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si l'on veut tenir compte de tout ce qui s'est passé avant qu'on la détachât : le moment d'effroi inévitable au premier aspect, l'indécision sur les moyens à prendre, le temps de franchir un espace d'environ soixante pas, le temps de chercher une échelle, de l'appliquer, de monter dans la chambre, de défaire le nœud, etc.; de plus la corde était mince, la femme s'était jetée à toute volée, elle était assez pesante, toutes circonstances capables de déterminer la strangulation la plus complète; et cependant, à la cinquième minute, elle est revenue à elle spontanément. D'après la promptitude et la facilité du retour à la vie, il est permis de croire qu'elle eût pu encore rester suspendue pendant un certain laps de temps sans que sa mort fût inévitable. Quand on a vu quelques animaux périr par la strangulation, on s'explique parfaitement comment des individus peuvent se donner la mort en s'attachant par le cou à une hauteur moindre que la longueur de leur corps, de sorte que les pieds, les genoux, et quelquefois même le corps tout entier, portent sur le sol. En effet, on connaît l'opiniâtreté des suicidants en général. Il n'est pas difficile d'admettre qu'ils concentrent toutes leurs forces pour resserrer le lien autour de leur cou, soit en se cramponnant avec les mains ou avec les pieds aux objets voisins, soit simplement en se raccourcissant par une contraction de tout le corps. Or il n'est pas nécessaire de prolonger cet effort volontaire aussi longtemps qu'on pourrait le supposer, car par le fait même d'un simple resserrement du cou, il se déclare de l'agitation, la constriction augmente, et elle a pour conséquence la perte du sentiment; dès lors ce corps devenu inerte n'est plus soutenu que par le cou, et l'asphyxie s'achève en quelque Sorte d'elle-méme. OBs. — Le 10 octobre, on pendit un chien de Terre-Neuve qui était lellement grand que ses pattes portaient sur le sol dans la moitié de leur longueur; il resta cinq minutes environ immobile, respirant trèsfacilement, et le cœur à l'état normal, puis il fit quelques mouvements de la tête pour se délivrer, le nœud se serra ; étant plus gêné, il fit des efforts plus violents et plus énergiques; bientôt les convulsions se déclarèrent, on le vit tantôt se contracter, les pattes inférieures tendant à se rapprocher des supérieures; tantôt se jeter de côté et d'autre, ou enfin tourner sur lui-même, les pattes inférieures faisant office de pivot; enfin, dix minutes après, les convulsions avaient cessé, la tête

était pendante, il ne faisait plus aucun mouvement : à la vingt-huitième minute, le cœur avait cessé de battre.

OBs. - On passa au cou d'un chien un nœud coulant dont la corde traînait à terre ; il était parfaitement libre de ses mouvements, mais à force de s'agiter, il resserra le nœud au point de s'étrangler. Une heure après, il était mort.

Après la mort, le sang tombe dans les parties les plus déclives du corps; les membres inférieurs, les vaisseaux du bassin et des intestins, le foie et les poumons, à leur base, sont rapidement engorgés; c'est là un phénomène cadavérique qu'il faut bien distinguer de ceux qui se rattachent à la cause de mort. Toutefois j'admettrais volontiers que, pendant la vie, l'absence de tout soutien pour le corps, et l'état de suspension doivent, à la longue, déterminer , dans les muscles et les vaisseaux, un relâchement qui finit par favoriser la chute du sang vers les parties inférieures, tout en paralysant l'action tonique du cœur, de là une disposition toute mécanique à la syncope. Le sang est généralement fluide, il est rare que l'on trouve quelques caillots mous dans le cœur. Les paupières, si injectées qu'elles aient été pendant la période convulsive, sont pâles et blanches. Souvent les yeux sont tirés au fond des orbites, et l'iris est à demi contracté. Le cerveau est pâle et exsangue, si on l'examine le corps étant encore suspendu; il contient du sang, au contraire, à sa partie la plus déclive, si la tête pose sur le sol.

