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idée quelconque de tomber sur la France, et que le prince Gortschakoff avait le mérite d'avoir sauvé la France de ce danger : ce fut là le premier sujet d'éloignement qui se produisit entre nous et m'amena à une vive explication avec mon ancien ami, plus tard mon collègue.

Depuis lors, et en même temps, nous avions toujours encore poursuivi notre mission de maintenir la paix entre les trois Empereurs, de continuer les relations qui avaient été inaugurées par la visite des Empereurs de Russie et d'Autriche en 1872 ici, à Berlin, et par les contre-visites qui l'ont suivie. En effet, nous y avions réussi. Ce n'est qu'en 1876, avant la guerre de Turquie, que nous nous sommes trouvés en face de certaines nécessités d'une option entre la Russie et l'Autriche, mais que nous déclinions. Je ne crois pas utile d'entrer là dessus dans des détails, qui d'ailleurs seront connus avec le temps. Notre refus eut pour conséquence que la Russie s'adressa directement à Vienne, et que je crois que ce fut en janvier 1877 – il fut conclu entre l'Autriche et la Russie un arrangement concernant l'éventualité d'une crise orientale, et qui assurait à l'Autriche, dans cette éventualité, l'occupation de la Bosnie, etc. La guerre éclata ensuite et nous sûmes bien contents lorsque l'orage s'éloigna plus au sud qu'il n'en avait eu l'air d'abord. La fin de la guerre fut définitivement amenée ici, à Berlin, après avoir été préparés par la paix de San Stefano.

La paix de San Stefano, suivant ma conviction, n'était pas plus fàcheuse pour les puissances anti-russes et pas beaucoup plus profitable pour la Russie que plus tard le traité du Congrès. La paix de San Stefano, on pourrait le dire, a réapparu plus tard d'elle-même, puisque la petite Roumėlio orientale, qui compte, je crois, 800,000 ames, a accompli, de sa propre volonté, le rétablissement, ou à peu près, de l'ancienne frontière de San Stefano et s'est annexée à la Bulgarie. Donc le dommage que le Congrès a caasó aux arrangements de San Stefano ne fut pas si grave. Je laisse de coté la question de savoir si ces arrangements de San Stefano furent précisément un chef-d'oeuvre de diplomatie.

Nous étions à cette époque très peu disposés, aussi peu qu'aujourd'hui, à nous mêler des affaires d'Orient. J'étais gravement malade à Friedrichsruhe, lorsque me fut communiquée, de la part de la Russie, la demande officielle de convoquer un congrès des grandes puissances à Berlin en vue de la terminaison définitive de la guerre. J'y fus peu favorable, d'abord par empèchement physique, puis aussi parce que je n'étais pas disposé à nous impliquer autant dans l'affaire que le comporte nécessairemenl le rôle de la présidence d'un congrès. Si, malgré cela, j'ai cédé en dernier lieu, ce fut, d'un côté, par sentiment du devoir comme Allemand dans l'intérêt de la paix, mais surtout par un souvenir de gratitude, que j'ai toujours gardé en moi, pour la bienveillance de l'Empereur Alexandre II, et qui m'a engagé à déférer à ce désir. Je m'y déclarai pret, si nous réussissions à obtenir le consentement de l'Angleterre et de l'Autriche. La Russie se chargea d'obtenir le consentement de l'Angleterre, et moi je m'en chargeai à Vienne; on y réussit, et le Congrès eut lieu.

Pendant le Congrès, je puis bien le dire, j'ai compris mon rôle, autant que je l'ai pu, sans léser les intérêts de mon pays et les intérêts d'amis, à peu près comme si j'avais élé le quatrième plénipotentiaire russe au Congrès; même, je puis presque dire le troisième, car je puis à peine considérer le prince Gortschakoff comme le plénipotentiaire de la politique russe d'alors, telle qu'elle était représentée en réalité par le comte Schouvaloff.

