Sivut kuvina
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von Bar.

A nos yeux devorans, c'est un prodigue insigne;
Les grands de leur faveur le supposent indigne.
C'est un fait fi connu, qu'on a vu plus d'un Fat
Ladre par politique, et par prudence ingrat.
Sans doute, pour pouvoir obtenir quelque office,
Il faudra faire enfin des preuves d'avarice,
Comme, en certains Climats, le Noble criminel
Fait des preuves d'orgueil pour vivre de l'Autel.
La fortune autrefois favorisoit l'Audace;
Elle est folle aujoud'hui de l’Animal tenace.
A-t-elle des tresors ? elle court les cacher
Chez le dragon qui veille, et qui n'ose y toucher.
Nous trouvons dans l'Avare un mérite funeste,
Merite qu'on cajole autant qu'on le déteste.
Vous voit-on fort dans l'art d'inventer des impôts,
Qui rongent sourdement le peuple jusqu'aux os?
Ce grand talent suffit; votre fortune est faite.
Comme on croit qu'un coeur dur marque une bon-

ne tête,
L'Orgucil l'abaissera jusqu'à vous rechercher;
Vous parviendrez un jour à l'honneur d'écorcher,
En quelque auguste nom, cette utile Canaille,
Qui vit pour travailler et pour payer la Taille:
Honneur, sublime honneur, dont tant d'illustres

Foux,
Au gré de Belzebub, font lachement jaloux!
L'avare, sur la foi de la seule avarice,
Voit les tresors d'autrui rouler pour son service.
C'est au Ladre connu qu'on ne refuse pas
L'opulente Héritière aux solides appas.
L'avare, homme de poids dans l'esprit du Vulgaire,
Fait valoir ses conseils, et se rend nécessaire;
C'est l'oracle des Sots, et, quoique fans amis,
C'est encore un Tyran, auquel tout est permis.
Tel, dans la triste nuit de fes Caves secrettes,
Enterre chaque jour de pesantes Cassettes,
Qui, l'il ne vole pas l'avoine à ses Chevaux,
Ne nourrit ses enfans qu'en comptant les mor-

ccaux.

La

La terre porte encore un escroc en fx lettres, *) von Bar.
Qui vendit sans rougir le Dieu de ses Ancétres.
Qui ne pouvant, sans dot, établir aisément
Sa fille, fille unique et propre au Sacrement,
La déclara soudain Batarde adultérine,
Et d'une bouche ainsi délivra la cuisine.
Pendant le quart du siècle, il fut le digne Epoux
D'une Thaïs Chrétienne, et n'en fut point jaloux.
Mais l’Or ne pleuvant plus au giron de la Dame
Le Traitre s'en défit par une voye infame;
Quatre murs mal blancbis renferment pour toujours
La galante Moitié du plus affreux des ours.
Sans femme, sans enfans, chargé de biens immen.

ses,
Il ne craint plus le Ciel, mais il craint les depenses.
Il passe dans le coin d'un antique Salon,
Sans huitres les Hivers, les étés fans melon;
Et, content d'épargner, ce Pindare moderne **)
Fait tirer son Nectar du fond d'une Cîterne.
C'est l'Homme, le Docteur, que j'ose proposer
A quiconque, ne vit que pour thésauriser;
Mais je l'offre de même à quiconque veut peindre
L'Animal le moins plaint quoique le plus à plaindre.
Quand nous ignorons l'art de payer fans chagrin
Boucher et Boulanger, Tailleur, Marchand de vin,
Nous devons envier, quelles que soient nos Rentes,
Le fort des Animaux, des Arbres et des Plantes,
Ou le fort de ce Roi, qui scut pendant sept ans,
Couvert d'un poil hideux, brouter l'herbe des

Champs.
En nos temps somptueux, où, même à pure perte,
Il faut, le long du jour, tenir la bourse ouverte,

L'Avare,

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*) L'Original de ce portrait f’est noyé, et sa Veuve, for

tie du Couvent, s'est remarièe.
**) 'Afesor yèn lewe, il n'y a rien meilleur que l'eau, dit

Pindare ; et Harpagon conseilla à son fils, qu'il suppo-
foit malade, de boire un grand verre d'eau fraiche à la
cuisine,

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von Bar. L'Avare doit souffrir cent fois plus de douleúrs, C

Qu'une femme en travail dans les grandes chaleurs.
Vous êtes-vous acquis le renom d'être chiche ?
Chacun à vos dépens voudroit devenir riche.
Femme, enfans et voisins, servantes et valets,
Pour vous ronger le coeur, vous tendent des filets.
A coup sûr, l'ils oloient, ils bruleroient vos gran-

