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loi sur les associations de fonctionnaires, projet de loi qui n'a pas encore été discuté.

D. Le mouvement syndical, les congrès socialistes (Nancy et Stuttgart) et le Congrès anarchiste (Amsterdam). — Nous avons dit l'an dernier que le Congrès corporatif d'Amiens avait consacré cette opinion, fort répandue dans les syndicats, que « le syndicalisme se suffit à lui-même », c'est-à-dire qu'il n'a besoin de l'aide d'aucun parti politique (de celle du Parti socialiste notamment) pour faire la révolution sociale; et nous avons ajouté que le Congrès socialiste unifié, tenu à Limoges peu après le congrès d'Amiens, s'était divisé en deux fractions presque égales sur l'attitude à prendre désormais à l'égard de la Confédération générale du travail et avait voté, à une faible majorité, une motion d'attente et de confiance dans l'avenir pour l’établissement de relations entre l'organisation économique et l'organisation politique du prolétariat français.

Mais celle question des rapports du Parti et des syndicats était inscrite à l'ordre du jour du Congrès socialiste international qui devait se tenir à Stuttgart au mois d'août 1907; pour essayer de la résoudre au point de vue français, elle fut portée de nouveau à l'ordre du jour du congrès que le Parti socialiste unifié allait tenir à Nancy quelques jours avant l'ouverture du Congrès de Stuttgart. Cette tentative, qui souleva de vives méfiances dans le camp syndicaliste et donna naissance à des polémiques ardentes, n'aboutit qu'à une réédition complète de ce qui s'était passé au Congrès de Limoges.

Les socialistes français se présentèrent donc au Congrès de Stuttgart divisés en deux fractions : celle qui avait triomphé aux Congrès de Limoges et de Nancy, et celle qui voulait faire admettre le principe d'une entente, variable suivant les circonstances, entre l'organisation syndicale et l'organisation socialiste.

C'est celle dernière fraction, c'est-à-dire la minorité française, qui l'a emporté au Congrès de Stuttgart, et à une écrasante majorité : 222 voix 1/2, contre 18 voix 1/2 seulement, ont en effet décidé que des rapports intimes et constants doivent exister, dans tous les pays, entre le Parti socialiste et les syndicats. Tout ce que la majorité française a pu faire a été de lire une déclaration portant que cet état de choses n'est actuellement pas possible en France.

Depuis le Congrès de Stuttgart, des flots d'encre ont coulé, dans la presse socialiste, sans qu'un accord ait pu encore se faire sur la façon dont peut être faite en France l'application de la résolution votée par le Congrès socialiste international.

Le Congrès anarchiste qui s'est tenu à Amsterdam à la fin d'août, c'est-à-dire quelques jours après le Congrès socialiste international de Sluttgart, en a présenté en quelque sorte la contrepartie : « Les syndicals, avait déclaré ce dernier, ne feront leur devoir dans la lulle émancipatrice que s'ils sont inspiré de l'esprit socialiste ». A propos de la grève générale révolutionnaire, les anarchistes ont décidé à Amsterdam qu'« il est nécessaire, pour arriver à une telle grève générale, que les organisations syndicalistes soient imprégnées des idées de l'anarchisme ». Les anarchistes, comme les socialistes, estiment que le syndicalisme ne se suffit pas à lui-même, bien qu'ils se proposent de compléter autrement son action.

Il ne faut pas essayer de résumer les nombreuses résolutions, relatives aux syndicats, qui furent adoptées à Amsterdam; certaines furent contradictoires, ce qui importait peu, puisque le Congrès n'entendait pas trancher les questions à l'ordre du jour en dégageant des majorités. Mais ce qu'il convient de noter surlout, c'est que le Congrès a mis en lumière, et même en opposition, deux courants dans l'anarchisme : dans les comptes rendus on a pu opposer à l'anarchisme traditionnel « l'anarchisme ouvrier », qui se pique de déserter la spéculation pour l'action, et dont certains tenants vont jusqu'à accepter de subordonner le mouvement, anarchiste au mouvement ouvrier, tout comme l'extrême gauche du Parti socialiste, qui mettrait volontiers le Parti au service de la Confédération générale du travail.