Pendant toutes les délibérations du Congrès, il n'est venu à ma connaissance aucun désir russe que je n'eusse recommandé, et même que je n'eusse fait accomplir. Grâce à la confiance que le regretté feu lord Beaconsfield m'accordait, je me suis rendu, dans les moments les plus difficiles et les plus critiques du Congrès, au milieu de la nuit, à son lit de malade : et à son lit, dans les moments où le Congrès était prêt d'une rupture, j'ai obtenu son assentiment; bref, je me suis conduit au Congrès de telle façon qu'après sa clôture, je me disais : « Eh ! bien, je possède depuis longtemps l'ordre russe le plus élevé en brillants ; autrement je devrais le recevoir maintenant ». Bref, j'ai eu le sentiment de m'ètre acquis un mérite pour une puissance étrangère, comme il en a été rarement donné à un ministre étranger.

Quelles durent ètre ma surprise et ma déception, lorsque peu à peu on commença à Saint-Pétersbourg une campagne de presse dans laquelle la politique allemande fut attaquée et mes intentions personnelles furent mises en suspicion, Ces attaques augmentèrent pendant l'année suivante jusqu'en 1879, jusqu'à des demandes formelles d'une pression que nous devions exercer sur l'Autriche, dans des questions où nous ne pouvions pas tout bonnement attaquer le droit de l'Autriche. Je n'y pus préter la main; car en nous aliénant l'Autriche, nous nous mettions nécessairement, si nous ne voulions pas être complètement isolés en Europe, dans la dépendance de la Russie. Une pareille dépendance aurait-elle été supportable ? Autrefois je l'avais cru, en me disant : « Nous n'avons pas des intérêts opposés, et il n'y a pas de raison pour que la Russie nous dénonce jamais son amitié ». Du moins je n'avais pas absolument contredit mes collègues russes qui me parlaient en ce sens.

Ce qui se passa après le Congrès me déçut; je me disais que même un asservissement complet de notre politique (pour un certain temps) à la politique russe, ne nous protégeait pas contre l'éventualité d'être en conflit avec la Russie contre notre gré et contre nos efforts. Ce conflit au sujet d'instructions que nous avions données ou pas données à nos plénipotentiaires pour les négociations dans le Sud, s'aggrava jusqu'à des menaces, jusqu'à des menaces complètes de guerre du côté le plus compétent.

Telle est l'origine de notre traité avec l'Autriche. C'est par ces menaces que nous fûmes obligés de procéder à l'option, que j'avais évitée depuis une dizaine d'années, entre nos deux amis. J'ai alors négocié à Gastein et à Vienne le traité qui a été publié avant-hier et qui est encore en vigueur entre nous.

Cette publication a été en partie faussement interprétée dans les journaux ainsi que je l'ai lu hier et avant-hier : on a voulu y trouver un ultimatum, un avertissement, une menace. Il n'en pouvait être ainsi d'autant moins que le texte du traité était connu du cabinet russe depuis longtemps, et pon depuis novembre dernier seulement. Nous avons trouvé conforme à la justice de ne laisser antérieurement déjà à un monarque loyal comme l'Empereur de Russie, aucun doute sur l'état de choses. Je ne crois pas possible de pe pas avoir conclu ce traité ; si nous ne l'avions pas conclu, nous serions obligés de le conclure aujourd'hui, c'est qu'il a la qualité principale d'un traitè international; c'est qu'il est l'expression d'intérêts bilatéraux permanents du côté autrichien aussi bien que du nôtre. Aucune grande puissance ne saurait rester accrochée à la longue, contrairement aux intérêts de son propre peuple, à la lettre d'un traité quelconque; elle est obligée, en fin de compte, de déclarer tout franchement : « les temps sont changés, je ne puis plus faire cela » et de justifier cela autant que possible devant son peuple et devant l'autre partie contractante. Mener son propre peuple à sa perte, en s'attachant à la lettre d'un traité signé en d'autres circonstances, voilà ce que n'approuvera aucune grande puissance. Mais tel n'est pas le cas de ces traités. Ils sont précisément - non seulement le traité que nous avons conclu avec l'Autriche, mais des traités analogues qui subsistent entre nous et d'autres gouvernements, notamment l'arrangement que nous avons avec l'Italie - ils ne sont que l'expression de la communauté dans les efforts et dans les dangers que les puissances auraient à courir.