ges;
Qui tourmente un Vilain croit divertir les Anges.
Tu dois me confeffer, que le plaisir exquis
De passer en revûe un nombre de Louïs,
Ne peut te foulager dans les transes mortelles,
Où te jette l'achat des moindres bagatelles.
Si j'avois à prouver contre nos Médecins,
Que l'Homme ne meurt point du poison des chagrins,
Je produirois d'abord un Ladre octogénaire,
Qui, mangeant à ses fraix, fent toute sa mifère;
Le pain d'autrui l'affame au point que tout Vivant
Semble à ses yeux jaloux un Rival triomphant.
Nous donnons, sur la foi d'un principe bizarre,
Des Tuteurs au Prodigue, et jamais à l'Avare:
Je voudrois qu'en r'ouvrant le Coffre du premier,
Le Magistrat bornât l'épargne du dernier.
Dira-t-on, qu'un Grigou, puni par l'Avarice,
Expireroit bientôt dans ce double supplice?
Que perdroit le public à la mort de ce Fou,
Qui, pour le bien commun, ne perdroit pas un fon?
L'Argent doit circuler; qui l'arrête en fa course,
Devroit dans l'Océan circuler tête en bourse;
C'est du Bonheur public l'Ennemi déclaré,
Et c'est toujours trop tard qu'on s'en voit délivré.
Le plus vil Scélérat (çait mériter l'estime
Au moins de ses pareils, coupables de son crime;
Cartouche dans Shephard admiroit le Voleur; *)
L'Avare de l'avare abhorre la noirceur,
L'Avare en ses pareils doit détester son vice,
Et prouver, contre lui, qu'il faut qu'on le haïlle.

Lors.

*) Cartouche, fameur Chef de Voleurs à Paris, comme

Shephard à Londres.

von Bar.

Lorsque dans l'Orient un Tyran furanné,
Squelette fensuel, au Jeune condamné,
Arrache à ses Sujets sans choix toutes les Belles,
Et, pour les contempler, f'emprisonne avec elles,
Ce Monstre, à ton avis, n'est il pas furieux?
Que n'inmole-t-il point au plaisir de ses yeux?
Pourtant c'est ton portrait, Mortel insatiable !
Ton Coffre est le Sérail, ou ta griffe éxécrable
Renferme ces Beautés, ces Pistoles de poids,
Qui ferořent le bonheur du Peuple et des Bourgeois.
Regarde l'Artisan desoeuvré, sans pratique,
Il porte ton Arrêt dans son oeil famélique,
Et de ses cris perçans, qui te touchent li peu,
Hélas! tu dois répondre un jour devant lon Dieu.
S'il se peut, Harpagon, que ton ésprit revêche
Doute de vérités que mon amour lui prêche,
Fais répandre'en tous lieux le bruit de ton trépas,
Chacun dira tout haut ce qu'on se dit tout bas.
Le Peuple extravagant, à son délire en proye,
Dans tous les Carrefours signalera fa joye;
Le nom du nouveau Mort d'épithetes chargé,
Sera de lon histoire un caustique Abregé.
Dès lors, Pere aux Ecus, tes propres Domestiques
Fourniront au Public cent Farces satiriques ;
Ce sont des Perroquets, on a beau les nourrir,
S'ils n'osent pas nous mordre, ils osent nous falir.
Bientôt ton propre fils, le Chef de la Famille,
Plus fou qu'un jeune Anglois fortant de la Bastille,
Plus fringant qu'un Sauteur du Manége échappé,
T'apprendra qu'il fçait vivre en fils émancipé:
Et quand dejà ton lang bouilliroit en fes veincs,
Toutes ses passions feront autant de Reines,
Qui toutes à la fois, attaquant le Magot,
Feront ce cher Dauphin et repic et capot.
Dans cet instant affreux, à ce moment horrible,
Vien, fauve ton tresor de la perte infallible,
Et fonge à te munir d'un fegme fuffisant,
Pour digérer encor l'affront le plus cuisant.
Si, sur le bruit flatteur de ta mort desirée,
Tout un peuple a fait voir sa joye immodérée,

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von Bar.

Tu verras la douleur du Peuple au désespoir
De ne point éviter l'horreur de te revoir.

Mais quoi? du Monde entier l'estime univer.

selle,
Au prix d'un Ecu blanc, à tes yeux n'est plus belle!
Chercher des sentimens dans les coeurs des Mam.

mons,
Hélas! dans un brochet c'est chercher des poumons.
L'infamie et l'Enfer, felon toi, font dans doute
Deux vains Epouvantails, qu'un foible Esprit re-

doute;
Le Diable, que tu crains, Poltron, c'est le Voleur,
C'est lui qui te condamne aux tourmens de la peur.
Confesse encore ici que par une injustice,
Qui chez tous les humains éscorte l'avarice,
Nul ne peut t'approcher, que ton coeur foupçon-

neux

N'y pense découvrir un Larron dangereux.
Toujours tu te crois dupe, en croyant l'honnête

homme
Un Héros de Théatre, un spécieux Fantôme;
Tu n'as jamais conçu, comment un Esprit sain
Peut être fcrupuleux sur la façon du gain.
Ce maudit préjugé te rend intolérable,
Te rend hargneux, brutal, cruel, inexorable,
Toujours craintif et craint. ... il n'est point de Gou-

jar,
Qui devroit avec toi vouloir changer d'état.
Sois du moins convaincu, que fi la Providence
Ne conservoit tes jours par la Toute-puissance
Quelque Assassin, vengeur du public maltraité,
Nous conyaincroit bientôt de ta mortalité.
Et qui sçait, Harpagon, li quelque Milérable
Déja contre ton sein n'aiguise un fer coupable ?
Peut être que le Ciel, las de te protéger,
Aujourd'hui t'abandonne à qui veut se venger;
Songe qu'un coup fatal, f'il t'arrache la vie,
T'arrache encor les fruits d'une longue industrie.

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