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car le liquide virulent ne peut alors se trouver en contact qu'avec le méat urinaire ou tout au plus avec la fosse naviculaire; et quant à l'hypothèse du vide produit dans le canal immédiatement après l'éjaculation, elle est complétement inadmissible, ainsi que le dit très-bien M. Ricord lui-même (1). Attribuera-t-on sa progression à la pesanteur ? Non, car le poids d'une goutte de pus n'aurait pas la force nécessaire pour écarter les parois de l'urèthre, qui du reste, pendant l'acte, est ordinairement dans une direction horizontale et dans un état de turgescence peu favorable à l'introduction d'un liquide d'une certaine consistance dans un canal d'un assez petit diamètre. En supposant que dans quelques canaux organiques , les trompes utérines par exemple, les mouvements des cils vibratiles de l'épithélium puissent concourir à la progression de liquides ou de corpuscules contenus dans leur intérieur, ce qui même est loin d'être acceptable, rien de semblable ne peut être invoqué pour l'urèthre, qui ne présente pas cette variété d'épithélium. Comment croire à la pénétration, pendant le coït, du pus virulent dans les parties profondes du canal et jusque dans la vessie, quand on voit que le liquide d'une injection poussée par le piston d'une petite seringue reflue à l'extérieur de la verge redressée, si les lèvres du méat urinaire ne sont pas pressées sur la canule (2)? Qui n'a pas observé, dit M. Leroy d'Étiolles, que le liquide ressort sans aller au delà du bulbe, même lorsqu'une sonde le porte jusqu'à ce point(3)? Il n'y a guère, il me semble, que deux circonstances dans lesquelles des ulcérations primitives peuvent se développer profondément dans le canal : 1° quand il y a extension d'un chancre situé Vers le méat, qui, affectant une marche serpigineuse, se propage le long du canal, comme dans les autres régions; 2° quand il y a introduction dans l'urèthre d'un instrument souillé de matière virulente. Sous le rapport anatomo-physiologique, aucun motif ne paraît donc engager à croire à la possibilité de la contagion des parties

(1) Ricord, lettre 22, p. 171.

(2) Ricord, Traité des maladies vénér. , p. 742.

(3) Leroy d'Étiolles, Urologie, traité des angusties ou rétrécissements de l'urèthre, p. 18; 1845.

profondes de l'urèthre, lors de la cohabitation du moins, et conséquemment à l'existence d'ulcérations primitives profondément situées. L'anatomie pathologique fournit-elle plus de raisons de conviction? MM. Velpeau, Gerdy et Gibert, paraissent en douter beaucoup (1). Jusqu'à présent, en effet, la plupart des faits publiés d'ulcérations uréthrales profondes paraissent pouvoir être considérés soit comme la suite de vieilles blennorrhagies, soit comme des exemples d'accidents syphilitiques consécutifs. Si quelques auteurs, avec Hunter (2) et Gataker (3), ont reconnu que la blennorrhagie pouvait être déterminée par l'inflammation de la muqueuse uréthrale non ulcérée, fait important à signaler à une époque où la plupart des médecins croyaient que tout écoulement était dû à des ulcérations; un grand nombre d'autres observateurs ont néanmoins rencontré des ulcérations dans l'urèthre de personnes affectées depuis longtemps de gonorrhée. Au commencement du xv° siècle, Valescus de Tarente écrivait : Ardor urinae sine ulcere ducit ad ulcerationem si diu perseveret (4). Terraneus, sur le cadavre d'un homme affecté ex diuturna gonorrhaea, trouva des ulcérations profondément situées (5). Benevoli observa un ulcère calleux caché dans la prostate d'un homme qui duodeviginti jam annos eundem pertulerat morbum 6). Genselius reconnut aussi divers petits ulcères sur un individu s qui post virulentas aliquot gonorrhaeas in novam inciderat (7). Morgagni, qui cite aussi Genga, admet également l'existence de ces ulcérations, d'après les brides et cicatrices qu'il vit à la surface

(1) Bulletin de l'Acad. de méd., octobre 1852 ; de la Syphilisation, etc., Baillière, 1853; séances du 28 septembre 1852, des 5 et 12 octobre, p. 325, 347 et 367. Voy. aussi Revue méd., séance du 1er juin 1847. (2) Hunter, Traité des mal. vén., trad. d'Audiberti, partie II, p.31 et suiv. l, (5) Voy. Lefebvre de Saint-lldefonse, p. 353 et suiv., et Hunter, loc. cit., p.32. (4) Voy. Bell et Bosquillon, Traité de la gonorrhée virulente et de la mal ! vén., t. I, p. 505, en note. (5) Voy. Morgagni, de Sedibus et causis morborum, lib. III, epist. xLIV, | art. 14. | (6) Voy. Morgagni, loc. cit., art. 17. |

(7) Voy. Morgagni, loc. cit., art. 17.