On pourrait pousser plus loin ce parallèle des tendances qui existent, à l'égard du mouvement syndical, dans une fraction du Parti socialiste et chez certains anarchistes. Il suffira de noter en terminant qu'actuellement on cherche, de l'un et l'autre côté, à influencer le mouvement syndical, soil en s'imposant à lui, soit en s'offrant à le servir.

E. Relations syndicales internationales. – Nous avons exposé 1 pourquoi la Confédération générale du travail s'était abstenue de se faire représenter à la Conférence tenue en juin 1905 à Amsterdam par les organisations centrales nationales affiliées au Secrétariat syndical international : elle avait vainement essayé de faire inscrire à l'ordre du jour la discussion de la grève générale et de l'antimilitarisme. En 1906 le comité confédéral a fait approuver par le Congrès corporatif d'Amiens la conduite qu'il avait tenue en cette affaire.

1. Chronique des questions ouvrières (1905), Annales, 15 mars 1906.

Une nouvelle Conférence fut annoncée; elle devait se tenir le 15 septembre 1907 à Christiania. Le 28 août, le comité confédéral envoya à tous les centres syndicaux adhérents une circulaire pour leur indiquer les raisons qui l'empêchaient d'envoyer un délégué à Christiania, et pour leur demander d'obtenir que la conférence invite le secrétariat international (établi à Berlin) à inscrire à l'ordre du jour de la prochaine Conférence les questions de l'antimilitarisme et de la grève générale.

La Conférence, composée des délégués de neuf pays, après avoir discuté l'abstention de la France, a voté une résolution, déjà adoplée à Amsterdam, d'après laquelle « sont exclues des débals toules les questions théoriques et toutes celles qui concernent les lendances et les tactiques du mouvement syndical dans les différents pays ». De plus, a-t-elle ajouté, l'antimilitarisme et la grève générale rentrent dans le domaine des congrès socialistes internationaux, et elles ont même été tranchées par ceux d'Amsterdam et de Stuttgart. Enfin, la Conférence a invité la classe ouvrière française à étudier ces questions d'accord avec le Parti socialiste de France, à participer aux congrès socialistes internationaux et à adhérer à l'Union syndicale internationale.

La Conférence s'est ensuite occupée du passage des membres d'une organisation d'un pays dans l'organisation similaire d'un autre pays, de la réglementation de l'émigration par le placement syndical, des moyens d'empêcher l'emploi des « jaunes » d'un pays dans les conflits survenant à l'étranger, etc.

La prochaine Conférence aura lieu à Vienne en 1910.

Le comple rendu des débats de la Conférence de Christiania a été mal reçu par les syndicalistes français; et la Voix du Peuple, organe de la Confédération, a fait, dans plusieurs arlicles, une vive critique des résolutions adoptées.

IV. – ASSOCIATIONS OUVRIÈRES DE PRODUCTION.

Renseignements statistiques. – Dans son numéro du mois d'avril 1907, le Bulletin de l'Office du travail a publié, sur les associations ouvrières de production existant au 1er janvier précédent, un ensemble de renseignemenls qui dépasse de beaucoup par son importance les statistiques publiées au cours des années précé

dentes; une circulaire ministérielle du 29 décembre 1906 avail, en effet, précisé la nature de cette sorte d'associations et les points sur lesquels les préfets devaient éclairer la Direction du travaila.

Au 1er janvier 1907, le nombre des associations ouvrières de production (non comprises les diverses sociétés de production agricole : laiteries, beurreries, etc.) était de 362. Dans le courant de l'année 1906, il y a eu 58 fondations de sociétés et 32 dissolutions. Sur ces 362 associations, 112 appartenaient à l'industrie des travaux publics et du bâtiment, 55 à l'industrie du livre et du papier, etc. D'autre part, 138 fonctionnaient dans le département de la Seine.

331 associations ont fait connaitre le nombre de leurs sociétaires, qui s'élevait à 15,838. Près d'un tiers d'entre elles possèdent exactement le nombre de sept membres nécessaire à la formation d'une société anonyme ou en possèdent un nombre inférieur; il n'y a que 63 sociétés, soit un peu moins d'un cinquième, qui aient plus de 50 membres.

