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de ceux qui voulaient l'Italie toujours plus forle, toujours plus puissante. Poète de Rome antique et de ses gloires, Carducci s'appliqua sans cesse à chercher, dans ce passé lointain, une tradition et des leçons d'avenir. Poète des grandeurs d'autrefois et des espérances futures, Carducci fut le poète d'un cerlain Idéal italien, et, puisqu'après tout on veut le sacrer poète national, disons : de l'Idéal dont aspirent à faire l'Idéal italien, ceux qui se sont donné comme rôle de conduire et de diriger l'Italie.

L'Unité fut faite par une minorité. Tous sur ce point sont d'accord, et ceux qui y ont aidé, et ceux qui en ont profité, et ceux qui en ont pati. Mais combien aurait été réduite cette minorité, réduite au point de ne pouvoir agir, sans la propagande incessante d'une pléiade d'écrivains : philosophes, historiens, pamphlétaires, satiristes, poètes... dont plus tard Carducci, qui devait être « le poète de la guerre nationale », et qu'on nous représentait hier, comme ayant été l'un des plus grand poètes de « l'Italianité », Carducci qui allait glorieusement parfaire l'æuvre inachevée de ces philosophes, historiens, pamphlétaires, satiristes, poètes qui l'avaient précédé.

.... Aigles de grand vol,
Aigles précurseurs qu'il aurait à peine osé imiter
Tant étaient petites ses forces, tant était haut leur vol ?...

Le rôle de ces précurseurs (et il est indispensable que nous en parlions, fût-ce brièvement) avait été justement de faire pénétrer dans les masses l'idée de liberté, l'idée d'indépendance,... puis l'idée d'unité, et de préparer ainsi les voies à l'avenir.

Sans doute, Turin, Milan, Parme, Bologne, Naples, s'étaient révoltées, en 1821, 1824, 1831, 1833, 1838 : révoltes spontanées et sans entente, révoltes vite réprimées et tot oubliées.... Mais alors, même parmi les plus exaltés, combien peu croyaient à l'Unité? — « En 1858, ceux qui parlaient de l'Italie et de Rome, étaient traités de brouillons et de casse-cous ?.. » – Qu'en devait-il être vingt, trente ans auparavant? Bien plus, qui, en Italie, avail jamais sérieusement songé à l'Unité? : au Moyen âge, Rienzi dans ses plans grandioses de tribun populaire... puis Dante, Pétrarque, dans leurs rêves lointains de poètes, plus récemment, Murat, dans ses conceptions égoïstes de politique... Car la première raison de ne pas penser à l'Unité, n'était-elle pas qu'à aucun moment elle n'avait existé, pas même sous la République ou sous l’Empire Romain? — « Créer une Italie, dira plus tard Proudhon, c'est faire quelque chose qui n'a pas été un seul jour. » — Rome avait bien conquis l'Italie, comme la Gaule, comme l'Espagne, comme bien d'autres pays encore; pas une minute de son histoire, elle n'avait été la capitale d'une nation italienne. Aussi bien, toutes ces insurrections n'avait eu qu'un but : réclamer des constitutions, obtenir un peu plus de liberté. — « Ce qui dominait alors, c'était l'idée de liberté, et l'idée de l'indépendance nationale était restée nulle et secondaire. D'où cette conséquence que les mouvements révolutionnaires étaient individuels. Pendant qu'une contrée s'insurgeait au nom de la liberté, l'autre dormait tranquillement à l'ombre du despolisme'. »

1. Juvenilia, XL, sur Parini. 2. Confessioni, p. 54.

Pour substituer, à l'idée de liberté, l'idée d'indépendance, il fallait, ce qui n'impliquait nullement l'unité politique, il fallait créer une unité de sentiments, il fallait faire une âme italienne. Ce fut la lâche des écrivains du Risorgimento, de Foscolo, de Berchet, de Niccolini, de Monti, de Giusti, de Manzoni, de Parini, de Guerrazzi, de Cattaneo,.... presque tous de tendances diverses, mais tous unis par le besoin de l'indépendance et la haine de l'étranger. Et combien d'autres qui sont oubliés aujourd'hui : médiocres journalistes, médiocres pamphlétaires, pauvres chansonniers. Qu'importe à leur mémoire? Car« quel plus grand tribut de gloire pour un écrivain, que d'avoir contribué puissamment à sauver la patrie. Une épée qui, en tuant l'ennemi, se brise dans la blessure, ne vaut pas moins que celle qui repose, objet d'admiration, dans un musée ».