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de la muqueuse du canal (1); brides observées d'ailleurs par Laennec, Sharp, Goulard, Hunter, Chopart, Desault, et reconnues encore par beaucoup de médecins comme une des causes des rétrécissements (2). Lombard, en ouvrant le cadavre d'un soldat mort à la suite d'une gonorrhée ancienne, trouva une ulcération gangréneuse occupant la plus grande portion du tube de l'urèthre, et comprenant les deux prostates antérieures, converties en un dépôt de sanie nauséabonde (3). Dupuytren, ainsi que nous l'apprend un de ses élèves, M. Desales, eut plusieurs fois l'occasion de montrer dans ses leçons, à la suite d'anciennes blennorrhagies, des ulcérations, dont les unes étaient superficielles, les autres rondes, et comme formées par un emporte-piéce (4). Gardane (5), Teytaud (6), Swediaur (7), Hecker (8), Chopart (9), Boyer et Richerand (10), M. Leroy d'Étiolles (11), et la plupart des praticiens, ont reconnu ces ulcérations intra-uréthrales développées à la suite de blennorrhagies anciennes ; M. Ricord lui-même admet une blennorrhagie ulcéreuse (12), et cependant il considère comme chancres primitifs des ulcérations qui ne diffèrent en rien de celles observées par ces divers médecins, et qui, loin de se montrer immédiatement après le coït contagieux, ainsique cela devrait avoir lieu pour tout chancre primitif, du moins

(1) Voy. Morgagni, loc. cit., epist. xLII, n. 39, 40, 41, etc., et xLIv, n. 10, etc. (2) Voy. Desales, thèse inaugurale, n. 197, p, 17 et suiv. ; Paris, 24 août 1824. (3) Lombard, Cours de chir. pratique sur les mal. vén., t. ll, p. 48 ; Strasbourg , 1790. (4) Desales, thèse, n. 197, p. 16, 19 et suiv. ; Paris, 24 août 1824. (5) Gardane, Rech. sur le traitement des mal. vén. , p. 215; Paris, 1770. (6) Teytaud, Traité de la gonorrhée, p. 105, n. 173; Paris, an Vl. ,(7) Swediaur, Mal. vén., 4° édit., t. l, p. 60, 217 et suiv ; Paris, 1801. (8) Hecker, De la Gonorrhée, trad. de Jourdan, p. 164 ; Paris, 1812. (9) Chopart, Malad. des voies urinaires, nouvelle édit., revue par M. Félix Pascal, t. II, p. 273. (10) Desales, loc. cit., p. 19 et suiv., en note. (11) Leroy d'Étiolles, Traité des angusties ou rétrécissements de l'urèthre, p.69. (12) Ricord, Revue iconographique, pl. vIII, p. 9,

d'après ce syphiliographe distingué, qui n'admet pas d'incubation (1), ne se montrent le plus souvent qu'après des écoulements anciens ou répétés. En supposant que quelques-unes des ulcérations observées ne soient pas la conséquence directe de la blennorrhagie, rien empêche de les regarder comme des accidents syphilitiques consécutifs pouvant se développer sur la muqueuse uréthrale, de même qu'ils se montrent sur celle du pharynx , du larynx et des bronches (2). MM. Mercier et Vidal (de Cassis) ont bien observé des végétations dans le canal de l'urèthre (3), M. Follin a bien vu des tubercules muqueux développés sur la muqueuse vésicale (4); on ne peut certainement pas les considérer comme primitifs. Pourquoi en serait-il autrement pour les ulcérations profondes de l'urèthre, et surtout pour celles de la vessie, indiquées dans quelques observations (5)? Les blennorrhagies consécutives à une infection antérieure, signalées par divers auteurs, entre autres par Bertrandi, Lombard, mon père (6), M. Vidal (de Cassis) (7), ne sont vraisemblablement que la conséquence de ces ulcérations syphilitiques conSécutives intra-uréthrales. Quant aux vastes cavernes de la prostate, aux lésions considérables occupant la vésicule séminale, les canaux éjaculateurs, l'épididyme, etc., elles semblent être bien moins le résultat d'ulcérations primitives, que la conséquence de foyers purulents développés soit par suite de la présence de calculs ou concrétions prostatiques observés par Pohl, Cortini, Marcellus Donatus, Terraneus, Douglas, et plusieurs autres cités par Morgagni (8), ou du ramollissement de tubercules, ainsi que l'indique M. Vidal (de Cassis)(9) et

