvrir mon amour.
Je brulerois, et me tairois encore !
Mais trop de maux pressent mon coeur jaloux,
Je sais qu' Ador veut être votre Epoux;
Prenez pitié de ma peine cruelle.
Le Souverain qui commande la- bas,
N'est point sujet à la loi du trépas;
Je suis son fils. Mais ma mere est mortelle;
Et le Destin me rend mortel comme elle.
Si je consens d'allier à mon fort
Une Beauté de l'Océan' native,
J'acquiers le droit dont ma mere me prive,
Et me loustrais à l'infallible mort.
Je vous ai vue, et renonce à la vie ;
Sans nul regret je vous la lacrifie;
Mais pour le prix d'un effort généreux,
Rendez du moins tous mes inftans heureux,

En prononçant cet aveu qui me touche,
D'ardens éclairs s'élançoient de ses yeux,
Et les soupirs exhalés de la bouche,
Embrasoient l'air d'un feu prodigieux.

Seigneur, lui dis-je, une fi belle fâine
Vous eût acquis l'empire de mon ame,

Iliourier. Si je pouvois en disposer encor.

Mais vous parlez à l'épouse d'Ador;
La foi noustie, et les noeuds d'hymenée
Vont à la fienne unir ma destinée.
Je dirai plus; la générofité,
Peut-être même un sentiment plus tendre,
(Peut-il, hélas ! être mieux merité!)
A vos desirs me défend de me rendre;
Ce court bonheur vous auroit trop coûté!
En vous privant d'une félicité
Dont votre coeur s'est trop laissé surprendre;
Celle à laquelle il m'est doux de prétendre
Est de vous rendre à l'immortalité.

Ah! c'est en vain, dit-il. Daignez m'enten

dre,
Et connoissez la triste verité.
D'un mot ici mon destin va dependre.
J'ai combattu mon penchant dangereux,
Sa violence à la fin me surmonte.
Tout sous les mers est instruit de mes feux.
Mais s'il falloit qu'un rival plus heureux
Vint m'accabler de dépit et de honte,
Quand je renonce au rang des demi-dieux;
Mon seul recours est la mort la plus prompte.
Je n'irai point dans mes voeux dédaignés,
Trop vil rebut d'une espece étrangere,
Offrir ce coeur qu'un affront désespere,
Sur qui, cruelle, encore vous regnez,
A des objets que j'ai trop indignés.
Quel est ce Roi qu'ici l'on me préfere?
Savez-vous bien, dans vos feux insensés,
Ce que je puis, et qui vous offenséz?
Si je voulois dans ma jufte vengeance
Anéantir ce fortuné rival,
Vous jugeriéz par un éclat fatal,
De quel côte dát pancher la balance,
Et de combien je le passe en puissance!
Mais quelque grand que vous paroisse un Roi,
Cet ennemi n'est pas digne de moi.

Je misurier.

Je vous l'ai dit; un seul mot va fuffire.
Je ne veux point chercher à vous séduire
Pur les trésors fous les flors entallés;
Par ce pouvoir que dans un vaste Empire
Vous donneroient mes 'voeux récompensés.
Des sentimens purs, défintereffés,
Un amour noble est le but où j'aspire;
Mon tendre coeur vous parle, et c'est assez;
Pensez-y bien, ingrate, et choisissez.
De mon bonheur si vous daignez m'instruire,
Dans un billet que ces mots soient tracés,
Et dans la mer par votre main lancés:
Venez, Zéys, c'est vous que je desire.
Demain j'attends pour régler mon deftin,
Votre silence, ou cet ordre divin;
Mais comptez.y; je triomphe, ou j'expire.

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Je vois alors plonger le demi - dieu
En prononçant encor un tendre adieu.

A ce départ, inquiete, chagrine,
Un trouble affreux m'agite et me domine.

Le lendemain Ador qui me vient voir,
Chasse bientôt un présage fi noir;
Le jour suivant est marqué pour la fête!
Dans le bonheur qui pour nos coeurs s'apprête,
Pouvois-je encor soupçonner des revers?
J'oublie, hélas, Zéys, et 1 Univers!

Depuis l'instant où dans la mer profonde
S'étoit caché mon malheureux Amant,
Le Dieu du jour plus vermeil, plus brillant,
Déja deux fois étoit sorti de l'onde.

Pour abréger ce récit étonnant,
Au prochain Temple ou le peuple s'assemble,
Ador et moi nous nous rendons ensemble.
Mais au moment qu'approchant de l'Autel,
On nous dictoit le ferment folemnel,
Les Cieux soudain de nuages se couvrent,

D 3

Les

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Mourier. Les feux, les eaux s'élancent par torrents,

L'air retentit d'horribles fifflements,
Et du lieu faint les murailles s'entr'ouvrent:
La porte cede, et se brise avec bruit.
Les Elemens, contre notre Hymenée,
Semblent s'unir. Le Prêtre tremble et fuit;
Avec frayeur son cortege le fuit.
Du Peuple en pleurs la foule consternée
Pousse des cris qu'on entend jusqu'aux cieux;
L'onde s'éleve, et la mer mutinée
Jusqu'à l'afyle ou reposent nos Dieux,
Ole rouler ses fots audacieux!
Rapidement par la vague entrainée
Je m'affoiblis; les ombres de la mort
Glacent mes sens, et ferment ma paupiere;
Je suis rendue enfin à la lumiere
Pour mieux sentir les horreurs de mon fort!

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trie,

IC

Par les douleurs rappellée à la vie,
De l'Océan les Palais azurés
Frappent bientôt mes yeux mal assurés.
Dans un Sallon, sous ces voûtes humides,
Je vois Zéys mort couronné de Aeurs,
Qu'environnoient, comme trois Euménides,
Sa triste Mere, et ses barbares Soeurs.
Viens, me dit-on; contemple ton ouvrage!
De cet objet vient assouvir ta rage,
Zéys n'est plus; jouis de son malheur!

Après ces mots, on me frappe, on m'ou:

trage,
On me déchire avec plus de fureur.
Je perds encor la force et le courage,
Et je succombe à cet affreux tourment.
Que de mes yeux on l'ôte prompteinent,
S'écrie alors la mere rugifiante,
Il faut la rendre à son vil élement;
Que dans son lein on l'enferme vivante!

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niourier.

Mais que ces yeux, ces funestes appas,
Qui de mon fils ont causé le trépas,
Abandonnés, privés de fepulture,
Des noirs Vautours deviennent la pâture;
Par son martyre effrayons les ingrats,
Et
que

des maux tels que ceux que j'endure, Puissent encor l'accabler aux Enfers!

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A cet Arrêt, deux Tritons me faififfent,
Me font franchir l'immensité des mers,
Creusent ma tombe en ces vastes déserts,
Et dans ses flancs soudain m'ensevelislent.
Là j'attendois que les monstres des airs
Vinsent enfin terminer mon fupplice,
Et de la mer achever l'injustice.
Le juste Ciel, pour conserver mes jours;
A suscité vos généreux lecours.

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