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de la race. OEuvre physique et æuvre morale aussi, car, dans le dualisme de sa formation, l'être est un, et c'est le même sang dont la richesse régularise les battements de son cœur et vivifie les lobes de son cerveau. OEuvre sociale enfin, car les sociétés se sont constituées pour mieux encadrer les existences séparées, et les mieux défendre contre les périls qui les guettent, au premier rang desquels, il faut mettre, avec tous ses effets de douleur et de misère, la maladie. Quiconque ne saurait pas voir, au delà des détails et des complications de l'hygiène réglementée et pratiquée, ces lointaines conséquences et ces hautes conceptions, ne comprendrait qu'à demi le sens et la portée de l'effort moderne qu'elle représente. Quiconque y verrait plus, et demanderait à ce chemin comme à d'autres, de conduire l'humanité vers la plénitude immortelle de la paix, préparerait aux générations futures de cruelles déceptions. Le bienfait de l'hygiène publique est immense, s'il consiste simplement à protéger la santé contre des maux qu'on ne peut détruire, et à diminuer la précocité, trop fréquente, hélas ! d'une fin à laquelle personne ne peut échapper. Une ou deux années ajoutées à la moyenne de la vie ne justifient-elles pas, à elles seules, la plus persévérante dépense d'énergie, et la plus légitime satisfaction de victoire? Et ceux qui participent à cette tâche ont droit à une humble part du superbe hommage que l'Académie rendit un jour à Pasteur, « d'avoir, en se penchant sur d'infiniment petits, accompli l'æuvre infiniment grande de faire reculer la mort ».

JEAN IMBART DE LA TOUR,

LA PRÉSIDENCE DES ASSEMBLÉES POLITIQUES?

Au milieu des luttes qui agitent les assemblées politiques modernes, les présidents de ces assemblées sont appelés à jouer un rôle de plus en plus considérable. Leur tâche devient tous les jours plus ardue à raison même du caractère âpre et passionné des discussions, mais en même temps leur personnalité est appelée à exercer une influence tous les jours plus étendue sur la marche des débats. Représentants en outre, vis-à-vis du public et du pouvoir exécutif, des assemblées politiques, leur prestige s'est accru en même temps que le prestige des assemblées qu'ils président et l'influence dont ils ont pu disposer en a fait dans certains pays des rivaux même du chef du pouvoir exécutif, quelquefois plus puissants que lui. Il n'est donc pas sans intérêl de préciser le rôle des différents présidents d'assemblées et de marquer la place qu'ils occupent dans l'ensemble des institutions politiques du pays. Mais il faut auparavant se rendre compte de l'action que peuvent conférer les fonctions présidentielles aux hommes qui en sont investis.

Ces fonctions ont pris de bonne heure une véritable permanence. Leur durée est aujourd'hui variable suivant les pays, mais elle permet toujours aux présidents d'apporter une continuité de vues dans l'exécution de leur mission et, en dépassant même le cadre de l'assemblée législative, d'exercer une influence sur la marche des affaires publiques. Sans doute cette influence dépend de l'organisation politique de chaque pays, du caractère de la fonction présidentielle et même du tempérament national. Elle est presque nulle en Angleterre où par tradition le speaker de la Chambre des Communes doit se renfermer dans l'exercice de ses attributions présidentielles et y apporter l'esprit d'un juge non celui d'un homme politique. Elle a atteint au contraire son apogée aux États-Unis d'Amérique où le speaker de la Chambre des Représentants, par son action sur les comités du Congrès, est devenu le chef de ce gouvernement par le Congrès que l'on a appelé gouvernement congressionnel. Entre ces deux extrêmes, les présidents des assemblées européennes ont'à jouer un rôle politique qui sans être prépondérant reste néanmoins important. Ce sont en réalité des chefs de partis qui, grâce à l'influence dont ils disposent dans leur parti, continuent à inspirer au moins officieusement ses résolutions et qui sont tout indiqués pour occuper, le cas échéant, la fonction plus active de chef du gouvernement.

1. Nous renvoyons, pour le détail, à l'ouvrage de M. H. Ripert qui paraitra prochainement sous le même titre.

Les présidents d'assemblées sont appelés à jouer d'autre part un rôle de plus en plus important dans le fonctionnement des assemblées législatives et la tenue de leurs séances. A mesure que ces séances se passionnent à raison même de leur répercussion sur la vie politique du pays, l'action du président qui, aux jours de {umulte, réprime les désordres et fait cesser les troubles, devient plus étendue. De la confiance qu'une assemblée possède en son président et des pouvoirs qu'elle ne craint pas de lui conférer peut seul résulter le maintien de l'ordre en son sein. Le temps est passé, où, dans une assemblée calme et paisible que les grandes passions n'agitaient pas, la majorité pouvait se réserver à elle-même d'exercer le pouvoir disciplinaire, laissant seulement à son président le souci matériel de la direction des débats. Le temps est passə aussi des règlements bénévoles et des peines anodines en présence des luttes ardentes soulevées dans certaines assemblées par les conflits de nationalités et dans d'autres par l'avènement de couches démocratiques plus impatientes dans leurs désirs et plus vives dans leurs manifestations. Pour faire face à l'obstruction qui s'est manifestée dans diverses assemblées, pour réprimer les grandes manifestations qui risquent de fausser le mécanisme de la vie parlementaire, un pouvoir disciplinaire étendu et sa concentration entre les mains du président de l'assemblée s'imposent comme une nécessité même de la vie parlementaire moderne. Cette nécessité a été sentie