Si, avant d'ouvrir la poitrine, on a soin de fermer la trachée pour s'opposer au retrait des poumons, on trouve que ces organes sont d'un rose clair et pâle; seulement des taches ecchymotiques, de dimension et de coloration très-variables, apparaissent çà et là. Tantôt ce sont des plaques d'un rouge-cerise qui occupent presque toute la surface d'un lobe , tantôt c'est un pointillé très-fin répandu sur presque toute la superficie; tantôt enfin ce sont des épanchements sous la plèvre, formant des plaques noires, qni parfois même font une certaine saillie à la surface. Fréquemment, comme dans la strangulation, on trouve des plaques ou des petites taches de la largeur d'une lentille ou d'un grain de chènevis, qui sont d'un rose livide, se rapprochant, pour la couleur, de certaines macules syphilitiques.

Ces lésions, quand la mort date de quelques heures, se perdent dans la teinte très-foncée que le travail cadavérique imprime aux poumons. Il est rare, par exemple, qu'après trois ou quatre heures, on puisse les distinguer entièrement dans la couleur violacée et noirâtre que revêtent ces organes en tout ou en partie; aussi peuton s'expliquer parfaitement le silence que l'on a gardé jusqu'ici à leur égard. Pour me rendre un compte exact des modifications qu'entraîne l'état cadavérique, j'ai asphyxié ensemble deux animaux sensiblement égaux de force et de taille ; l'un a été ouvert sur-lechamp, l'autre huit jours après. Chez le premier, les poumons étaient roses, un peu emphysémateux, mais ils ne contenaient pas une masse de sang excessive; chez l'autre, ils étaient violacés dans la plus grande étendue, noirâtres en arrière, surtout à la partie postérieure de la base. Mais alors j'insufflai fortement ceux-ci; le sang qui les engorgeait se retira, ils se déplissèrent, et en définitive on vit apparaître des taches qui jusque-là étaient restées inaperçues. J'ai interrogé scrupuleusement divers traités de médecine légale, et je n'ai point vu que l'on ait encore utilisé l'insufflation pulmonaire pour rechercher, après les divers genres d'asphyxie, ce qui est dû à la cause de mort, et ce qui résulte de l'hypostase cadavérique. Trop souvent cependant les lésions qui se rapportent à la mort sont tellement perdues dans l'amas de sang, qu'il doit en résulter une confusion regrettable quand il s'agit de déterminer au juste quelle est la cause de la mort. On peut en juger, au reste, par les deux descriptions suivantes, que j'emprunte à l'ouvrage de M. Devergie. OBs. - Poumons volumineux, d'un noir violacé, gorgés de sang, à tissu rouge brunâtre postérieurement; cavités droites du cœur et troncs

veineux gorgés de sang assez liquide; pas de caillots; un peu de sang dans l'oreillette gauche et dans l'origine des artères.

0Bs. — Les deux poumons contiennent beaucoup de sang; ils ont, en arrière, une teinte violacée très-marquée, et leur tissu, d'un rouge noirâtre en arrière , est encore fortement coloré en avant. La section de ces vaisseaux laisse couler une quantité notable de sang noir et épais; du sang existe dans les cavités gauches et droites du cœur, mais dans une proportion plus grande à droite qu'à gauche; ce sang est fluide.

Il est, je crois, difficile de représenter deux états qui se rapprochent davantage, et cependant, de ces organes, les uns appartenaient à un asphyxié par le charbon, les autres à un pendu. Ce dernier était Champion, l'assassin du roi Louis-Philippe.

