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on ne peut plus en rapport avec la nature même des faits qui en ont été l'origine : l'espace resserré qui se trouvait entre les parois supérieure et inférieure du plancher ne fournissait qu'à peine la quantité d'oxygène nécessaire à la combustion de la poutre, laquelle avait dû commencer dans la nuit du 16 au 17; les gaz ont fini par trouver une fissure à travers la lame inférieure, mais tombant à froid et rares dans le principe, ils ne pouvaient alors occasionner qu'un malaise passager, et ce ne fut que plus tard, quand en raison de leur pesanteur ils se trouvèrent condensés en grande quantité, qu'ils devinrent capables de donner la mort. (Gazette des hôpitaux, 1855, D" Sonnier.) Mais voici, dans ce genre, un fait des plus curieux :

« Une dame est trouvée mourante dans son lit ; on s'empresse autour d'elle; mais une de ses parentes, qui ne la quitte pas, se sent à son tour prise de maux de tête et de bourdonnements, elle résiste sans se rendre compte de cette indisposition ; mais ses forces l'abandonnent et elle s'évanouit : bientôt une autre personne tombe également en secourant ces deux femmes, puis une quatrième. On les enlève, on les porte dans une autre pièce, elles reviennent en peu d'instants; mais ayant voulu retourner auprès de la première malade, elles sont bientôt reprises des mêmes symptômes; enfin toutes les personnes qui avaient voulu assister celle-ci dans l'intervalle avaient été renversées successivement. Le médecin, sans trop savoir quelle pouvait être la source d'une telle bizarrerie, fait transporter tous ces malades et la dame elle-même dans un autre appartement, et l'on ouvre la fenêtre. Après plusieurs heures d'incertitude, la véritable cause se révèle enfin : des charpentes placées dans l'épaisseur des murailles et attenant au fourneau d'une cuisine étaient en pleine combustion, et les gaz s'introduisaient par des fentes et des crevasses dissimulées dans une armoire. » (Ann. d'hygiène.)

Je pourrais citer plusieurs autres faits analogues.Souvent aussi j'ai asphyxié des animaux en ne brûlant qu'une petite quantité de charbon à la fois, de sorte que la température n'était pas sensiblement changée; ils restaient pendant une heure ou une heure et demie sans paraître sensiblement incommodés, puis ils commençaient à balancer leur tête, à tourner sur eux-mêmes; ils tombaient sur le côté, et, après un spasme souvent assez long de la poitrine, ils s'éteignaient.

Les caractères anatomo-pathologiques, ici, sont loin d'être toujours les mêmes. Ainsi, chez ce sujet dont nous avons rapporté l'observation d'après M. Sonnier, le sang était noir et tout à fait fluide dans les artères et dans les veines; le cœur droit ne renfermait pas de caillots; le cœur gauche et les artères paraissaient contenir moins de sang qu'à l'état normal. Chez Drioton, on trouva un état semblable, mais, chez sa femme, il y avait des caillots dans le cœur, quelques-uns même, très-volumineux, se prolongeaient jusque dans les vaisseaux. Dans les animaux, j'ai rencontré de pareilles dissemblances : tantôt le sang était entièrement fluide, tantôt il y avait des concrétions molles dans le cœur droit. De ces faits, ressort évidemment la grande différence qui se produit dans les symptômes de l'asphyxie, suivant qu'elle a lieu sous une température élevée ou froide. Dans un cas, c'est une lutte active et violente entre la vie et la mort ; dans l'autre, il semble que la vie se retire d'elle-même de l'organisme, et que celuici s'en laisse abandonner passivement.

II. Il s'en faut de beaucoup que les effets soient ainsi constamment proportionnés à la puissance de la cause : souvent les conditions les plus identiques donnent lieu aux résultats les plus opposés. La disposition individuelle est évidemment l'élément prédominant. Ainsi les époux Drioton, couchés dans le même lit, étaient soumis aux mêmes influences, et cependant le mari termina sa vie par une véritable syncope et sans se réveiller; sa femme, au contraire, avait été arrachée au sommeil : elle avait même tenté de se lever, et l'on a vu, par l'autopsie, combien les lésions différaient chez l'un et chez l'autre. Un individu peut vivre dans une atmosphère de charbon où un autre aura succombé.

