Sivut kuvina
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Devant ce palais est placée une caisse carrée de deux pieds de long; elle a une petite ouverture et s'appelle Meyas fako ou Zosio fako, c'est-à-dire, caisse pour recevoir les plaintes. Quiconque se croit froissé dans ses droits peut y jeter une requête. La caisse est ouverte tous les ans pendant le séjour des ambassadeurs du Daïri à Yedo; ils emportent avec eux les papiers qui s'y trouvent pour les examiner. Il y a de pareilles caisses dans toutes les principales villes de l'empire. ANangasaki il y en a une tout près de l'hôtel du gouverneur : deux officiers subalternes y sont constamment de garde pour observer ceux qui y jettent des billets. Elle est ouverte six fois par an par le gouverneur, et sert à faire connaître les actes arbitraires des magistrats. Le billet, scellé par le plaignant, et muni de son nom et de sa demeure, est envoyé directement à Yedo; ceux qui ne sont point scellés, et qui n'ont ni nom ni adresse, sont brûlés; mais si l'on trouve un pareil billet pour la troisième fois, il est aussi envoyé à Yedo. Il est pourtant rare que, dans une année, plus de deux ou trois plaintes soient jetées dans la boîte. Celles qui arrivent à Yedo sont ouvertes à des jours fixes par le Seogoun seul, puisque le but de cette institution est de connaître les mauvais procédés des conseillers d'état, des princes et des officiers inférieurs. Les recherches, pour découvrir si les plaintes déposées dans les Meyas fako sont fondées ou non, se font sans délai; si on les trouve fausses, on promène le plaignant à cheval par toute la ville, en portant devant lui un drapeau de papier, qui a quelquefois neuf pieds de large, et sur lequel sont énoncés son nom, son âge, sa conduite et sa faute. Le contenu de cet écrit est lu à haute voix dans tous les carrefours et dans les lieux où les ordonnances impériales sont ordinairement affichées. On finit par abattre la tête du délinquant sur la place destinée aux exécutions. Pendant le séjour de M. Titsingh au Japon, un pareil jugement fut exécuté à Yedo sur la personne d'un certain Mats moto ghen-no sin, un des officiers de Kousi, prince de Tango, alors gouverneur de Nangasaki. Ce seigneur était d'un mérite distingué et extrêmement chéri des habitans et des étrangers pour ses qualités aimables. Mats moto lui avait souvent demandé la permission de l'accompagner à Nangasaki; mais comme cet officier avait souvent des discussions avec ses collègues, le gouverneur, pour éviter toute tracasserie pendant son voyage, le laissa à Yedo, quoique ce fût d'ailleurs un homme instruit. Mats moto, outré de cette humiliation, écrivit, pour se venger, un placet dans lequel il calomnia le gouverneur de toutes les manières et nomma sa façon d'administrer abominable. Il le scella, le signa de son nom, y mit son adresse, et le jeta dans la caisse devant le palais des ambassadeurs du Daïri.

Ses accusations ayant été examinées et trouvées fausses, il fut traité comme nous venons de dire, et on lui trancha la tête. Ce sont ordinairement deux princes peu riches qui reçoivent du Seogoun la commission d'entretenir les ambassadeurs du Daïri pendant leur séjour à Yedo. Cette commission est considérée comme une grande faveur et sollicitée par beaucoup de monde, car elle rapporte à chacun des deux fournisseurs un profit net d'environ quarante mille kobang ou plus de quatre cent quatre-vingt mille francs. Le l" jour, les ambassadeurs sont régalés par le Seogoun d'un potage aux grues; le 2° jour, on les amuse avec des danses; ils ne restent que sept jours à Yedo. Le Seogoun leur envoie des présens trois fois par jour; mais les deux princes qui sont chargés de leur faire les honneurs, leur envoient des cadeaux pendant toute la journée; tout ce dont ils ont besoin, tant pour eux que pour leurs gens, est renouvelé chaque jour : ces derniers, qui n'ont qu'un salaire très-modique, sont extrêmement avides de se procurer des bénéfices. A Parmi ces ambassadeurs, il n'y en a que deux qui représentent le Daïri ; ils changent tous les ans; ceux qui ont été employés une année ne reviennent qu'après sept ans. Dans les différentes provinces qui se trouvent sur leur route, ils sont régalés et défrayés splendidement par les princes ou par le Seogoun. Quand ils partent pour Yedo, ils n'ont que peu de bagage ; à leur retour, il est immense par la quantité de cadeaux qu'ils rapportent. Tous ces présens sont fournis par douze personnes de la famille des anciens Seogoun Nobou naga et Taiko; ces fournisseurs n'ont point d'emplois particuliers; mais ils mènent un grand train à l'aide du profit qu'ils font sur les présens destinés aux ambassadeurs du Daïri. « Revenant de la cour de Yedo, en 1782, dit M. Titsingh, je reçus, le « 1" de mai, la nouvelle, à Naroumi, que ces ambassadeurs étaient en route et « coucheraient le lendemain à Kwana, Yokaits et Seki, où mes logemens étaient « retenus. Je partis de là le 2 mai à cinq heures du matin, j'arrivai à sept « heures à Miya, où je m'embarquai après mon déjeuner dans un très joli « bateau vernissé en laque noire, de sorte que je fus sur les onze heures à « Kwana.Je fus forcé d'y dîner dans un petit logement. A une heure après « midi, je continuai ma route, et je rencontrai alors quelques membres de l'ambassade. Les principaux étaient deux jeunes gens d'une figure trèsagréable, et qui marchaient à pied pour s'amuser. On me mit avec ma chaise à porteurs et tout mon train sur le bord du chemin. Je trouvai un troisième « député dans un village; il me fit prier de passer à pied devant son loge

