Sivut kuvina
PDF
ePub

d'une nourriture autre que celle que la mère lui avait jusqu'alors fournie. Mais cette nourriture ne vient point à lui : il faut qu'il aille à elle, la reconnaisse et la choisisse; qu'il la cherche et la poursuive lorsqu'elle veut lui échapper. De là, nécessité des sens, nécessité de la locomotion : ces fonctions nouvelles, il les accomplit spontanément comme les premières ; spontanément encore, il discerne parmi les végétaux ceux qui doivent être son aliment; parmi les animaux, ceux destinés à devenir sa proie; et, soit par force, soit par ruse, mais toujours par une impulsion native, il s'en empare et les fait servir à la satisfaction de ses besoins; il en est de même de tout ce qui lui est nécessaire pour conserver sa vie et propager son espèce. Ces actes sont évidemment le produit d'une impulsion nécessitante de l'instinct, le résultat de la nature propre de chaque être dans ses rapports avec le monde au sein duquel il vit et se développe.

L'impulsion instinctive produit les Affections. Celles-ci se manifestent par une nouvelle manière d’être, un changement d'état qui s'opère dans nos organes par l'effet de l'affinité qui nous porte vers les objets de nos besoins; elles se distinguent par le plaisir quand l'objet nous convient, ou par la douleur lorsqu'il nous est contraire.

La Sensibilité Affective n'est que la faculté de recevoir des affections, et de jouir des propriétés de l'instinct.

Cette sensibilité diffère de celle que nous avons nommée végétative, en ce que les affections produites par la sensibilité végétative ne nous occasionent aucune affection sensible. C'est par l'effet de la sensibilité instinctive que les objets nous apparaissent, que nous jouissons ou que nous souffrons à leur présence, que nous avons faim, que nous avons soif; et c'est par l'action de la sensibilité végétative que le cœur bat, que la digestion, la circulation, les sécrétions s'opèrent.

Les affections sensitives ne sont pas plus volontaires que les affections végétatives: les unes comme les autres tiennent à notre nature, nous sommes passifs en les éprouvant, nous ne pouvons pas les changer.

C'est par le langage d'action (295) que nous exprimons les affections que nous éprouvons.

Esquisse d'une Philosophie , par LAMENNAIS.

TITRE DEUXIÈME. Des Moyens ou Facultés, propres à la Vie sen

sitive, de produire des Affections. 240. Les moyens ou facultés de produire des affections, propres à la vie sensitive, résultent tout à la fois et d'une organisation appropriée à cet effet, et de l'imagination qui lui en donne l'énergie nécessaire.

CHAPITRE PREMIER.

De l'Action de l'Organisation sur les Affections.

L'organisation est conforme à la destination des êtres. Différence entre

les organes de la vie sensitive et ceux de la vie végétative. 241. La destination des êtres animés nous est révélée par leur organisation. Il y a donc un rapport intime entre la manière dont les êtres sont organisés, et la destination qui leur est réservée : le poisson naît avec des branchies, l'oiseau avec des ailes , etc. Tous les organes sont disposés, configurés de manière à se trouver en rapport avec les circonstances extérieures qui doivent exciter leurs actions.

DE LA VIE S ENSITIVE.

aux influen Axes, in

tellement

DE LA VIE SENSITIVE. Tout est donc prévu : il y a une harmonie parfaite entre l'instinct de chaque être, l'organisation qui le met en jeu , et les objets avec lesquels il doit avoir des relations. Les dispositions organiques sont d'un côté tellement fixes , immuables, capables de résister aux influences extérieures, et de l'autre tellement liées, enchaînées, subordonnées dans le même individu, que le naturaliste pourra, à la seule inspection de certaines parties prises isolément, remonter aux principaux caractères de l'ensemble : le condyle de la mâchoire d'un mammifère lui suffira, par exemple, pour juger s'il appartient à un carnivore, à un rongeur ou à un herbivore; de là il déduira les conséquences d’organisation relatives à la conformation de ces animaux; il pourra juger de leur intelligence et de leurs mæurs.