Submersion. Quand un jeune chien est jeté dans l'eau froide, il nage pendant dix minutes la tête hors de l'eau, mais il s'affaiblit; sa tête plonge un instant; il avale quelques gorgées; il s'ensuit d'abord un certain trouble dans les mouvements, qui reprennent bientôt une nouvelle énergie, et on le voit nager pendant sept minutes avec force et régularité. Alors il est visiblement épuisé , ses mouvements ne le soutiennent plus, la tête enfonce plusieurs fois, elle reste sous l'eau. Il cherche à respirer, et des bulles d'air viennent s'ouvrir au dehors. Il tombe au fond, revient à la surface ; de nouvelles aspirations font entrer dans sa poitrine autant d'eau que d'air. Il se débat pendant quelques secondes, et enfin il reste inanimé. Les mouvements de l'eau le ballottent sans résistance, des bulles d'air apparaissent encore; des cercles ondulatoires qui se dessinent à la surface indiquent qu'il vient d'uriner. Après trois ou quatre minutes, il revient sous la couche supérieure, mais on ne voit que le dos, la tête et le train postérieur pendant en bas. La poitrine a encore quelques mouvements respiratoires, la chaleur y est conservée; mais, à la vingtième minute, le corps est entièrement froid, et il reste au fond définitivement. Quand l'autopsie a lieu immédiatement après la mort, les bronches contiennent toujours de l'écume quand l'animal a été submergé vivant, même lorsqu'il n'a pas respire hors de l'eau. Les poumons sont volumineux, ils crépitent sous le doigt , la moindre pression fait sortir par la trachée une mousse écumeuse très-fine et très-blanche ou à peine mêlée de quelques stries de sang. Ils sont d'un gris rosé un peu sale, plus foncé en arrière et à la base, plus clair en haut et en avant ; en divers endroits, on voit des taches d'un rouge-cerise, les unes assez claires et les autres très-foncées; elles sont séparées par des espaces beaucoup plus clairs dans lesquels les viscères ont conservé leur aspect normal. Contre l'habitude, ces organes, loin de s'affaisser sous la pression de l'air, non-seulement gardent leur volume quand la poitrine est ouverte, mais encore ils résistent quand la main les déprime. Par l'insufflation, la coloration générale devient beaucoup plus claire, et parmi les taches, les unes disparaissent complétement, les autres ne font que perdre de l'intensité de leur teinte en s'étendant davantage, mais elles ne s'effacent nullement. Quand on incise, il s'en écoule de l'eau écumeuse, rosée ou même sanguinolente, en grande quantité. Par l'insufflation, même plusieurs jours après la mort, la coloration violacée cadavérique disparaît, et les poumons redeviennent rosés, les taches et les ecchymoses redeviennent apparentes. Au-dessous des taches, il y a du sang mélangé d'eau; au centre même de quelques-unes d'entre elles, se rencontrent des petits caillots tout noirs et résistants. Le cœur est distendu ; tantôt il contient beaucoup de sang liquide mêlé à quelques caillots très-solides, tantôt on ne trouve que des caillots très-durs et consistants. Dans les oreillettes, les ventricules, les gros vaisseaux, le sang est constamment d'un noir trèsfoncé. En hiver la mort est remarquablement plus rapide qu'en êté. Plusieurs fois j'ai vu des animaux, au mois de juillet, par exemple, survivre à une submersion de deux minutes et demie; jamais, en janvier, ils ne résistèrent au delà d'une minute et demie, Les chiens, sous l'eau , périssent toujours en très-peu de temps ; au contraire, chez l'homme, il n'est pas rare de voir le retour à la vie après un temps beaucoup plus long. Cela tient, à n'en pas douter, à ce que l'homme s'évanouit et reste dans un état de mort apparente, pendant lequel les besoins de la respiration sont à peu près nuls, tandis que les animaux cherchent à respirer avec force, s'agitent, se débattent, et déterminent dans leurs poumons de profondes lésions. Aussi les autopsies ont-elles permis de distinguer, chez les individus, la mort par submersion de la mort par syncope. Quand la mort a lieu hors de l'eau, c'est encore avec les mêmes caractères que l'on connaît. Ainsi, si l'on retire un animal au moment où il va expirer, la pupille est fortement contractée ou même elle est déjà entièrement dilatée, signes presque aussi certains l'un que l'autre d'une mort imminente; dans ces circonstances, il fait une ou deux inspirations très-amples, qui entraînent avec elles tout le corps, puis la pupille se dilate, et enfin le cœur s'arrête. Les phénomènes du retour à la vie sont absolument analogues à ceux que nous avons déjà observés dans les autres asphyxies.

OEs. - Un chien est retiré après 97 secondes de submersion. Étendu .

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