L'Italie, aussi bien que nous, a été dans la situation de conquérir par les armes vis-à-vis de l'Autriche le droit de se consolider comme nation. Nos deux pays vivent actuellement en paix avec l'Autriche et partagent avec elle l'effort de parer à des dangers qui les menacent en commun, de protéger en commun la paix, qui est aussi chère à l'un qu'à l'autre, de voir protégé contre une agression le développement intérieur auquel ils veulent se consacrer. Ces efforts et de plus la confiance mutuelle que les traités seront observés et que par ces traités l’un ne devienne pas plus dépendant de lautre que ses propres intérêts ne l'exigent, tout cela rend ces traités solides et durables,

Combien notre traité avec l'Autriche est l'expression de l'intérêt de nous deux : c'est là ce qui s'est montré déjà à Nikolsbourg et en 1870.

Déjà, lors des négociations de Nikolsbourg, nous étions sous l'impression que nous ne pouvions pas nous passer à la longue en Europe de l'Autriche, c'est-à-dire d'une Autriche forte et solide; en 1870, lorsque la guerre éclata entre nous et la France, la tentation, pour bien des sentiments lésés en Autriche, était bien proche de profiter de cette occasion pour prendre la revanche sur l'ennemi de 1866 ; mais la politique réfléchie et prévoyante du cabinet autrichien devait se demander : « Quelle en sera donc la suite ? dans quelle position allons-nous nous trouver, si nous aidons maintenant les Francais à vaincre la Prusse et l'Allemagne ? » Quelles auraient été les conséquences, si la France, avec l'aide de l'Autriche, nous avait vaincus ? L'Autriche, avec une pareille politique, n'aurait pu avoir d'autre but que de reprendre son ancienne position en Allemagne ; car c'était la seule chose qu'elle avait abandonnée en 1866 ; il n'y avait pas eu d'autres conditions ; les conditions pécuniaires avaient été tout à fait insignifiantes. Eh! bien, quelle aurait été la situation de l'Autriche comme présidente dans la confédération germanique, si elle devait se dire que, comme alliée de la France, elle avait enlevé à l'Allemagne la rive gauche du Rhin, qu'elle avait de nouveau placé les Etats de l'Allemagne du Sud dans une dépendance de la France comme l'avait été autrefois la Confédération du Rhin, et qu'elle avait condamné la Prusse sans retour à s'appuyer sur la Russie et faire dépendre dorénavant sa politique de la Russie. Une pareille situation était inacceptable pour les hommes politiques autrichiens qui n'étaient pas complètement aveuglés par la colère et la vengeance.

C'est là le cas aussi pour nous en Allemagne. Figurez-vous l'Autriche disparue sur le tableau de l'Europe, et nous sommes isolés avec l'Italie sur le continent entre la Russie et la France, entre les deux puissances militaires les plus fortes à côté de l'Allemagne, et nous serons toujours, quant à nous, un contre deux vraisemblablement, ou bien dépendant alternativement de l'une ou de l'autre. Mais cela ne sera pas. On ne peut pas se figurer l'Autriche comme disparue, un Etat comme l'Autriche ne disparait pas, mais un Etat comme l'Autriche, quand nous l'abandonnons, ainsi qu'on l'a cru lors des arrangements de Villafranca, se retirera de nous et sera disposé à tendre la main à celui qui aura été, de son côté, l'adversaire d'un ami peu sûr.

Bref, si nous voulons éviter l'isolement, qui est si particulièrement dangereux pour l'Allemagne, dans notre position exposée, il nous faut avoir un ami súr. En raison de l'identité des intérêts, grâce à ce traité qui vous est communiqué, nous avons deux amis sûrs sûrs, non pas par amour les uns pour les autres ; car les peuples se font bien la guerre par haine, mais on n'a jamais vu que par amour l'un se sacrifie pour l'autre. D'ailleurs, même par haine, ils ne se font pas toujours la guerre ; car, s'il en était ainsi, la France devrait être continuellement en guerre, non seulement avec nous, mais aussi avec l'Angleterre et l'Italie, car elle hait tous ses voisins. Je crois d'ailleurs que la haine artificiellement amassée contre nous en Russie ne sera pas de longue durée. Nous sommes unis avec nos alliés dans l'amour de la paix, non seulement par des sentiments et des amitiés, mais aussi par les intérêts les plus absolus de l'équilibre européen et de notre propre avenir. Et voilà pourquoi je crois que vous approuverez la politique de Sa Majesté l'Empereur qui à conclu l'alliance qui vient d'être publiée, bien que l'éventualité d'une guerre en ait augmenté.