« Deux époux, à l'hôpital de la Charité, allument un réchaut pour se réchauffer ils laissent leur porte entr'ouverte afin que l'air puisse se renouveler. Le matin, le mari se leva de bonne heure, il avait un léger mal de tête, il quitta sa chambre sans s'apercevoir que sa femme était expirante à côté de lui. » (De Castelnau, Gaz. des hôp. , 1851.)

Des faits analogues se sont présentés plusieurs fois chez des suicidés, et, bien souvent, des chiens m'ont offert, sous ce rapport, les contrastes les plus inattendus; mais voici un fait, surtout, que je ne puis oublier, en raison des circonstances dans lesquelles il s'est produit.

Le 21 septembre, MM. Rayer et C. Bernard, de l'Institut, voulurent bieu assister à quelques expériences pour lesquelles mon ami et ancien collègue d'internat, M. Vialet, me prêta son concours. A 4 heures 30 minutes je plaçai dans l'appareil deux chiens, l'un blanc, l'autre roux, sensiblement égaux de taille et de force; à 4 heures 50 minutes ils avaient parcouru toutes les périodes de l'asphyxie, ils étaient inanimés, la respiration était à peu près nulle. Je les retirai, ils paraissaient exactement aussi malades l'un que l'autre. M. Rayer me dit d'opérer sur le chien roux : Après avoir démontré avec le fer rouge l'état relatif de la sensibilité aux extrémités et à la poitrine, je fis revenir en quelques minutes cet animal, qui, j'en suis sûr, serait mort; mais pendant que les cautérisations obtenaient d'un côté un succès brillant, il se passait ailleurs un événement qui les compromettait singulièrement, car il donnait à penser qu'on eût pu se passer de leur concours. En effet, le chien blanc, qui avait été abandonné à lui-même, revenait à la vie tout seul et presque aussi vite que celui que j'avais traité..... Une seconde expérience, faite dans des conditions identiques, donna absolument les mêmes conséquences : l'animal que je traitais revint, il est vrai; mais l'autre, encore laissé à lui même, se releva encore en même temps, peut-être même un peu plus vite.

Ces résultats, il faut le dire, n'étaient pas favorables; ils pouvaient laisser penser que l'asphyxie n'avait pas été portée jusqu'à un degré capable de causer la mort. Heureusement ceci se passait devant des hommes qui savent que de telles expériences, n'ayant ni un critérium, ni un point de comparaison déterminé, leur succès est soumis constamment à de grandes éventualités.

La cause de cet insuccès apparent n'était pas une énigme pour moi; toutefois je crus devoir la rendre authentique et palpable. Je priai M. le D" Labric, médecin de l'hospice des Ménages, et M. Vialet, d'assister à une contre-expérience.

Le 25, je renfermai de nouveau dans l'appareil le chien blanc et le chien roux; après 20 minutes, je les retirai avec la résolution de les abandonner à eux-mêmes. Or, à peine dehors, le chien roux expirait et le chien blanc, auquel il ne fut rien fait, se mit à respirer amplement, bientôt il se leva, 10 minutes après il était dans la cour.