dans la plupart des pays qui possèdent des assemblées représentatives et lorsque l'inefficacité du règlement de ces assemblées a été démontrée par des troubles que les présidents ont été impuissants à prévenir, on s'est décidé à renforcer leur autorité et à leur confier des armes nouvelles. Le même phénomène s'est produit à peu près à la même époque dans différents pays du continent européen, en France, en Belgique, en Allemagne, en Italie. La traditionnelle Angleterre elle-même, qui était fière de voir sa Chambre des Communes dominée et conduite par la seule autorité morale de son speaker, s'est résignée dans ces derniers temps, en présence des actes de rébellion que l'obstruction irlandaise a provoqués, à conférer au speaker des pouvoirs étendus qui ne le cèdent en rien à ceux des présidents des assemblées européennes. Ainsi donc les désordres qui sont venus discrédiler parfois les assemblées politiques modernes ont contribué à élablir au contraire le crédit de leurs présidents en faisant renforcer leurs pouvoirs.

Si le développement de la vie politique a amené à peu près partout un développement corrélatif du rôle des présidents d'assemblées, l'importance de ce rôle est apparue en même temps que les assemblées législatives elles-mêmes. L'influence que peut avoir sur leurs délibérations l'homme qui est chargé de présider leurs séances est trop évidente pour qu'il soit nécessaire d'y insister longuement. Le président, chargé de maintenir l'ordre dans les débals, est seul juge du point de savoir si cel ordre est troublé par les membres du parlement et s'il doit prononcer contre eux le rappel à l'ordre; il peut gêner un orateur antipathique en usant de son droit avec sévérité ou au contraire encourager un orateur sympathique en négligeant de s'en servir. Ainsi en est-il, à plus forte raison, pour l'exercice du pouvoir disciplinaire que le président peut posséder, d'après le règlement de l'assemblée, et l'application des pénalités prévues par ce règlement. Cette application suppose toujours une part d'arbitraire et d'appréciation personnelle et, par la façon dont il la pratique, le président exerce sur les débats la plus certaine des influences. C'est souvent de la manière dont il préside que dépend le sort de la séance et lorsque de ce sort dépend celui d'un cabinet responsable devant les chambres, il n'est pas exagéré de dire que les ministres euxmêmes sont subordonnés au président de l'assemblée.

Mais en outre, les présidents d'assemblées exercent dans la plupart des pays une influence plus ou moins étendue sur la tenue des séances et la marche des travaux législatifs. Chargés d'ouvrir et de lever les séances, de les suspendre en cas de tumulte, associés par le règlement au mécanisme de la question préalable et de la clôture, tenus de faire rentrer les orateurs dans l'objet de la discussion', ils peuvent, par la façon dont ils s'acquittent de leur mission, imprimer une impulsion au parlement et peser sur ses décisions. Ensin, dans les pays où le président règle à peu près souverainement l'ordre du jour de l'assemblée ?, c'est de lui que dépend en grande partie le mouvement législatif et l'activité d'une législature. Dans les pays qui, comme la France, font régler l'ordre du jour par l'assemblée elle-même en ne donnant au président qu'un droit de proposition, son action sur la marche des travaux législatifs est moins considérable. Mais il conserve le droit de déterminer, lors de la mise aux voix des différents amendements, l'ordre à adopter entre eux et par là il exerce sur leur adoplion une influence incontestable.

Si telle est l'importance des fonctions des présidents d'assemblées, il n'est pas étonnant de voir une lutte s'engager autour du fauteuil présidentiel et pour sa conquète. Cette lutle, aujourd'hui où, dans presque tous les pays, les assemblées représentatives possèdent le droit de nommer elles-mêmes leur président, n'intéresse plus guère que les parlis politiques. Mais pendant longtemps il n'en a pas été ainsi et la lutte pour la conquête du fauteuil présidentiel a été engagée entre le parlement lui-même et le pouvoir exécutif. L'intérêt du gouvernement à avoir à la présidence du parlement un homme choisi par lui, qui le soutiendra dans les discussions et défendra ses

1. Il suffit d'avoir assislé à une séance de la Chambre française où l'on disenile la fixation de la date d'une interpellation pour se rendre compte de l'influence que le président peut exercer à ce point de vue sur le débat. Il a toujours une certaine peine à faire rentrer l'interpellaleur dans la question en discussion, qui est uniquement celle de la date, et il est incontestable que sa tolérance ou sa faiblesse peut permettre la discussion au fond.

2. Nolamment aux États-Unis où le speaker de la Chambre des Représentants préside le comité des règlements qui fixe officieusement l'ordre du jour de l'assemblée.

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