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semblée constituante de 1789 décida que Maret, depuis duc de Bassano, chargé de rédiger le Bulletin de l'Assemblée, aurait dans la salle une place spécialement réservée et l'on connaît la loge du logographe où se réfugia Louis XVI le 10 août 1792. - De plus, on ne s'inquiéta, nullement de la publicité des débats, on la rechercha au contraire. Les comptes rendus de Barrère dans le Point du jour, et d'autres encore attirèrent immédiatement un grand nombre de lecteurs; et, dès 1789, Lehordey avait organisé toute une société de rédacteurs pour le Journal des États généraux, devenu depuis le Journal logo, graphique. Plus tard apparut le Moniteur. On sentait le besoin de la publicité pour faire connaître au pays les actes de ses mandataires.

Quel contraste entre les deux pays, si l'on songe qu'à cette même époque, le reporter anglais Woodfall devait rester une nuit entière à la barre de la chambre des lords, ou sur un banc de derrière de la galerie à la chambre des communes, n'ayant qu'un auf dur pour toute nourriture, et était obligé de reproduire les débats tout entiers sans avoir pris une note, ou du moins sans avoir le droit de la prendre ouvertement. Ainsi personne alors, ne pouvait ostensiblement s'occuper de recueillir par écrit les discours de ce parlement rempli de tant d'orateurs illustres et éloquents. Il parait bien, malgré tout, que l'ancienne rigueur finit par se relâcher, même vers cette époque, car un ancien reporter, encore vivant, M. S. C. Hall, raconte qu'il laissa un jour tomber son cahier de notes à la barre de la chambre, et qu'il lui fut rendu gracieusement par un grand personnage qui n'était autre que

le chancelier lord Eldon. Ce Woodfall, que nous citons plus haut, avait une mémoire merveilleuse : on dit qu'il pouvait écrire, de mémoire ou d'après quelques courtes notes, seize colonnes de journal sur la séance, mais il ne les publiait naturellement que le lendemain soir, car il lui fallait un certain temps pour la rédaction ; et c'est à Perry, autre journa. liste du temps, éditeur du Morning Chronicle en 1789, qu'on attribue l'invention du système de relevée, d'après lequel les rédacteurs se succèdent les uns aux autres pendant toute la nuit, système qui est encore en vigueur. C'est ainsi que, malgré toute sorte de défenses plus ou moins tombées en désuétude, les journaux prirent dans l'opinion publique une place de jour en jour plus grande, jusqu'au soir mémorable où Sheridan rendit un juste et tardif hommage en plein parlement aux gentlemen de la presse. Le débat qui eut lieu à cette occasion nous apprend qu'il y avait alors vingt-trois personnes chargées des comptes rendus des débats, dont dix-huit étaient sorties d'Oxford ou de Cambridge : c'était donc un corps de lettrés, mais qui s'occupait plus de l'élégance que de l'exactitude. Lord Campbell,

qui fut pendant quelque temps chargé de ces fonctions, faisait peu de cas de la sténographie; il la recommandait sans doute comme élément, comme instrument de travail, mais il ajoutait que le rédacteur digne de ce nom devait ensuite se retirer dans son cabinet, chercher à se rappeler ce qu'il avait entendu et reconstituer le discours comme l'eût fait l'orateur lui-même, s'il avait eu à le revoir pour l'impression.

Depuis cette date de 1802, l'histoire du reportage parlementaire se confond avec l'histoire du journalisme en général, qui nous entrainerait trop loin si nous voulions la refaire. Ajoutons seulement que les chambres anglaises arrivèrent bientôt à considérer la tribune des journalistes comme une partie et une partie importante des institutions parlementaires de la Grande-Bretagne. En 1828, Macaulay écrivait, dans son essai sur Hallam : « La tribune où siègent les journalistes est devenue le quatrième État du royaume (et cette formule est devenue pour ainsi dire classique dans le monde entier). La publication des débats des chambres, qui semblait aux hommes les plus libéraux de l'ancienne école pleine de dangers pour la liberté publique, est regardée maintenant par bien des gens comme une sauvegarde de cette liberté, et une sauvegarde équivalant à tout le reste mis ensemble. »

