Sivut kuvina
PDF
ePub

1

[ocr errors]

Bernis. Et vient offrir à la plus belle

Les pommes d'or des, orangers.
Accourez, Nayades timides,
Le fruit sur la terre tombé
Brille, s'éléve en pyramides,
Et remplit le trésor d'Hébé.
Nymphes, enlevez vos corbeilles,
Allez offrir au Dieu des eaux
La pourpre qui couvre nos treilles;
L'ambre qui pare nos côteaux.
Un second Printems vient d'éclore;
Le Ciel repand de rayons d'or;
L'amaranthe et le tricolor
Rappellent le regne de Flore;
Et la
campagne

brille encor
Des douces couleurs de l'Aurore.
Hefper commence à rayonner;
Jo mugit dans les villages;
Et les Pasteurs vont ramener
Leurs troupeaux loin des pâturages.
Le soleil tombe et l'affoiblit;
Montons sur ces rochers sauvages;
Allons revoir ces paysages
Que l'ombre du soir embellit!
Jci des champs ou la culture
Etale les heureux travaux;
Une source brillante et pure,
Qui par la fraîcheur de ses eaux
Rajeunit la sombre verdure
Des près, des bois et des côteaux:
Là, des jardins, et des berceaux
Où régnent l'art et l'impofture;
Des tours des Aéches, des creneaux,
Des donjons d'antique structure;
Sur le chemin de ces hameaux,
De longues chaînes de troupeaux,
Un pont détruit, une masure;
Plus loin, des villes, des châteaux
Couverts d'une vapeur obfcure;
Le jour qui fuit, l'air qui s'épure,

[ocr errors][merged small][merged small][ocr errors][merged small]

Bernis.

Le Ciel allumant ses flambeaux,
Tout l'horizon que l'oeil mesure,
Offrent aux yeux de la peinture
Des contrastes toujours nouveaux,
Et font aimer dans leurs tableaux
Le coloris et la nature.

[ocr errors]
[ocr errors]

Mais la nuit, au trône des Cieux,
Dislipant au loin les nuages,
Vient encor attacher nos

yeux
Sur de plus frappantes images :
La soeur aimable du Soleil
Se lete sur l'onde appaisée,
Et répand de son char vermeil
Le jour tendre de l'Elisée;
Elle embellit les régions
Qu'abandonne l'astre du monde;
Elle éclaire les Alcyons
Qui planent sur la mer profonde;
La vague tremblante de l'onde
Brile et dislipe les rayons
De fa lumiere vagabonde;
Favorable à la volupté,
Elle donne au plaisir des armes.
L'éclat de son globe argenté
Semble voiler la nudité
Lorsqu'il en montre tous les charmes,
Son
regne

est celui de l'amour.
Sur les mers d'écume blanchies
Neptune marche avec la cour,
E de nos flottes enrichies
Eole presse le retour.
Conduits par les mains des Syrenes,
On voit de loin nos pavillons
Tracer d'innombrables sillons
Sur le sein des humides plaines;
Tandis

que

l'Océan charmé
Contemple fon vaste rivage,
Le Nord tout à-coup enflammé
Devient le spectacle du Sage,

[merged small][ocr errors]

Bernis.

