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fluence exercée par le socialisme de l'Allemagne sur celui des autres pays reste i onsidérable.

Le mouvement ouvrier allemand se partage en deux vastes organisations : le parti socialdemocrate, qui est une organisation à forme et à tendance politiques, et le syndicalisme, qui est une organisation économique.

Examinons brièvement comment s'est constitué le parti socialdémocrate.

La première grande association ouvrière allemande est celle que Lassalle organisa en 1863, l'Association générale des ouvriers allemands. Après la mort de Lassalle, des dissensions se produisirent au sein de l'association : le socialisme de Lassalle était une sorte de socialisme d'état, de socialisme nationaliste : Marx, Engels, Liebknecht, imbus d'un esprit révolutionnaire et internationaliste, se séparèrent de l'association. Tandis que Marx fondait, en 1868, l'Association internationale des Travailleurs, Liebknecht et Auguste Bebel fondaient, en 1869, au congrès d'Eisenach, le Parti ouvrier socialdemocrate, qui se réclamait des doctrines de Marx.

La rivalité entre Lassalliens et Marxistes continua pendant plusieurs années; puis une fusion s'opéra entre les deux parlis, en 1875, au congrès de Gotha : ce fut en réalité une victoire des Marxistes et une sorte d'absorption des Lassalliens par le parti socialdémocrate.

Bismark ayant fait voter en 1878 par le Reichstag la fameuse loi d'exception connue sous le nom de « loi des socialistes », le parti socialdémocrate subit un recul passager; mais la persécution exalta l'esprit de dévouement à la « cause » chez beaucoup d'ouvriers, et en 1890, quand la loi d'exception vint à expiration, le parti prit un essor considérable.

Il s'organisa et détermina son programme aux congrès de Halle (1890) et d'Erfurt (1891). Les décisions du congrès d'Erfurt forment en quelque sorte la grande charte du parli; certaines idées lassalliennes sont définitivement abandonnées au profit des idées marxistes : d'autre part, les camarades à tendance anarchiste, les

« Jeunes », qui avaient voulu lutter contre la direction des Bebel, des Auer, etc., sont obligés de quitter le parti.

Dès 1891, nous voyons apparaître un personnage intéressant, M. de Vollmar; c'est un ancien officier, resté estropié depuis la guerre de 1870, bien éduqué, à tendances catholiques, un « rassasié », disent ses rivaux, très influent à l'heure actuelle en Bavière. Vollmar exposa sa conception d'un socialisme reformiste et non révolutionnaire, attendant tout du temps et de l'évolution sociale progressive: il demandait qu'on poursuivît des réformes partielles, prochainement réalisables, et non point une transformation utopique ou catastrophique de la société. Bebel, à Erfurt, répondit vigoureusement à Vollmar : il soutint que la modération de celui-ci conduirait le parti à la dégénérescence et refroidirait l'enthousiasme nécessaire pour obtenir le succès final.

La tendance réformiste et opportuniste, qui avait trouvé en Vollmar un orateur énergique, trouva un théoricien éclairé dans la personne d'Édouard Bernstein. Celui-ci s'attaqua non seulement à la tactique de Liebknecht et de Bebel, mais aux théories mêmes de Karl Marx. Ce fut surtout en 1899, au congrès de Hanovre, que le parti discuta les théories de Bernstein. On admit partiellement sa critique de la théorie marxiste sur la conception matérialiste de l'histoire, mais, sur les autres points, Bernstein n'eut autour de lui qu'une minorité : la majorité ne manifesta aucune confiance dans le caractère socialiste que Bernstein reconnaissait aux syndicats, aux sociétés coopératives, aux lois de protection, d'assurance ouvrière, et maintint énergiquement le dogme de la conquête des pouvoirs et de l'expropriation.

Le mouvement réformiste dont Bernstein est le chef, n'a pas abouti à un schisme dans le parti. Fait digne d'attention, car il est caractéristique de la forme disciplinée de l'esprit allemand. D'une part, il y a eu blâme des idées de Bernstein, notamment à Lübeck, en 1901, mais il n'a pas été exclu du parti : d'autre part, chez Bernstein, il y a eu protestation contre la motion de Lübeck, mais il n'y a pas eu révolte ouverte.

Ces divergences doctrinales ou pratiques n'ont pas empêché la socialdémocratie de faire des progrès considérables. Le chiffre de s voix obtenues par les candidats du parti au Reichstag est significatit : en 1893, ils obtenaient 1,786,000 voix, en 1898, 2,107,000 voix, en 1903, 3,023,000 voix, en 1907, 3,258,000 voix. Le chiffre des députés socialistes au Reichstag, qui s'est élevé en 1903 à 81, a, il est vrai, reculé, en 1907, à 43. Nous examinerons plus loin les causes de cet échec qui, tout en modérant les progrès du parti, n'est cependant pas, suivant nous, un signe de dégénérescence.

Les grandes lignes de l'organisation actuelle du parti, telle qu'elle a été réglée par les congrès de Halle et d'Erfurt, et légèrement modifiée aux congrès de Mayence (1900) et d'Iéna (1906), sont les suivantes.

A la base de l'organisation nous trouvons des Unions socialdemocrates, formées dans chaque circonscription électorale et composées des adhérents socialistes payant une cotisation. Ces unions choisissent des présidents (dénommés jusqu'en 1906 « personnes de confiance »); ce sont les agents, les représentants de l'Union locale, chargés de la tenir en rapport direct avec le Comité directeur du parti. — Le deuxième organisme est formé par le Comité directeur et une Commission de contrôle. Le Comité directeur, composé de six membres, constitue le pouvoir exécutif du parti : il unifie l'action, il centralise les cotisations (le parti a de 4 à 500,000 cotisants), il dirige le journal officiel du parti, le Vorwärts ?. – Le troisième organisme est le Congrès annuel : c'est l'organe souverain du parti : il est composé de délégués, nommés au nombre de un, deux ou trois par chaque union locale. Les députés socialistes au Reichstag sont responsables de leurs discours et de leurs votes devant le congrès. Le congrès règle, après l'audition de rapports spéciaux, quelle doit être l'attidude du parti dans certaines questions d'un intérêt actuel.

