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N° 114.

LORDS LYONS AU DUC DE GRAMONT.

Paris, le 13 juillet 1870.

Monsieur le Ministre, en me référant à notre conversation d'hier soir, je crois utile de ne pas perdre un instant pour faire part à votre Excellence de la substance d'un télégramme que je viens de recevoir du comte Granville.

Sa Seigneurie désire que je représente au Gouvernement de l'Empereur, l'immense responsabilité qu'il 'encourrait, s'il élargissait le terrain du conflit, et ne se déclarait pas immédiatement satisfait par la renonciation du prince de Hohenzollern.

Lord Granville me demande de vous rappeler que, tout au commencement de l'affaire, la France a demandé au Gouvernement anglais d'user de son influence, ce qu'il fit sans retard pour atteindre le but réel : savoir le retrait de la candidature du prince de Hohenzollern. Le Gouvernement a donné son appui de la façon la plus prompte et la plus énérgique, le ministre français y a fait lui-même publiquement allusion. Lord Granville considère, en conséquence, que le Gouvernement est justifié, même tenu de presser le Gouvernement français, d'une façon amicale mais en même temps très-urgente, d'accepter pour une solution satisfaisante la renonciation du prince. J'ai etc.

· Signé : Lyons.

N° 115.

CORD LYONS AU COMTE DE GRANVILLE.

Paris, le 13 juillet 1870.

Mylord, Votre Seigneurie a appris par mon télégramme de trois heures de cette après-midi, que le duc de Gramont vient d'annoncer au Corps législatif qu'il était officiellement informé par l'ambassadeur d'Espagne de la renonciation du prince Léopold de Hohenzollern å sa candidature au trône d'Espagne. Votre Seigneurie a de plus appris par le même télégramme, que M. de Gramont a ajouté que les négo

ciations avec la Prusse n'étant pas terminées, il lui était impossible de soumettre à la Chambre un exposé général de l'affaire.

On demanda à M. de Gramont d'être plus explicite, mais il refusa absolument de s'avancer plus loin.

Le baron Jérôme David, membre de l'extrême droite, demanda à M. de Gramont si la renonciation émanait du prince Léopold luimême ou de son père. Sur le refus de M. de Gramont de donner une réponse, le baron Jérôme David ajouta qu'il avait d'autant plus le droit d'adresser cette question, que M. Emile Ollivier avait la veille montré le télégramme du prince Antoine de Hohenzollern, reçu par l'ambassadeur d'Espagne, à plusieurs députés et à d'autres personnes dans les couloirs de la Chambre.

M. de Gramont répondit qu'il n'avait pas à s'occuper des bruits qui circulaient dans les couloirs.

M. Clément Duvernois, également membre de l'extrême droite qui avait déposé une interpeilation, a demandé au Gouvernement de fixer le jour de la discussion.

Le baron Jérôme David a déposé une demande d'interpellation précédée d'une déclaration que les lenteurs et la faiblesse du Gouvernement sont en opposition flagrante avec la déclaration patriotique fạite par le Ministre des Affaires étrangères le 6 courant.

M. de Gramont tout en protestant contre les paroles de $1. Jérôme David, proposa à la chambre de fixer à après-demain, vendredi 15, la dişcussion des deux interpellations. La Chambre accepta celte proposition par une grande majorité après une certaine agitation.

Il n'y a pas eu de manifestation très-violente d'opinion à la Chambre, mais il est évident que le parti de la guerre a le dessus. J'ai, etc.

Signe : Lyons.

N° 116.

LORD LYONS AU COMTE DE GRANVILLE.

Paris, le 13 juillet 1870.

Mylord, depuis mes dernières dépêches de ce jour, j'ai eu une entrevue avec le duc de Gramont.

Je lui ai exprimé la surprise et le regret que j'avais éprouvé que dans sa déclaration à la Chambre, il ne se soit pas borné à annoncer simplement que tout le litige avec la Prusse, aussi bien qu'avec l'Espagne, était terminé.

M: de Gramont me dit qu'il allait m'expliquer en quelques mois la position prise par le Gouvernement de l'Empereur,

L'ambassadeur d'Espagne lui avait formellement annoncé que la candidature du prince Léopold avait été retirée. Ceci mettait fin au litige avec l'Espagne. L'Espagne n'est plus en cause. Mais de la Prusse, la France n'a rien obtenu, littéralement rien.

Ici, M. de Gramont me donna lecture d'un télégramme du général Fleury, annonçant que l'Empereur Alexandre avait écrit au roi de Prusse pour le prier d'ordonner au prince de Hohenzollern de retirer son acceptation de la couronne, tout en s'exprimant d'une façon trèsamicale pour la France et en manifestant le plus vif désir d'éviter une guerre.

Le roi de Prusse, ajouta M. de Gramont, s'est refusé d'accéder à la demande de son neveu impérial. Le Roi n'avait pas donné un mot d'explication à la France.

Sa Majesté, répéta-t-il, n'a rien fait, absolument rien. La France ne s'en offense pas, elle ne demande pas que le Roi s'humilie. Le Roi a autorisé le prince de Hohenzollern à accepter la couronne d’Espagne. Tout ce que la France demande, c'est que le roi de Prusse défende au Prince de revenir plus tard sur sa décision. Sûrement il n'était que raisonnable que la France prît des précautions contre le renouvellement de ce qui était arrivé lors du départ du frère du prince Léopold pour Bucharest. Il n'était pas à supposer que la France voudrait courir le risque que le prince Léopold apparût soudainement en Espagne et fit appel à l'esprit chevaleresque du peuple espagnol. Néanmoins, la France ne demanda pas à la Prusse d’empêcher le prince de se rendre en Espagne, tout ce qu'elle désirait, c'est que le Roi défendit au dit Prince de revenir sur sa résolution. Si Sa Majesté faisait cela, tout serait complétement terminé.