« A celte époque, dit Carducci, toute la littérature italienne était politique, toute étude, lout essai, était comme une préparation à la guerre. La ballade était une allégorie, l'ode une allusion, le roman et le drame un apologue; d'ari on ne s'en occupait guère, mais les philosophes et les critiques excitaient et appelaient à l'insurrection ; les historiens et les érudits étaient conspirateurs; les poètes se sacrifiaient dans les balailles. L'Italie à elle seule se suffisait à faire un grand poème... à l'étonnement de l'Europe qui jusque-là l'avait prise pour une compagnie de chanteurs, pour un peuple de morts'... »

1. Spaventa, Dal 1848 al 1861.

Ces tendances allaient se préciser. – En 1842, paraissait il Primato italiano de Gioberti, qui conseillait une confédération de tous les princes italiens sous la présidence du pape; l'année suivante, les Speranse d'Italia de Balbo, qui voulait rejeter l'Autriche vers l'Orient, et faire du Piémont agrandi le næud d'une alliance entre tous les peuples de la Péninsule. Arrivés en leur temps, ces ouvrages eurent une énorme répercussion, une influence pour l'avenir de l'Italie, peut-être égale à celle qu'avaient eue en France, à d'autres époques, le Contrat social ou le Génie du Christianisme. Mais pas plus pour Gioberti que pour Balbo, il ne s'agissait encore de faire l'unité. -- Le seul qui y pensa alors, c'était Mazzini, par la Révolution, par la République « une et indivisible ? ».

Les idées de Gioberti, de Balbo, de Mazzini devaient se trouver en présence en 1848-1849. — Pie IX acclamé comme un libérateur, la cocarde blanche et jaune du pape épinglée au drapeau tricolore d'Italie, l'armée romaine combattant en Lombardie, au cri, nouvelle croisade, de « Dieu le veut 3 ». — Le Piémont prenant la tête du mouvement... les victoires, Goïto, Pastrengo... la défaite, Novare,... la débâcle, Custozza. – La Révolution un instant maîtresse,... la République proclamée à Florence, à Venise,... à Rome.

Effrayé d'une guerre avec une puissance catholique, inquiet des progrès de la Révolution, Pie IX avait rappelé ses troupes : c'était la fin du rêve de Gioberti. Qu'apporterait l'avenir ? — La Fédération par le Piémont, ou l'Unité par la République ?

1. Carducci, del Rinnovamento litterario in Italia.

2. « Les unitaires étaient bien peu nombreux. C'étaient des bourgeois, des militaires, des littérateurs, qui, par habitude d'esprit, dédaignaient la plebe, cette plebe sans laquelle les révolutions sont impossibles, et qui alors, en Italie, n'avait ni l'idée, ni la volonté, ni le besoin d'une révolution. Qui inocula la fièvre de la Révolution à la plebe d'Italie ? Qui la fit bondir et s'élancer vers l'Unité ?.. Giuseppe Mazzini », — Carducci, Étude sur Alessandro Manzoni.

3. « La première année du pontificat de Pie IX parut donner raison aux théories de Gioberti, et toute la péninsule, d'un bout à l'autre, acclama d'un seul et immense cri l'auteur du Primato, Gioberti, pour le premier philosophe et le plus grand penseur de la nation. » - Carducci, Étude sur Goffredo Mameli,

Dans le milieu où grandissait Carducci on tenait pour Mazzini. On était révolutionnaire et républicain, « parce qu'on était unitaire, parce qu'on voulait faire de la patrie une nation. Et comme les princes ne pouvaient pas, comme le pape ni ne pouvait, ni ne voulait, on se rejetait sur le peuple ? ».

Telles furent, bien entendu, les idées de Caducci, dès qu'il put écrire — « que la plèbe, point d'appui nécessaire, apprenne qu'il y a une patrie?! » — ni gibelin, ni guelfe, comme on disait encore, mais purement italien; pour l'Unité contre la Fédération, c'est-àdire, pour la Révolution et la République contre le Piémont et la Maison de Savoie.