(1) Ricord, lettre 17, p. 129 et suiv. (2) Voy. observation d'ulcération de la muqueuse bronchique, par M. Sadowski, de Prague, cité par M. Munck, portant le n. xLII dans ma thèse. (3) Vidal (de Cassis), Pathol. ext., t. V, p. 58. (4) Voy. Gazette médicale, 1849, p. 492. (5) Ricord, Revue iconographique , pl. vIII. (6) Lagneau, Traité pratique des mal. syphilitiques, 6° édit., t. l , p. 154 et suiv. (7) Vidal (de Cassis), Traité des mal. vén., p. 437. (8) Morgagni, de Sedibus et causis morborum, lib. III, epist. xLII, art. 37. (9) Vidal (de Cassis), Traité des mal. vén., p. 63 ; voy. aussi Morgagni, loc. cit., epist. xLI, art. 12, et epist. xLIv, art. 19 et 20. Baillie, Sœmmering, cités par M. Vidal de Cassis)(Pathol. ext.), parlent aussi de cette affection.

que l'avait déjà fait remarquer M. Velpeau (1), à propos de la deuxième observation recueillie par M. Ricord (2), soit enfin, et vraisemblement le plus souvent, à la suite de blennorrhagies qui, par leur extension aux organes circonvoisins du canal, déterminent parfois des inflammations de la prostate, qui ont été signalées par de nombreux auteurs, entre autres Lombard (4), Swediaur (5), Bell (5), mon père (6), M. Vidal (de Cassis) (7), et des abcès péri-uréthraux s'ouvrant quelquefois dans le canal, ainsi qu'on en trouve des exemples dans Hunter (8), dans Teytaud (9), accidents d'ailleurs généralement reconnus par tous les praticiens.

Enfin, en dernier lieu , l'observation directe des malades est-elle plus faite pour démontrer l'existence d'un chancre larvé comme cause de la syphilis constitutionnelle succédant à un écoulement uréthral ? Je ne le crois pas. Souvent on a occasion de constater sur le vivant des écoulements accompagnés d'ulcérations profondes de l'urèthre, et même de cavernes s'ouvrant dans ce canal; mais, commémoratifs et symptômes , tous tendent alors à établir que ces lésions, loin d'être primitives, sont la conséquence d'autres affections et surtout de blennorrhagies anciennes : tels étaient les cas observés par Teytaud (10), telles sont aussi les deux obserVations suivantes.

0BsERvATIoN I"°.— Le 13 avril 1835, mon père est appelé à donner des soins à M. I..., pour un écoulement accompagné de symptômes inflammatoires, qui exigent successivement trois applications de sangsues. Le 9 juin, ces accidents aigus paraissant calmés depuis quelques jours, l'on prescrit les capsules de copahu. A quelque temps de là, le cordon spermatique gauche devenant sensible, il survient un engorgement testiculaire pour lequel on applique de nouveau 15 sangsues. Grande amélioration pendant la deuxième quinzaine de juillet et durant

(1) Velpeau, Bulletin de l'Acad. de méd., octobre 1852, p. 123; et Syphilisation, etc. ; Baillière, 1853, séance du 12 octobre 1852, p. 367. (2) Ricord, Revue iconographique, pl. VIII. (3) Lombard, loc. cil., p. 48. (4) Swediaur, Malad. vénér., t. l, p. 216 et suiv. (5) Bell, trad. de Bosquillon, Gonorrhée virulente et malad. vénér., t. l, p. 155 et suiv. (6) Lagneau, Malad. syphil., 6° édit., t. l, p. 94 et suiv. (7) Vidal (de Cassis), Malad. vénér., p. 128 et suiv. (8) Hunter, trad. d'Audiberti, partie II, chap. 1, p.32. (9) Teytaud, De la Gonorrhée, p. 109 et 288, 14e observ. ; Paris, an VI. (10) Teytaud, loc. cit., obs. 16, p. 292, et obs. 29, p.319.

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