Et l'effroi du peuple alarmé.
Une lumiere étincellante
Embrase le voile des airs.
Avant-couriere des Hivers,
Quelle autre Aurore plus brillante
S'élève au milieu des éclairs?
Les Dieux ont-ils, dans leurs balances,
Pelé le fort des Nations ?
Emu par nos divisions
Le Ciel fait.il briller ses lances ?
Ses feux et ses rayons épars ,
Ses colonnes, ses pyramides
N'offrent à des regards timides
Que les jeux fanglans du dieu Mars:
Voilà les nombreuses armées,
Voilà les combats éclatans,
Qui de nos guerres rallumées
Furent les prélages constans.
La frayeur naissoit du prestige;
Mais nos yeux bientôt fatisfaits
Verront renaître le prodige
Sans en redouter les effets.
Brillez, Aurore boréale;
De la nuit éclairez la cour;
En vous voyant, le beau Céphale
Croit voir l'objet de son amour;
S'étonne d'annoncer le jour.
Palès rapelle dans la plaine
Et les Bergers et les troupeaux;
Vulcain rallume ses fourneaux
Ęt la troupe du vieux Silène
S'éveille aux pieds de nos côteaux;
Au bruit des meutes de Diane
Les Bacchantes ouvrent les yeux;
Tronipé par la clarté des Cieux,
Bacchus fort des bras d'Ariane.
Ce Dieu, de pampres couronné,
Ouvre la scène des vendanges;
Il brille, il marche environné
D'Amours qui chantent les louanges.

[ocr errors][ocr errors]

Bernis.

On voit danser devant son char
Les Satyres et les Dryades;
Un Faune enyyré de nectar,
Remplit la coupe des Ménades;
Les jeux qui le suivent toujours,
Répandent des fleurs sur les traces;
Ses tigres, conduits par les Graces,
Sont caressés par les Amours.
Momus, Terpsichore, Silvains
Viennent ánoncer aux Humains
L'heureux retour de la folie.
Le soleil voit, en se levant,
La marche du vainqueur du Gange,
Et porté sur l'aîle du vent,
L'Amour annonce la vendange.
Pan, dans le creux de ce rocher,
Foule les présens de l'Automne;
A ses yeux, la jeune Erigone
Folâtre et n'ofe l'approcher.
Le nectar tombé par calcade;
L'onde et le vin font confondus,
Et l'urne de chaque Nayade
Devient la tonne de Bacchus.
Les flots de la liqueur sacrée
Couvrent la campagne altérée;
Tout boit, tout l'enyvre, tout rit,
Et de la joie immodérée
Jamais la source ne tarit.
Le myrte, aux amours favorable,
A dérobé moins de plaisirs,
Que cet arbuste vénérable
N'a vu couronner de desirs.
Sous les pampres de cette vigne
Un Amant n'est jamais trahi;
Plus il jouit, plus il est digne,
Du bonheur dont il a joui.
Bacchus rajeunit tous les âges,
Ses charmes ramenent toujours
La folie au temple des Sages,
La raison au sein des amours.

Beisp. Samml. 3. B.

Acis,

Bernis.

Acis, aussi jeune que Flore,
Touchoit à cet âge charmant
Où l'ame éprouve le tourment
De desirer ce qu'elle ignore:
Plus belle et moins jeune que lui,
Théinire, semblable à Pomone,
Commençoit à craindre l'ennui.
Des derniers jours de son automne:
L'Amour seul a droit de charmer
L'ame qu'il a deja charmée,
Acis avoit besoin d'aimer,
Thémire d'être encore aimée.
La beauté voit périr ses traits;,
Les roses du teint se flétriffent;
Mais le, coeur ne vieillit jamais,
Et les defirs lè rajeunissent.
Thémire brûla pour Acis:
Aimer de nouveau, c'est renaître:
Ce fut fous ce berceau champêtre,
Que son coeur long-tems indécis
Choifit enfin ce jeune maître.
Etouffez les rayons du jour,
Pampres, dont le feuillage sombre
S'éleve et retombe alentour!
La raison demande votre ombre
Pour l'abandonner à l'amour.
Lierre amoureux, toi qui conspires
A rendre ce berceau charmant,
Viens cacher l'Amante aux Satyres,
Aux Nymphes dérobe l’Amant.

Malheureuse d'être inhumaine,
Honteule de ne l'être pas,
Thémire repousse avec peine
Acis qu'elle appelle en fes bras.
La Beauté la plus intrépide
Craint de séduire la candeur;
L'embarras d'un Amant timide
Arme la plus foible padeur.
Thémire enyvrée, éperdue,

Tour:

« EdellinenJatka »