A côté de ces organes officiels du parti, il y en a une quantité d'autres, officieux et accessoires, qui s'occupent avec une activité intense de la propagande. Ce sont d'abord des groupements politiques extrêmement nombreux, principalement des cercles électoraux, des sociétés de toutes sortes, d'instruction, de jeux divers, sociétés chorales et de musique, restaurations, etc. Puis il y a la littérature socialiste; on compte 78 journaux socialistes dont les abonnés sont au nombre de 8 à 900,000 : la plupart de ces journaux donnent, à côté des articles de polémique, des articles d'étude sérieux et documentés; le parti a deux revues, la Neue Zeit qui a pour directeur Kautsky et qui représente des idées avancées, et les Sozialistische Monatshefte, revue qui tend à devenir l'organe des réformistes. Citons encore la Kommunale Praxis, organe du socialisme municipal, et la Gleichheit, journal féministe ouvrier, dirigé par Clara Zetkin ?. Le parli a organisé à Berlin en 1906 une école socialiste de perfectionnement pour la formation des rédacteurs et secrétaires du parti. Mentionnons enfin un des plus importants moyens de propagande de la socialdémocratie, les réunions publiques et les meetings organisés soit avant les élections, soit pour protester contre un projet de loi, contre une mesure prise par le gouverneinent : ces réunions se terminent parfois par des manifestations dans les rues : c'est ainsi que, cette année même, en janvier, lors de la discussion de la loi électorale au Landtag prussien, des bagarres sanglantes ont eu lieu à Berlin.

1. Le Vorværts a plus de 50,000 abonnés.

Telle est l'organisation du parti. Son principal chef est Bebel, qui a environ soixante-sept ans. C'est un orateur clair et énergique, exprimant sa pensée en vigoureuses formules; c'est lui qui a dit, il y a quelques années : « Nous voulons en politique la république, en économie le socialisme, en religion l'athéisme. » Son éloquence est un peu sauvage, parfois ironique. On dit que Bismarck ne pouvait l'entendre parler sans un vif énervement et quittait la salle des séances quand Bebel montait à la tribune. C'est plutôt un tribun qu'un écrivain.

A côté de Bebel nous voyons Singer, qui est le millionnaire du parti, mais qui n'en est pas le plus modéré : c'est le leader de la fraction socialiste au Reichstag. Kautsky est surtout un écrivain, d'idées très avancées. Parmi les modérés citons Vollmar, Bernstein ?, Schippel. Le vieux Liebknecht, le fidèle disciple de Marx, l'infatigable propagandiste, est mort en 1900 : son fils, Karl Liebknecht, n'a pas l'influence qu'avait son père : c'est un violent et un antimilitariste.

1. Un mouvement féministe ouvrier assez important, organisé par des « personnes de confiance » du sexe féminin dans les diverses parties de l'Allemagne, dirigé par Clara Zetkin et Rosa Luxembourg, s'est manifesté en ces dernières années. Ce mouvement est distinct du mouvement féministe bourgeois, les ouvrières se rendant compte que les bourgeoises ne réclament une égalité de droits vis-à-vis des hommes qu'au sein de la classe bourgeoise, et seraient peutétre portées à se retourner contre les prolétariennes, au cas d'un conflit de classes.

2. Bernstein n'a pas été réélu député en 1907.

Tous ces hommes jouissent d'une grande popularité dans les milieux ouvriers : la plupart ont été ou sont députés au Reichstag.

Quelles sont, en dehors de leurs revendications économiques qui se rattachent presques toutes au marxisme et qu'il serait trop long d'énumérer dans ce rapide exposé, les tendances des socialdemocrates par rapport à quelques grandes questions d'un intérêt actuel, telles que l'antimilitarisme, la question religieuse, la question agraire?

Par principe et par tradition, le parti est opposé à toute guerre offensive, partisan de l'arbitrage, du remplacement des armées permanentes par des milices. Dans les discussions sur le budget de la guerre ou sur les accroissements de l'armée et de la flotte, le parti vote régulièrement contre ce budget et ces accroissements : en cette matière son principe bien connu est : « pas un homme, pas un liard ». Mais ce n'est là qu’un principe : et si l'on passait en revue les opinions émises depuis 1890 par les chefs du parti, on verrail que ces opinions sont souvent singulièrement hésitantes et que les socialdémocrates sont assez portés à ne point trop gêner en cette matière l'action du gouvernement.

Prenons par exemple la question d'Alsace-Lorraine. Tout en ayant blåmé la conquête et l'annexion, les socialdémocrales demandent-ils qu'on s'entende pour trancher cette grave question, qui reste une menace redoutable pour la paix européenne ? Eh bien, non! Ils déclarent en général « qu'il n'y a pas de question d'AlsaceLorraine pour les socialistes allemands; pas plus que pour les socialistes français : c'est une question artificielle qui ne peut résulter que de la société corrompue de notre temps ? ». Ils se désintéressent de la question et n'essayent pas de discuter le fait accompli.

Sur la question des armements, en 1897, à Hambourg, Max Schippel s'exprime ainsi : « Nous n'avons pas accordé les soldats, mais enfin ils sont là. Pour les propositions de milices et la suppression des armées permanentes il ny a pas de majorité et il n'y a pas

1. Congrès de Bruxelles, 1891.

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