Parmi les associations qui comptent le plus de sociétaires citons : le Familistère de Guise, avec 1.921 sociétaires; une société d'imprimerie avec 800 sociétaires (dont 50 seulement occupés au siège social), etc. « On ne saurait toutefois juger de l'importance d'une association ouvrière de production par le nombre de sociétaires; en effet, par exemple, 3 sociétés, qui comptent respectivement 819, 737 et 396 membres, sont signalées comme faisant respectivement un chiffre d'affaires de 36,700 francs, 37,000 francs et 27,000 francs. »

Le document publié par le Bulletin de l'Office du travail fournit encore des renseignements sur un sujet qui est, au point de vue coopératif, assez délicat : l'emploi des ouvriers auxiliaires. C'est, en effet, un argument fréquemment employé contre les associations ouvrières de production que trop souvent elles se transforment en une sorte de patronat collectif qui, sous le nom d'ouvriers auxiliaires, perpétue le salariat en ce qui concerne l'établissement social. Sur ce point ce ne sont plus les 362 associations existantes, ni même les 331 associations ayant indiqué le nombre de leurs sociétaires, qui ont répondu, mais 200 associations seulement : ces 200 associations, qui comptent 9,726 sociétaires, travaillant ou non pour la société, occupent en temps ordinaire 5,424 ouvriers. Sur ce nombre de sociélés, 142 (71 p. 0/0) emploient un nombre d'auxiliaires inférieur ou égal au nombre de socrétaires (travaillant ou ne travaillant pas pour l'entreprise), et 58, par conséquent (29 p.0/0), emploient un nombre d'auxiliaires supérieur : telles la Société stéphanoise de la Mine aux mineurs qui, pour 63 sociétaires, occupe 280 auxiliaires; une société de boutonniers avec 40 ouvriers contre 7 sociétaires; une société de facteurs de pianos, 40 ouvriers contre 7 sociétaires; deux sociélés de charpentiers, dont l'une, également avec 10 ouvriers contre 7 sociétaires, et l'autre avec 100 à 200 ouvriers contre 28 sociétaires; une société de lunetiers avec 1,200 ouvriers contre 225 sociétaires, etc.

1. Cette circulaire visait aussi bien la statistique des sociétés coopératives de consommation et des sociétés coopératives de crédit que celle des associations ouvrières de production. Sur ces deux premières catégories de sociétés les renseignements publiés par le Bulletin de l'Office du travail sont d'une importance exceptionnelle; seul le manque de place nous empêche d'en donner un résumé. Voy. le Bullelin, septembre 1907, p. 930 et suiv. pour les sociétés de consommation, et novembre 1907, p. 1160 et suiv., pour les sociétés de crédit.

Sur le chiffre d'affaires des associations de production les réponses ont été nombreuses (297 pour 362 associations). Plus de 50 p.0/0 de ces sociétés font moins de 50,000 francs d'affaires par an; à l'autre extrémité de l'échelle, on trouve 10 associations qui font un chiffre d'affaires de 500,000 francs à 1,000,000 de francs; enfin ö associations qui dépassent un million : ce sont le Familistère de Guise (7,200,000 fr. d'affaires par an), une société de charpentiers (2,000,000 de fr.), une société de peintres (1,500,000 fr.), la Société des ouvriers diamantaires de Saint-Claude (1,750,000 fr.) et la Société des lunetiers de Paris (5,000,000 de fr.).

Au 1er janvier 1907, la Chambre consultative, la plus importante des fédérations d'associations de production, comprenait 198 sociétés.

Encouragements sur le budget de l'État. – On sait qu'un crédit de 300,000 francs permet au ministère du travail d'accorder des « encouragements aux sociétés ouvrières de production et de crédit et aux institutions de crédit mutuel », et que ces encouragements peuvent prendre la forme, soit de subventions, soit (depuis un arrêté du 15 novembre 1902) de prêts.

Le Bulletin de l'Office du travail du mois d'août a donné le détail des subventions et prêts accordés en 1906. Les subventions ont atteint le chiffre de 119,000 francs, et les avances remboursables celui de 91,000 francs. Le Bulletin a en outre publié l'état, au 31 décembre 1906, des recouvrements opérés sur les avances consenties aux associations : depuis la fin de 1902, 66 sociétés ont reçu 353,500 francs d'avances, dont 20,000 francs n'avaient pas encore été délivrés au 31 décembre 1906. A cette dernière date les termes

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