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ment, mais je m'excusai d'après l'avis de mes interprètes, en disant que j'étais indisposé. Cependant, sur ses instances, je passai en ouvrant le fermoir de ma chaise pour le saluer, à quoi il répondit gracieusement. C'est comme étranger que je jouissais d'un pareil privilége, qui n'est pas même accordé aux princes du pays. J'avais pourtant fait dire à mon médecin et à mon secrétaire de passer à pied devant le prince, pour satisfaire sa curiosité de voir des Hollandais. A sept heures et demie j'arrivai à Yokaits, où je me retirai dans une maison bourgeoise; mon bagage fut porté dans un temple. Tous les logemens étaient occupés par les ambassadeurs ou par leur suite. Dans ce petit réduit, je fus forcé de m'arrêter faute de chevaux et de porteurs, puisqu'on attendait encore le lendemain quelques personnes de l'ambassade. « On m'assura qu'il leur avait fallu trois mille porteurs, dont cent avaient été employés à porter six lanternes; que cela faisait un petit revenu à leurs gens, qui escroquaient le salaire des porteurs dont ils n'avaient pas besoin. Les employés de l'ambassade, d'un rang inférieur, avaient même amené avec eux deux inspecteurs de porteurs, sous prétexte qu'ils n'en avaient pu trouver suffisamment, mais en effet pour leur faire racheter leurs services. »

« Cette ambassade était composée de deux ambassadeurs du Daïri, nommés Abra-no kosi saki-no Dainagon et Kouga-no Dainagon ; « D'un envoyé de l'ancien Daïri Nio in, tante du Daïri régnant, Yotsou souki saki-no Dainagon ; « D'un agent de la femme du vieux Daïri Sakoura matsino in, Nuwata saisio tsiou sio ; « D'un député de la veuve de feu le Daïri Momou sono-no in, Sen mio in sakino sai sio; « De la veuve de feu le Daïri Go Momou sono-no in. « Il y avait aussi une lettre sur papier rouge, sous la garde de Seido in Sionagon et de Takakoura dasai-no daini; « De Tsousi mikado kounai gon-no tayu, compositeur des calendriers, astronome et géographe très-habile. « Tous les officiers ci-dessus portent le nom de Kouma-no ouye beta ou Ten si6 fito, c'est-à-dire, hommes supérieurs du ciel. « Ensuite venaient Oosi kosi dai gheki, Yama ghitsou zio naikou, A oki ghen boun-no zio et A oki kase-no zio. Ces quatre officiers subalternes demeurèrent « à Yedo dans des logemens particuliers. Tous les princes et autres grands qui « désirent obtenir quelque faveur du Daïri, s'adressent à ces derniers avec leur « placet, ce qui leur fait gagner beaucoup d'argent. On nomme ces quatre offi« ciers Tsighe nen, hommes inférieurs de la terre. » Malgré la déférence que le Seogoun et ses officiers montrent en toute occasion au Daïri et aux personnes attachées à sa cour, il ne reste à ce dernier qu'une influence passive dans l'administration de l'empire. Le pouvoir suprême est par le fait entre les mains du Seogoun. Quoique le consentement du Daïri soit nécessaire dans toutes les affaires majeures, et que les ordres qui s'y rapportent soient publiés en son nom, on ne se rappelle aucun cas où il l'ait refusé, si ce n'est quand Fide tada, fils de Gonghin, sollicita le titre de Kwanbak. Un changement dans cet état de choses au Japon est peu probable, aussi longtemps que les Seogoun continueront de porter, pour la forme, aux Daïri, le respect qu'ils doivent aux descendans de la race céleste de TEN sio DAï sIN.

FIN.

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DES DAIRI.

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Ten bou ten o, ou Ten mou ten o. (672-

686.)

Si tô ten o. (687-696.)

Mon mou ten o. (697—707.)

Ghen mio ten o. (708-715.)

Ghen sio ten o. (715-725.)

Sio mou ten o. (724-748.)

Ko ken ten o. (749-758.)

Faï taï. (759-764.)

Sio tok ten o. (765-769.)

Kwo nin ten o. (770-781.)

Kwan mou ten o. (782-805.)

Fei zei ten o. (806-809.)

Sa ga-no ten o. (810-825.)

Zioun wa ten o. (824-855.)

Nin mio ten o. (854-850.)

Boun tok ten o. (851-858.)

Sei wa ten o. (859-876.)

Yo zei ten o. (877-884.)

Kwo ko ten o. (885-887.)

Ou da ten o. (888-897.)

Daï go ten o. (898-950.)

Zu siak ten o. (951-946.)

Moura kami ten o. (947-967.)

Rei zen in. (968-969.)

Yen wou in. (970-984.)

Kwa san-no in. (985-986.)

Yets sio-no in. (987-10ll.)

San zio-no in. (1012-1016.)

Go Itsi siô no in. (1017-1056.)

Go Ziu ziak-no in. (1057-1045.)

Go Rei zen in. (1046-1068.)

Go Zan sio-no in. (1069-1072.)

Ziro kawa-no in. (1075-1086.)

Fori kawa-no in. (1087-l107.)

To ba-no in. (l 108-l 125.)

Siu tok-no in. (l 124-l l4l.)

Kon ye-no in. (l 142-l155.)

Go Ziro kawa-no in. (ll56-1158.)

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