Il est indubitable que, par le vote de cette nouvelle loi (la loi militaire), l'alliance dans laquelle nous nous trouvons gagne beaucoup en force, parce

que cette loi fortifio extraordinairement l'empire allemand, qui est un membre de cette alliance.

Ce projet nous apporte un surcroit d'excellentes troupes. Si nous n'on avons pas besoin, on les laissera dans leurs foyers. Mais si nous les avons, alors il faut leur donner des armes. Je me rappelle les carabines que l'Angleterro nous a fournies en 1813: ce n'étaient pas des armes de guerre. Ces armes, on ne saurait les improviser. Mais une fois ces armes fournies, nous avons une nouvelle garantie de la paix ; la ligue de la paix se trouve renforcée comme si une quatrième puissance, disposant de 700,000 hommes c'était jadis le maximum - était venue se joindre à elle.

Ce puissant accroissement de nos forces produira, je crois, un effet rassurant sur nos compatriotes et va modérer un peu la nervosité de notre opinion publique, de notre Bourse et de notre presse. J'espère qu'elles sentiront un soulagement quand elles verront que, à partir du moment de la promulgation de cette loi, les hommes seront présents; on pourrait les armer dès maintenant tant bien que mal. Quand, pour former une armée, nous prenons le me:lleur matériel que nous ayons dans notre peuple, les pères de famille ayant dépassé låge de 30 ans, alors il faut leur donner les meilleures armes qui existent. On ne saurait les envoyer au combat avec des fusils que nous ne croyons pas assez bons pour les jeunes gens de la ligne ; l'homme solide, le père de famille, le géant que nous avons vu sur le pont de Versailles doit avoir le meilleur fusil, l'armature complète et tous les vêtements nécessaires pour le protéger contre les intempéries. Ici, il n'est pas permis de lésiner. Mais nos concitoyens seront rassurés même en pensant à cette évontualité que nous soyons attaqués de deux côtés - je n'y crois pas, mais j'ai développé plus haut la possibilité de toute coalition - car nous avons sur chacune de nos frontières un million de bons soldats et en outre des réserves dont l'effectif se monte à 500,000 et même à un million d'hommes, qu'on pourra pousser en avant selon les besoins.

On a dit que les autres iront plus loin encore. Mais ils ne peuvent guère le faire. Il y a longtemps qu'ils ont atteint notre chiffre. Mais il y a autre chose. En 1867, nous avions diminué le nombre, car nous pensions que, ayant la Confédération de l'Allemagne du Nord, nous pouvions soulager notre poids et relâcher les hommes ayant plus de 32 ans. Nos voisins ont adopté le service prolongé, parfois jusqu'à 20 ans, de sorte qu'ils ont atteint notre chiffre. Mais ils ne sauraient atteindre notre qualité. La bravoure est la même chez tous les peuples civilisés. Le Français et le Russe se battent aussi bien que l'Allemand, mais nos 700,000 hommes sont des gens rompus au métier, des soldats ayant fait une campagne qui n'ont encore rien oublié. Et puis — et c'est ce que nul autre peuple du monde ne saurait faire - nous avons des officiers et des sous-officiers pour commander cette formidable armée.

Pour imiter cela, il faudrait cette singulière diffusion de l'instruction qui est le propre de l'Allemagne et qui ne se retrouve nulle part dans une mesure pareille. Le degré d'instruction nécessaire pour commander le soldat et pour etre son vrai supérieur, se trouve chez nous, dans des proportions beaucoup plus vastes que partout ailleurs. Nous avons plus de matériel pour les emplois de sous-officiers que tout autre pays et notre corps d'officiers n'a pas d'égal au monde.

Voilà ce qui constitue notre supériorité. Nos officiers ont tous l'instruction voulue pour faire honneur aux sacrifices de l'état, pour endurer les privations et pour entretenir cet esprit de corps nécessaire à l'officier. Nous avons au plus haut degré cette camaraderie touchante entre les officiers et les soldats sans détriment pour l'autorité des premiers. Il y a quelques exceptions — exceptio firmat regulam - mais on peut dire que nul Otlicier allemand n'abandonne son soldat en danger; il Ten sauve au risque de sa vie ; et jamais le soldat allemand n'abandonne son officier.