Si l'organisation change et se modifie, les facultés sensitives changent et se modifient avec elles. La diversité, l'étendue, la force des facultés des êtres, sont toujours en rapport direct avec la diversité, le volume, la bonne conformation des organes. Tout, enfin, est lié par la grande chaîne des rapports qui enveloppent le monde entier. Cette vérité ne souffre aucune contradiction.

On distingue les organes qui concourent à la vie sensitive de ceux qui servent à la vie végétative, par les caractères suivans :

1° L'appareil de la vie végétative est irrégulier; celui de la vie instinctive est symétrique: c'est-à-dire que ce qui appartient à la vie sensitive d’un côté de la ligne médiane, ressemble à ce qui dépend d'elle de l'autre côté de cette ligne. Dans tous ces ordres divers d'appareils , tantôt il n'y a qu'un seul organe, tantôt il y en a deux de la même espèce. Dans le premier cas, l'organe unique est toujours placé sur la ligne médiane, et ses deux moitiés se ressemblent exactement : ainsi une membrane unique est affectée aux saveurs, mais la ligne médiane y est manifeste; chaque segment indiqué par elle est semblable à celui du côté opposé. La peau ne nous présente pas toujours des traces visibles de cette ligne, mais partout elle y est supposée; la nature, en oubliant pour ainsi dire de la tirer, a placé d'espace en espace des points saillans qui indiquent son trajet: les rainures de l'extrémité du nez, du menton, du milieu des lèvres, l'ombilic, le raphé, le périnée, la saillie des apophyses épineuses, l'enfoncement moyen postérieur du cou, forment principalement ces points d'indication. Les hémisphères du cerveau et toutes les parties qui composent cet organe sont parfaitement régulières : celles qui sont paires, telles que les couches des nerfs optiques, les corps cannelés, les hippocampes, les corps frangés, se ressemblent de chaque côté dans le cerveau. Les parties importantes, telles que le corps calleux, la voûte à trois piliers, la protuberance annulaire, etc., sont toutes symétriquement divisées par la ligne médiane. Il en est de même du larynx et de ses accessoires.

Quand il y a deux organes pour remplir la même fonction, les deux organes sont plus ou moins éloignés de cette ligne; mais toujours ils se trouvent à des distances égales : ils ont la même direction, la même force, la même structure, et jamais ils ne peuvent être divisés en deux moitiés semblables. Ainsi deux globes parfaitement égaux reçoivent l'impression de la lumière; deux organes de l'ouïe sont destinés de même à la perception des sons. Tous les nerfs de la vie sensitive ont une régularité, une symétrie qui ne se trahissent jamais ; mais cette

régularité cesse lorsque les organes n'appartiennent plus à la vie sensitive.

De cette loi de la conformation de tous les appareils de la vie instinctive, il résulte que l'homme peut être considéré comme composé de deux moitiés symétriques adossées l'une à l'autre. On voit cette indépendance d'une manière manifeste dans certaine paralysie du mouvement ou du sentiment qui frappe seulement sur un des côtés, l'autre partie restant intacte. Le malade, dans cette situation, est presque réduit au niveau du végétal dans le côté affecté, tandis qu'il conserve tous les avantages de l'animalité dans la partie qui est saine.

Les fonctions de la vie sensitive sont parfaitement symétriques comme les organes qui les produisent, et elles offrent une harmonie parfaite dans la succession de leurs actes : telles sont celles des sens, des nerfs, du cerveau, des organes locomoteurs et vocaux.

Cependant cette harmonie d'action paraît faire exception pour le système musculaire : la partie du corps qui est du côté droit est constamment supérieure à l'autre par l'étendue , le nombre et la facilité des mouvemens qu'elle exécute. Mais cette différence tient à l'agilité, et non à la force. La force des deux parties est la même; tout est égal dans le volume, le nombre des fibres et des nerfs : voilà ce qui tient à l'organisation; au lieu que l'agilité est le résultat de l'habitude et de fréquens exercices ; ce qui, en multipliant les mouvemens des muscles du côté droit, augmente leur adresse sans trop ajouter à leur force.

De l'harmonie qui existe entre la symétrie des organes et la ressemblance de leurs fonctions, il s'ensuit que si, par un écart de la nature, il se trouvait

« EdellinenJatka »