Toutefois bien des obstacles matériels furent apportés pendant longtemps au service de la presse : la tribune était étroite, ouverte aux étrangers comme aux journalistes, sans table leur permettant d'écrire; souvent les rédacteurs étaient obligés d'en venir aux mains avec le public qui occupait leurs places et de se livrer à des scènes scandaleuses, que Dickens pous a racontées. Toutes ces misères ne sont plus aujourd'hui qu'un souvenir, et les vastes salles de correspondance, le fumoir, la bibliothèque, le restaurant, mis actuellement à la disposition de la presse par le bureau de la chambre des communes, ne laissent plus rien à désirer. A l'heure actuelle, plus de deux cents reporters oceupent officiellement la place occupée jadis par le solitaire Woodfall, prenant furtivement des notes sur ses genoux dans un coin de la salle; et les quatre colonnes et demie de débats, dont le T'imes se vantait au commencement de ce siècle comme d'un progrès admirable, atteignent aujourd'hui vingt, trente et même quarante colonnes, quand le sujet l'exige. Ainsi le procès a été long entre le parlement et la presse anglaise. Mais aujourd'hui la cause est gagnée sans appel, pour le plus grand profit du pays et de ses représentants : il y a des courants qu'on ne remonte pas.

R. DE LABOULAYE,
Professeur honoraire de l'École.

DE L'ORGANISATION DES PARTIS POLITIQUES

AUX ÉTATS-UNIS '.

(Suite.)

XII

Différents projets élaborés en vue de remédier aux maux créés par le caucus

system. Civil service reform, — Rétablissement du district system et élection directe du président. – Petites circonscriptions et élections à plusieurs degrés. Suppression des mandats électifs à terme. Représentation des minorités. — Participation de l'État aux frais des candidatures. Légalisation des caucuses. Tentatives de réforme émanant de l'initiative des conventions.

Le caucus cause ou symptôme. Le droit de suffrage et les illettrés. État actuel des partis. Réveil de la conscience publique. - But suprême de toutes les tendances réformatrices.

La partie éclairée de la société américaine, profondément émue de l'état de choses déplorable créé par le caucus system, a souvent agité depuis vingt ans la question de savoir quel remède pourrait être apporté à ce mal. Des hommes d'État, des législateurs, des publicistes, de simples citoyens se sont tour à tour appliqués à chercher la solution

On crut d'abord l'avoir trouvée dans la réforme du service public par la suppression de l'odieux système des dépouilles et de la rotation. Dans la pensée des promoteurs de la réforme, la corruption politique et le caucus system perdraient leur aliment si les fonctionnaires n'étaient nommés qu'à raison de leur mérite et ne couraient plus le risque d'être révoqués que pour de véritables manquements à leur devoir. Aussi l'opinion concentra-t-elle toute son énergie sur le civil service reform, qui devait, d'après le plan primitif, introduire le système du concours pour les nominations aux emplois publics, établir la tenure

1. Voir les Annales des 15 avril et 15 octobre 1888.

2. La question avait même été mise au concours. En 1868, l'Union League de Philadelphie proposa des prix pour les meilleures études sur « l'Organisation légale du peuple pour choisir des candidats aux emplois ».

fixe de l'emploi (during good behaviour), et, comme complément, réserver des pensions aux fonctionnaires vieux et infirmes. Les politi

iens en chef qui dirigeaient les organisations de partis accueillirent la proposition de réforme comme un défi et se coalisèrent au congrès pour empêcher l'adoption du bill. Pendant des années ils paralysèrent tous les efforts des champions de la réforme. En 1871, le gouvernement créa une commission pour l'étude de la question; elle fut bientôt obligée de se séparer, le congrès ayant refusé la modeste somme de 25,000 dollars assignée à l'entretien du comité. Grant adressa plusieurs fois au congrès une demande de crédit, mais sans succès. Cependant le pays réclamait la réforme avec une insistance croissante. Les conventions, toujours à l'affût de l'opinion, s'emparèrent alors du civil service reform comme d'un party cry. L'une et l'autre organisation l'adoptèrent dans leur plateforme avec la pensée bien arrêtée de l'y laisser à l'état de lettre morte. Le paragraphe sur la réforme du service public devint un cliché pour tous les programmes des conventions. A la convention nationale républicaine de 1880, å Chicago, lorsqu'on proposa, selon l'usage, d'insérer dans la plateforme un paragraphe en faveur du civil service reform, un délégué (Flanagan, du Texas) eut la franchise ou le cynisme de déclarer qu'il en avait assez de ce vieux refrain et qu'il trouvait fort juste que ceux qui se donnaient du mal pour faire élire un président, se partageassent ensuite les emplois; aucun des délégués n'était venu à la convention dans une autre pensée. Ces paroles furent accueillies par une bruyante hilarité, mais le paragraphe n'en fut pas moins adopté à l'unanimité.