Curieux destin que celui de la Maison de Savoie et combien elle paraissait peu préparée à faire l'unité 3! — « Portière des Alpes », comme on disait d'elle, fixée dans les hautes vallées du Pô, du Rhône, de l'Isère, elle hésita, des siècles, entre ces trois directions, toujours prête à aller de la France à l'Autriche « pour gagner », toujours disposée à troquer quelqu'un de ses territoires, fût-il italien, pour s'enrichir à l'échange. Définitivement barrée du côté du Dauphiné, de la Bresse, du pays de Gex, depuis longtemps déjà, elle avait jeté son dévolu sur le Milanais et la Lombardie. Lynastie alpestre, mi-suisse, mi-savoyarde, italienne si peu, elle ne cherchait que son agrandissement. — « S'il me fat jamais venu à l'espril, que le Piémont n'était pas distinct de la France et de l'Italie, Sa Majesté m'aurait remercié comme un fou“. 1) – La phrase est de 1726 et date de Victor-Amédée II. — « Jusqu'à la fin de 1815, le Piéinont se considérait comme ne faisant pas partie de l'Italie S. » - Cela est plus récent, et combien de lemps encore, cela sera-t-il vrai!

1. Mazzini, République et Royauté (1848). 2. Poesia (1896).

3. « L'idée à Mazzini (et de cette idée Carducci fut un des apôtres les plus violents), la décision à Garibaldi, les avantages à la Maison de Savoie, le bénéfice final à l'Italie. Voilà en quelques mots l'histoire de l'Unité ». Tivaroni, L'Italia degli italiani (Roux. Turin).

4. Fiorentini di Lucca (1726).
5. Emmanuele di Villamarina, Notes autobiographiques.

C'était bien l'avis de Mazzini, des Républicains, des Révolutionnaires, des Unitaires, de ceux qui entouraient Carducci, jeune encore, quand ils virent le Piémont s'imposer en 1848... De quel droit? — « Ce n'était qu'une guerre de conquête, ce n'était que la guerre d'une faction? », — Et de fait, dès le début des hostilités, il y eut deux partis, « l'un, celui de l'aristocratie, qui voulait unir la Lombardie au Piémont, l'autre, celui de la classe moyenne, des négociants, des hommes de lettres, de la jeunesse, qui était partisan de la République ? » – « Le roi possible d'une Italie monarchique n'existait ni au delà, ni en deçà des Alpes. On inarchait à la République 3. »

El si la Maison de Savoie ne marchande pas sa reconnaissance à des hommes comme Mazzini, comme Garibaldi,... comme Carducci, qui ont été si souvent ses adversaires, n'est-ce pas, et elle s'en rend compte, et elle leur en sait gré, qu'ils l'ont poussée et comme forcée, ne fût-ce que par crainte de la République, à faire l'Unité... ce qui alors paraissait, ce qui longtemps encore devait paraitre, une utopie : plus encore, une folie'.

Le soir même de Novare, Charles-Albert abdiquait. Que serait, que ferait son fils Victor-Emmanuel ? — L'Unité ne pouvait se faire que « par un homme ou un principe : ». Serait-il l'homme?

En tous cas, dès 1859, l'Union était faite sur son nom. Sans doute, le parti révolutionnaire, dont élait Carducci, regrettait son appel à Napoléon III. C'était risquer de substituer l'influence de la France à celle de l'Autriche, ou, si l'on voulait être libre, d'avoir à donner des compensations,... la Savoie... Nice peut-être... Mieux aurait valu tenter à nouveau seul le sort, une fois de plus « fare da se ». Aux premiers succès, toute opposition avait cessé. « Italie et VictorEmmanuel » était devenu le cri d'unanime ralliement. Carducci était des premiers à s'y rallier :

1. Proudhon.
2. Robert Campbell à Palmerston (30 mars 1848).
3. Metternich (2 août 1847).

4. « Le comte de Cavour, qui considérait encore l'Unité comme une utopie, aurait vu volontiers la candidalure du prince Murat à Naples. En 1856, il chargeait Villamarina de dire : « Nous sommes pour Murat, si la France le désire... » Tivaroni (loc. cil). Il Muratismo.

5. Mazzini, République et Royauté (1818).

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