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sèrent une grande inquiétude: on se flatte toujours dans les dernières extrémités, et j'eus la force de suspendre mes larmes pour quelques momens; mais à la vue du cachet noir de votre lettre, je perdis la parole, et je n'eus pas le courage de l'ouvrir. , : »Enfinil le fallut, et comme les grandes douleurs étourdissent l'esprit, je ne savois ce que je lisois; mais ayant lu votre lettre deux ou trois fois à ma sæur , à ma nièce, à mon cousin, et à tous ceux qui prenoient tant d'intérêt à la santé de madame votre mère , j'ai commencé à pleurer, et je pleure encore en vous écrivant; je ne puis me consoler, et ne prétends pas vous consoler vous-même; l'esprit, comme vous dites , est bien foible auprès des sentimens du cour. Une épingle qui nous pique, nous fait jeter des cris, malgré tous les efforts de la philosophie. Pensez-vous que l'on puisse s'empêcher de se plaindre et de pleurer, quand on perd tout?. <. »Je puis vous assurer, sans la moindre exagération, que je ne serois pas aussi désespéré que je le suis, si j'avois perdu toute ma famille ensemble : je m'imaginerois toujours que ce seroit des pertes que je pourrois réparer par mes rés flexions ; mais, dans le cas présent, toutes les réflexions me sont ôtées, ou toutes mes réflexions 'ne font qu'augmenter le désespoir d'avoir perdu

ce qu'il y avoit de plus aimable dans le monde; j'ai beau me distraire, je la vois toujours assise, ou dans son jardin, avec tant de douceur, de sagesse et de graces , ou lire , étudier dans sa chambre, et decider avec tant de bon sens et de goût, sur toutes les matières qui faisoient son amusement.

»Quel esprit ! quelle solidité de sentimens et de pensées ! mais encore, quelle vérité dans le cœur! Je n'ai d'autre bonheur que de ne l'avoir pas vue souffrir dans sa dernière maladie , de n'avoir pas entendu ses dernières paroles, ni vu ses derniers regards; mais mon imagination me la peint, malgré moi, dans ce triste état; épargnez-moi de pleurer davantage en vous écrivant ; j'avoue que je ne sais ce que je dis, car au lieu de vous consoler, je ne fais qu'exciter vos larmes, malgré moi. .'

»Vous m'offrez un commerce * dont je ne saurois assez vous remercier; je suis fâché de ne vous avoir pas prévenu , au risque même de n'être pas écouté; mais vous êtes trop bon , et la mémoire de madame votre mère vous est trop chère , pour n'avoir pas quelque pilié de ses tristes amis.

«Quoique tant de terres nous séparent, vous ne m'êtes pas inoins présent, et j'ai toujours vécu avec vous par mes lettres, je vous suivois

partout, et je me faisois un vrai plaisir de m'ine former de tous vos amusemens; pouvois-je ne vous pas aimer par votre propre mérite, et par la tendresse sincère qu'avoit pour vous madame votre mère ,' tendresse dont elle vous a donné tạnt de marques dans vos maladies ? Je n'ai pas oublié l'abattement et le désespoir où je l'ai vue pendant un mois, qu'elle craignit de vous perdre. ::»Le mot d'attachement religieux dont vous youş servez pour me marquer jusqu'à quel point vous aimez tout ce qu'elle a aimé, me touche infiniment, et me fait sentir toute la bonté de votre cour; je n'en veux donc qu'à ce même cour, et c'est à lui que je remets les intérêts du mien. Sur ce fondement, je contipuerai à vous écrire, avec la même estime et la même tendresse avec lesquelles j'écrivois à madame votre mère. Que je plains tous ses amis ! Je vous prie de leur dire que je partage leurs larmes ; quoiqu'absent, j'entends leurs cris, et je m'entretiens avec eux d'une perte irréparable, et dont rien ne nous pourra consoler ». ?

.. CONTI

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TABLE Des Lettres et autres Pièces contenues

dans ce Volume.

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INTRODUCTION.
LETTRE PREMIÈRE de M. l'abbé Se-

vin au Comte de Caylus. page LETTRE II du même au même. LETTRE III du méme.

SS10 LETTRE IV du même.

Twi ; 17 RELATION du Voyage de l'abbé Sevin au - Levant. LETTRE V de M. de Lironcourt. 39 LETTRE VI de M. Legrand. LETTRE VII de M. de Castellane au -Comte de Caylus.

M 54 LETTRE VIII de M. Peyssonnel père , au même.

A57 LETTRE IX. Du même. i sh

61 LETTRE X. Réponse du Comte de Caylus

à la Lettre précédente. 5* LETTRE XI de M. Peyssonnel fils , au

méme. LETTRE XII du méme. LETTRE XIII du méme. M LETTRE XIV du méme. LETTRE X V du même. LETTRE XVI de M. Julien Leroy au

Comte de Caylus. LETTRE XVII du méme.

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Mœurs Et Usages des vrais Mainottes. ira Relation historique du Consulat de M. Anquetil de Briancourt à Surate, qui comprend les Affaires politiques , militaires et du commerce de cette ville, et des contrées de l'Inde qui y ont rapport; et le tail des Expéditions des Anglais contre les Marates , depuis le 3 novembre 1774 > jour de l'arrivée de M. Anquetil à Surate , jusqu'au 5 mai 1779, époque de son départ de Bombay } d'où on le transporta t comme prisonnier de guerre , en Angleterre, il arriva le 27 décembre 177g. 136

Voyage dans l'intérieur de l'Afrique. 3z 1 Mémoire de Constant-Joseph Beschi, sur le Calendrier de l'Intérieur de l'Inde. 385 Appendice. 4o3 Observations du Comte de Caylus sur Constantinople. ' . ibid. Lettre de M. Desalleurs , ambassadeur à la Porte ottomane , sur les honneurs du sopha. 416 Portrait de la Comtesse de Caylus ,fait par M. Rémond. 419 Le TTREde l'abbé Conti, au sujet de la mort de la Comtesse de Cay lus. . : 423

./ .

Fin De La Table.

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