Ainsi, voilà un animal qui a pu rester impunément dans une atmosphère où un autre individu de la même espèce, de même taille et de même force, avait trouvé la mort. Il est facile de tirer bien des conséquences d'un tel fait. D'abord, si, dans les expériences, j'avais opéré sur le chien blanc, il n'est pas douteux que le chien roux ne fût mort, et que l'autre, en se relevant promptement, n'eût été, pour le traitement que je propose, l'occasion d'un succès éclatant. Mais, si l'on transporte cette différence de susceptibilité dans une affaire de justice criminelle, à quelles erreurs ne se voit-on pas exposé! Le chien roux subissait l'influence délétère bien avant l'autre; il était déjà voué à une mort certaine que l'autre était à peine atteint; ce dernier n'était pris de suffocation, il ne s'affaissait que bien longtemps après le chien roux. Quand je les retirai, le chien roux était dans l'état de mort apparente depuis 7 ou 8 minutes; le chien blanc seulement y était depuis 2 ou 3. Évidemment, ce sont là des différences énormes. De plus, ici, en raison de l'étroitesse de l'espace et de la forte quantité de combustible, les phénomènes étaient précipités et empiétaient les uns sur les autres. Or la violence de la chaleur et l'intensité des gaz dégagés presque subitement, provoquaient dans l'économie une perturbation, qui ne pouvait que faire disparaître, ou amoindrir les nuances, chez l'un et chez l'autre. Mais il est présumable que, sous des causes moins puissantes, l'organisation gardant son caractère individuel, les phénomènes eussent été à la fois plus lents et plus distincts; l'un de ces animaux en eût été encore aux premiers accidents, que l'autre eût été déjà mort. Dans de telles conditions, supposez des individus à la place de ces animaux : on entre dans la pièce où ils se sont asphyxiés; l'un a déjà succombé, l'autre est à peine atteint; le contact de l'air frais le fait promptement revenir. Pour peu qu'il y ait déjà quelques soupçons basés sur des faits antérieurs, on est porté à présumer que celui-ci a dû, par des moyens ignorés, se préserver des causes qui ont déterminé la mort chez l'autre; on soupçonne un crime; et, d'une tentative réelle de suicide, naît une présomption d'assassinat. Aussi, cette question si importante de susceptibilité relative entre individus exposés aux mêmes conditions délétères, a-t-elle été soulevée déjà plusieurs fois. On a vu des individus être retirés vivants d'une chambre où ils s'étaient enfermés avec d'autres pour mourir, et dans laquelle ceux-ci avaient, effectivement, trouvé la mort. Mais, dans quelques cas aussi, on a pu découvrir que la résistance prétendue aux causes asphyxiques dépendait de tout autre chose que d'une différence dans la disposition individuelle. Dissimulant une pensée de meurtre sous une tentative apparente de suicide, quelques-uns, en ayant déterminé d'autres à s'asphyxier en com , mun, se sont, par supercherie, soustraits aux influences délétères pendant que leur victime s'y abandonnait de bonne foi.

« Il y a quelques années, on trouvait le matin, dans une chambre, étendu sur un lit, un homme mort depuis plusieurs heures.Une fille, sa concubine, qui demeurait dans cette chambre, déclara qu'à la suite d'une discussion qu'ils avaient eue la veille, il avait voulu se frapper d'un coup de couteau, et qu'elle s'était évanouie, tombant la face contre la porte ; quelle ignorait ce qui s'était passé ensuite. Dans la nuit, revenant à elle, elle avait vu cet homme mort sur le lit, il s'écoulait du sang par sa bouche. Du charbon avait été allumé, il en brûlait encore. Elle voulut se pendre, mais la corde ayant cassé, elle était tombée.Au moment ou on l'interrogea, cette fille se plaignait d'un violent mal de tête, de malaise, elle était tout étourdie. »

D'après son propre récit, cette fille avait donc séjourné, pendant une partie de la nuit, dans cette pièce qui était peu grande, et dans laquelle il avait été brûlé une forte quantité de charbon. On examina la porte: elle fermait bien en bas et sur les côtés. Des recherches faites, dans le but d'éclaircir le fait, firent présumer que cette fille, après avoir allumé le charbon, était montée dans un grenier situé au-dessus de sa chambre et dissimulé par une trappe; qu'elle y avait demeuré jusqu'à ce que cet individu eût été asphyxié, puis qu'elle était descendue, avait ouvert la croisée de la chambre pour renouveler l'air; enfin qu'elle s'était étendue sur le sol, auprès des charbons éteints, de manière à faire croire qu'elle avait été également Soumise aux émanations délétères.

Assurément je ne voudrais pas me permettre de juger des faits que je n'ai point vus, et sur lesquels je me suis renseigné, que par ce qui est rapporté dans les procès-verbaux de cette affaire. On ne peut pas davantage critiquer la marche suivie dans l'expertise, car ceux qui l'ont faite y ont apporté toute la conscience et la sagacité possibles : aussi l'observation que je vais faire ne s'adresse-t-elle nullement au fait lui-même ; je ne prends celui-ci que comme un exemple donné par le hasard, entre ceux du même genre qui pourraient se rencontrer.

Je l'avoue, pour moi, dans de semblables circonstances, tout se fût réduit à la donnée suivante : Cette fille a-t-elle oui ou non séjonrné dans sa chambre pendant toute la nuit, ou en est-elle sortie m0mentanément, soit par la porte, soit par la trappe du grenier ?

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