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apercevoir, la méthode dont on a fait usage pour les observations des sens externes; on pourra porter dans la théorie de l'entendement humain, la même exactitude que dans les autres branches de la philosophie naturelle.

Déjà, plusieurs principes généraux de phy, siologie intellectuelle ont été reconnus et développés avec succès. Tel est le principe de la sympathie, ou de cette tendance générale de tous les êtres semblablement organisés, à se mettre entre eux, en harmonie. Tel est encore le principe de la liaison de toutes les choses qui dans l'organe intérieur, ont eu une existence simultanée ou régulièrement successive, liaison qui, parleretour de l'une d'elles, rappelle les autres. A ce principe fécond se rattachent un grand nombre de phénomènes, et le principe suivant qui à un rapport direct avec l'objet de cet ouvrage. Si l'on exécute fréquemment les actes qui découlent d'une modification particulière de l'organe intérieur; leur réaction sur cet organe peut, non-seulement accroître cette modification, mais quelquefois lui donner naissance. Ainsi le mouvement de la main qui tient une longue chaîne, suspendue, se propage le long de la chaîne jusqu'à son extrémité inférieure; et si, la chaîne étant parvenue au repos, on

met en mouvement cette extrémité; la vibration remonte jusqu'à la main qu'elle fait mouvoir à son tour. Ces mouvemens réciproques deviennent faciles et comme naturels, par de fréquentes répétitions. Cette facilité que contracte l'organe intérieur, est encore un principe de physiologie intellectuelle.

Les effets de ces principes sur la croyance, sont remarquables. La croyance ou l'adhésion que nous donnons à une proposition, est ordinairement fondée sur l'évidence, sur le témoignage des sens, ou sur des probabilités telles que le témoignage des hommes. Son degré de force dépend de celui de la probabilité qui dépend elle-même, des données que chaque individu peut avoir sur l'objet de son jugement.

Nous formons souvent en vertu de notre croyance, une série d'actes qui la supposent, sans avoir besoin d'en rappeler les preuves. La croyance est donc l'effet d'une modification permanente de l'organe intérieur,modification qui subsiste indépendamment de ces preuves quelquefois entièrement oubliées, et qui nous détermine à produire les actes qui en sont les conséquences. Suivant le principe que nous venons d'exposer, une répétition fréquente de ces actes peut faire naître cette modification, et par conséquent la croyance, surtout si ces actes sont répétés à la fois par un grand nombre

. de personnes intimement persuadées de son objet; car alors, à la force de réaction de ces actes, se joint le pouvoir de l'imitation, suite nécessaire du principe de la sympathie.

Pascal a bien développé ces effets dans un article de ses Pensées qui a ce singulier titre, Qu'il est difficile de démontrer l'existence de Dieu, par les lumières naturelles; mais que le plus sûr est de la croire. Il s'exprime ainsi en s'adressant à un incrédule. « Vous » voulez aller à la foi, et vous n'en savez pas » le chemin; vous voulez vous guérir de l'infi» délité, et vous en demandez les remèdes. Ap» prenez-les de ceux qui ont été tels que vous, .) et qui n'ont présentement aucun doute. Ils » savent ce chemin que vous voudriez suivre, » et ils sont guéris d'un mal dont vous voulez » guérir. Suivez la manière par où ils ont com» mencé. Imitez leurs actions extérieures, si » vous ne pouvez encore entrer dans leurs » dispositions intérieures. Quittez ces vainis )) amusemens qui vous occupent tout entier. » J'aurais bientôt quitté ces plaisirs, dites» vous, si j'avais la foi. Et moi, je yous dis que ) vous auriez bientôt la foi, si vous aviez quitté ») ces plaisirs. Or c'est à vous à commencer. » Si je pouvais, je vous donnerais la foi : je ne » le puis, ni par conséquent éprouver la vérité » de ce que vous dites; mais vous pouvez bien

» quitter ces plaisirs, et éprouver si ce que je » dis est vrai.

» Il ne faut pas se méconnaître ; nous » sommes corps autant qu'esprit, et de là » vient que l'instrument par lequel la persua» sion se fait, n'est pas la seule démonstra» tion. Combien y a-t-il peu de choses démon»trées ? Les preuves ne convainquent que » l'esprit : la coutume fait nos preuves les plus » fortes. Elle incline les sens qui entraînent » l'esprit, sans que l'on y pense. Qui a démon» tré qu'il fera demain jour, et que nous mour» rons ? et qu'y a-t-il de plus universellement » cru? C'est donc la coutume qui nous per» suade. C'est elle qui fait tant de turcs et de » payens : c'est elle qui fait les métiers, les » soldats, etc. Il est vrai qu'il ne faut pas com) mencer par elle, pour trouver la vérité (1); » mais il faut avoir recours à elle, quand une » fois l'esprit a vu où est la vérité; afin de » nous abreuver et de nous teindre de cette ») croyance qui nous échappe à toute heure; » car d'en avoir toujours les preuves pré» sentes, c'est trop d'affaire. Il faut acquérir » une croyance plus facile, qui est celle de

(1) Pascal perd ici de vue, ce qu'il vient de recommander pour acquérir la foi, savoir de commencer par les actes extérieurs. .

SUR LES PROBABILITÉS. 231 » l'habitude qui, sans violence, sans art, sans » argument, nous fait croire les choses, et in)) cline toutes nos puissances à cette croyance, » en sorte que notre ame y tombe naturelle» ment. Ce n'est pas assez de ne croire que » par la force de la conviction, si les sens nous » portent à croire le contraire. Il faut donc » faire marcher nos deux pièces ensemble ; » l'esprit, par les raisons qu'il suffit d'avoir » vues une fois en sa vie; et les sens, par la 1 coutume et en ne leur permettant pas de » s'incliner au contraire. »

Le moyen que Pascal propose pour la conversion d'un incrédule , peut être employé avec succès pour détruire un préjugé reçu dès l'enfance, et enraciné par l'habitude.Ces sortes de préjugés naissent souvent de la plus faible cause, dans les imaginations actives. Qu'une personne attachant au mot gauche, une idée de malheur, fasse journellement de la main droite, une chose que l'on puisse exécuter indifféremment de l'une ou de l'autre main; cette habitude peut accroître la répugnance à se servir pour cet objet de la main gauche , au point de rendre la raison, impuissante contre ce préjugé. Il est naturel de croire qu'Auguste doué d'une raison supérieure à tant d'égards, s'est reproché quelquefois sa faiblesse de n'oser se mettre en route, le len.

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