Enfin, en 1883, on aboutit à une réforme partielle du civil service et encore n'était-elle due qu'à la crainte des républicains, battus aux élections législatives de 1882, de subir à leur tour les conséquences de la rotation si les démocrates, comme cela devenait probable, remportaient de nouveau la victoire à la prochaine élection présidentielle. La réforme serait alors pour les républicains un moyen de sauver leurs places. L'acte du 16 janvier 1883 a introduit le système des concours et défendu aux fonctionnaires de payer ou de percevoir des political assesments au profit d'une organisation quelconque. D'après les calculs les plus optimistes, la loi de 1883 a soustrait à l'influence du favoritisme officiel et à l'esprit de parti 14,000 places, tandis que le nombre total des emplois fédéraux dépasse de beaucoup 100,000; et encore ces 14,000 emplois, placés au bas de l'échelle administrative, sont les moins importants par le pouvoir et l'influence qu'ils procu

1. Two years of civil service reform, by Dorman B. Eaton, North Amer. Review, juillet 1883, p. 17.

rent. Mais le point principal de la réforme, la tenure des emplois during good behaviour, n'a pas été admis; la vente des places aux enchères et la rotation pourront continuer, seulement sur une échelle un peu restreinte. Et c'est ainsi que le public lui-même le comprend, à ce qu'il paraît, car on continue de s'adresser aux membres du congrès pour l'achat d'emplois moyennant finance. On fait même des offres par la voie de la presse, tout en prenant en considération la nouvelle loi, comme le prouve par exemple l'annonce suivante, publiée dans un journal important de Washington : « Je donnerai 500 dollars pour uno position dans une branche quelconque du service du gouvernement qui ne tombe point sous le coup de la loi sur le civil service : s'adresser à... ». L'effet salutaire de la loi de 1883 sur la pratique des rotations se laisse également attendre encore. Durant les premiers seize mois de l'administration de Cleveland (1887-1888), on a changé près de la moitié (49 p. 0/0) du nombre total de fonctionnaires ". Enfin il faut remarquer que la loi de 1883 ne touche que le service fédéral; dans les États la réforme n'a trouvé qu'un faible écho (seulement dans deux États, New-York et Massachusetts) et tous les emplois non fédéraux y restent sans conteste la pâture du caucus.

En même temps qu'on agitait avec passion la question de la réforme du civil service, qui apparaissait comme une panacée de tous les maux politiques de l'Union, on reprenait aussi la campagne contre le vieux complice du caucus, contre le general ticket. A proprement parler, cette question, qui a soulevé des débats si ardents au congrès pendant le premier quart du siècle, n'a jamais disparu complètement de l'ordre du jour du corps législatif. De temps en temps, soit à la chambre, soit au sénat, on déposait une proposition sur le district system et aussi sur l'élection directe du président par le peuple, comme pour interrompre la prescription. En 1844, après que Van Buren eût succombé à la convention nationale sous la fameuse règle des deux tiers, Benton provoqua un grand débat au sénat. Il préconisait l'élection directe du président par le peuple

1. Une lettre publiée dans la Nation (30 déc. 1886), sous le titre Partisan of renewal of the civil service, donne à ce sujet des chiffres détaillés. - Et le clean sweep ne s'est pas arrêté là. G. W. Curtis, le président de la Civil service Reform League, dans son discours à la dernière réunion annuelle (1887) de la ligue à Newport, a démontré, chiffres en mains, que le balayage sut fait bien nettement, malgré les bonnes dispositions de Cleveland. Le parti a une fois de plus vaincu le président,

2. Propositions et discours au sénat : de Bibb, Benton et Leighi en juin 1834, de Allen en décembre 1837, de Benton en juin 1844; à la chambre des représentants : de Mac Comas le 12 décembre 1836, de Galbraith le 28 décembre 1836, de Johnson le 21 février 1851 et 2 février 1852, de Ewing en 1854, de Johnson le 13 décembre 1860, de Spalding le 1er février 1869.

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