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Dourrigne'. Et par quel art tu fus, prodiguant les miracles,
Du labyrinthe obfcur franchir tous les obftacles:

Mais vante toi fur tout, à leurs yeux fatisfaits,
-

D'avoir caufé ma mort pour prix de mes bienfaits;
Ce merveilleux exploit vaut bien que tu t'en flat-

tes:

La trahison doit plaire à des ames ingrates;
Et tu vas bientôt voir de fi beaux fentimens
Multiplier pour toi leurs applaudiffemens.

NON, d'Egée et d'Ethra tu n'as point reçu
l'être;

Un fang fi glorieux n'eût pas produit un traître ;
Et la mer infidelle a pu feule enfanter

Un monftre tel que toi, né pour me tourmenter.

QUE n'as tu pu, Barbare, hélas! de ton navi.

re,

Etre témoin des maux dont mon ame foupire!
Ce fpectacle, fans doute, eût fléchi ta rigueur,
Et la compaffion eût défarmé ton coeur.
Mais fi ce n'eft des yeux, vois tu moins en idée
Les éternels ennuis dont je fuis obfédée;
Vois Ariane en pleurs, qui, l'oeil trifte, abattu,
Languit fur un rocher par les vagues battu:
Vois tous ces ornemens qui relevoient-mes char-

mes

Et mon voile flottant, arrofés de mes larmes.
Mon coeur cede aux tourmens dont il eft accablé;
Semblable à ces moiffons, qu'en champ défolê,

Courbe

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Courbe d'un vent fougueux l'impétueufe haleine.
Je friffonne, mon corps ne fe foutient qu'à peine,

Et tes yeux en verront un figne trop certain

Dans ces traits mal-formés par ma tremblante main.

C'EN eft fait, je renonce à la vaine efperan

ce

D'inspirer à ton coeur quelque reconnoiffance:
Mais fi par des bienfaits on ne peut l'émouvoir,
L'humanité sur lui n'a-t-elle aucun pouvoir?
C'eft affés d'être ingrat; n'étends point ta furie
Jufqu'à donner la mort à qui fauva ta vie:
Vois à travers les flots qui t'éloignent de moi,
Ces mains qu' avec effort je fouleve vers toi:
Confidere ce fein enfanglanté par elles.

Rien n'égale l'excès de mes douleurs mortelles:
Quel coeurs, en les voyant ne feroient pas tou-

chés?

Presque tous mes cheveux par moi-même arrachés,

Sont de mon défefpoir une preuve funefte:

Toi feul peux de ma rage en garantir le reste.
Hâte-toi donc, Théfée, et par un prompt fecours,
Au glaive de la mort viens dérober mes jours;
Je fens qu'elle s'approche, et déja fes ténebres
Obscurciffent mes yeux de leurs vapeurs fune-
bres;

Mais ton retour luffit pour

A

arrêter fes coups.

Le vent change; et flattant mes fouhaits les plus

doux,

Dourrigne'.

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Dourrigne'. A rentrer dans ce port fon fouffle heureux t'invite:
Répare les chagrins où m'a plongé ta fuite:

Que ta pitié pour moi me tienne lieu d'amour.
Reviens; et fi l'amour, prévenant ton retour,
A terminé les maux d'une Amante trop tendre,
Daigne, en plaignant mon fort, prendre foin de ma
cendre,

A mes os du bûcher accorder les honneurs,
Et fur ma Tombe enfin répandre quelques pleurs.

Leipzig,

gedruckt bei Chriftian Friedrich Solbrig.

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