Je demandai à M. de Gramont s'il m'autorisait catégoriquement à annoncer au Gouvernement de Sa Majesté, au nom de celui de l'Empereur, que dans ce cas tout serait terminé.

Il me répondit : Sans aucun doute, et, prenant une feuille de papier, il écrivit la note suivante qu'il me remit:

« Nous demandons au Roi de Prusse de défendre au prince de Ho« henzollern de revenir sur sa résolution. S'il le fait, tout l'incident « est terminé. »

Je fis observer à M. de Gramont que j'avais peine à concevoir comment le Gouvernement français pouvait sérieusement appréhender, qu'après tout ce qui s'était passé, le prince Léopold se représentat comme candidat au trône, ou, s'il le faisait, pût être accepté par le Gouvernement espagnol.

M. de Gramont me dit, qu'il était tenu de prendre des précautions contre cette éventualité, et que si le Roi se réfusait à formuler cette défense qu'on lui proposait, la France ne pouvait que lui supposer des desseins hostiles et prendrait ses mesures en conséquence.

M. de Gramont me demanda en terminant, si la France pouvait compter sur les bons offices de l'Angleterre en vue d'obtenir du roi de Prusse l'interdiction qu'on attendait de lui.

Je répondis que rien ne pouvait égaler le désir du Gouvernement de Sa Majesté d'amener une réconciliation entre la France et la Prusse, mais que, dans la circonstance, je ne pouvais prendre sur moi de répondre ex abrupto sur une question de ce genre, sans en référer au Gouvernement de la Reine.

Je promis de faire part de cette conversation à Votre Seigneurie.

La chose presse d'autant plus, que M. de Gramont s'est engagé à donner après-demain des explications à la Chambre. Je suis, etc,

Signé : LYONS.

N° 117.

LORD LYONS AU COMTE DE GRANVILLE.

Paris, le 13 juillet 1870.

Mylord, le duc de Gramont m'a dit avoir reçu un télégramme fort extraordinaire de Stuttgart. Il hésitait, ajouta-t-il, à y croire, mais néanmoins il ne pouvait nier que ce télégramme lui avait causé de l'inquiétude. Ony disait que le Gouvernement du Wurtemberg avait été informé que Votre Seigneurie avait déclaré que la France serait dans l'intention d'attaquer la Prusse par terre et par mer, sans déclaration de guerre préalable, si une réponse négative était faite à ses demandes. Ce renseignement, si je crois bien me rappeler, aurait été transmis au Gouvernement wurtembergeois par le Gouvernement prussien, ou en tout cas venait de Berlin.

J'ai répondu à M. de Gramont que j'étais en mesure de contredire cette affirmation quand ce ne serait qu'à cause de son impossibilité. En outre, lui ai-je dit, Votre Seigneurie a eu la bonté de me communiquer heure par heure tous les télégrammes qu'Elle a reçus et envoyés concernant cette malheuse question Hohenzollern, et que cer

tainement il ne s'y trouvait rien qui ressemblåt en quoi que ce soit à une pareille assertion. Néanmoins, comme M. de Gramont désirait que j'appelasse votre attention sur ce sujet, je lui ai dit que je le ferais sans retard.

M. de Gramont me donna alors la copie suivante du contenu du télégramme :

« Le cabinet de Stuttgart serait informé que lord Granville aurait « dit que la France attaquerait la Prusse par terre et par mer sans « déclaration de guerre préalable, aussitôt qu'elle aura une réponse « négative. » J'ai, etc.

Signé : LYONS.

N° 118.

LORD A. LOFTUS AU COMTE DE GRANVILLE.

(Extrait.)

Berlin, le 13 juillet 1870.

J'ai eu aujourd'hui une entrevue avec le comte de Bismarck, et je l'ai félicité de l'apparente solution de la crise imminente, par la renonciation spontanée du prince de Hohenzollern.

Son Excellence a paru douter quelque peu que cette solution mit fin au différend avec la France. Elle m'a dit que l'extrême moderation montrée par le roi de Prusse devant le ton menaçant du Gouvernement français, et la réception courtoise de M. Benedetti, à Ems, par Sa Majesté, après le langage sévère tenu à la Prusse, tant officiel lement que dans la presse française, provoquaient, d'un bout à l'autre de la Prusse, une indignation générale.

Il avait, a-t-il dit, reçu ce matin des télégrammes de Brême, de Kænigsberg et d'autres endroits exprimant une vive désapprobation de l'attitude conciliante du roi de Prusse, à Ems, et demandant qu'on ne sacrifiât pas l'honneur du pays.

Le comte Bismarck exprima ensuite le désir que le Gouvernement de Sa Majesté la Reine saisit quelque occasion, comme par exemple une déclaration au Parlement, de manifester sa satisfaction de la solution de la difficulté espagnole, par l'acte spontané du prince Léopold, et de rendre publiquement témoignage au calme et à la sage modération du roi de Prusse, de son gouvernement et de la presse.

Son Excellence parla de la déclaration faite par le duc de Gramont au Corps législatif, « que les Puissances européennes avaient reconnu

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