Si les autres armées cherchent les officiers et les sous-officiers pour les effectifs que nous nous proposons de former, elles seront forcées de nommer des officiers qui ne parviendront pas à faire sortir une compagnie par une porte étroite et qui seront d'autant moins capables de remplir leurs obligations de façon à inspirer à leurs subordonnés l'amour et le respect. Pour y arriver, il ne suffit pas de faire des lois. Tous les règlements du monde n'y feront rien. Notre supériorité à cet égard ne m'inspire aucun souci.

L'adoption de cetto loi présente encore un avantage, c'est que la force à laquelle nous tendons, nous rendra forcément pacifiques. Cela semble un paradoxe et c'est pourtant vrai.

Avec la formidable machine que nous allons créer, on n'entreprend pas une attaque.

Si je venais aujourd'hui vous dire ceci : Messieurs, nous sommes menacés par la France et la Russie ; il est à prévoir qu'on nous attaquera; en ma qualité de diplomate, je dirais aux militaires qu'il serait plus utile pour nous de nous défendre par l'offensive et de cogñer ; la guerre d'agression serait pour nous plus avantageuse ; je vous demande donc un crédit de 500 millions ou d'un milliard pour déclarer dès maintenant la guerre à nos voisins - eh bien, je ne sais si vous auriez en moi assez de confiance pour voter ce crédit. J'espère que non.

Mais quand même vous le feriez, cela ne me suffirait guère. Si nous voulons faire une guerre en déployant toutes les forces nationales, cela doit être une guerre faite avec l'assentiment de tous ceux qui font des sacrifices : une guerre populaire faite avec le même enthousiasme que celle de 1870, au début de laquelle j'ai été acclamé avec joie, dans toutes les gares, depuis Berlin jusqu'à Cologne. L'enthousiasme populaire nous porta dans cette guerre. Et il faut qu'il en soit ainsi pour que notre force populaire se fasse valoir avec toute sa puissance. Si nous étions les agresseurs, le poids des éléments impondérables, beaucoup plus lourd que celui de la force matérielle, serait du côté de l'adversaire que nous attaquons. La « sainte Russie » serait révoltée par une attaque. La France se soulèverait tout entière jusqu'aux Pyrénées. Une guerre qui ne se fait pas par la volonté du peuple, qui serait jugée utile et simplement décrétée par les autorités pourrait être menée avec vigueur et même aboutir à la vicloire une fois que l'on aurait goûté du sang; mais il manquerait l'élan qui éclaterait, si nous étions les attaqués. Par contre, dans ce dernier cas, on verrait l'Allemagne entière, depuis Memel jusqu'au lac de Constance, éclater comme une poudrièro et regorger de fusils ; nul n'oserait se mesurer avec le furor teutonicus, qui se manifesterait en cas d'une attaque.

Nous ne saurions laisser échapper celle cause de supériorité, bien que nous soyons actuellement supérieurs à nos ennemis futurs, ce qui est reconnu par les militaires étrangers aussi.

Les nôtres y croient tous, comme de raison; car un soldat cesserait d'être un bon soldat s'il ne désirait pas la guerre et s'il ne se croyait pas sûr de la victoire. Si nos adversaires supposent que c'est la peur de l'issue qui nous rend pacifiques, ils se trompent du tout au tout.

Nous croyons à notre victoire, aussi fermement qu'un lieutenant étranger quelconque qui est au troisième verre de Champagne, et nous en sommes peut-être plus sûrs. Donc, ce n'est point la peur qui nous rend pacifiques, mais la conscience que nous serons assez forts quand même on nous attaquerait à un moment moins favorable. Nous nous en remettons à la Providence; peut-être qu'elle écartera pourtant la nécessité d'une guerre.

Si la guerre devait éclater, ce ne sera pas de notre faute. Il faut que quelqu'un metle le feu, mais nous, nous ne le ferons point.

Mais ni ce sentiment de notre force, ainsi que je viens de la dépeindre, ni la confiance dans nos alliances ne nous empêcheront de continuer avec le même zèle nos efforts tentés jusqu'ici en vue du maintien de la paix générale. Ne nous laissons pas influencer par des impressions, ni guider par des

ARCHI, DIPL. 1888. – 2° SÉRIE, T. XXV (87)

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