Sivut kuvina
PDF
ePub

mais de l'antagonisme qui vient d'éclater entre les leaders nationalistes et le clergé catholique anglais. La fâcheuse loi sur l'éducation est encore la cause de ces difficultés. Elle a excité au plus haut point les passions des diverses églises et les évêques catholiques ont, à plusieurs reprises, prétendu mobiliser, contre les candidats qui la soutenaient, les électeurs irlandais de leur confession. C'était les soustraire à l'autorité de leurs leaders politiques. Ceux-ci protestèrent vigoureusement et proclamèrent les principes de l'unité du parti et de la prééminence du Home Rule dans la convention annuelle de lUnited Irish League qui se réunit à Leeds au mois de juin. Sur une motion de M. D. Boyle tendant à condamner les tentatives de certaines organisations locales pour diviser les votes irlandais, M. J. Redmond prit la parole. Il déclara que la molion présentait une importance capitale. « La question posée est celle du maintien ou de l'extinction du mouvement national (irlandais) en Grande-Bretagne. C'est une question de vie ou de mort... Le mouvement national n'est pas un mouvement catholique... Il unit dans son ensemble des hommes de toutes les convictions et ceux qui voudraient le transformer en un mouvement simplement catholique répudieraient quelques-unes des plus belles pages de l'histoire nationale... Tout ce qui peut diminuer la puissance, le prestige et l'unité du parti irlandais affaiblit la défense des écoles catholiques... Cette défense est surtout, dans le parlement, une affaire de tactique, et des hommes qui ont vécu un quart de siècle dans la Chambre des communes et possèdent l'expérience des débats politiques sont beaucoup plus qualifiés pour l'entreprendre que n'importe quelles personnalités ecclésiastiques ou autres, moins expérimentées. Nous ne supporterons pas, autant que cela dépendra de nous, aucune action, par aucunes personnes, dans nos rangs ou en dehors, qui s'arrogeraient le droit de dicter leur vote aux électeurs irlandais dans toute crise qui puisse éclater. Des leaders politiques engageant les électeurs à voter dans un sens et des conseillers cléricaux insistant dans un autre sens, ce serait pour l'Irlande une situation fatale. » La résolution fut adoptée à l'unanimité.

M. CAUDEL.

Manorhamillon (Leitrim) où M. Dolan, son candidat, n'obtint que 1,157 voix contre 3,103 au candidat nationaliste.

CHRONIQUE DES ÉTATS-UNIS

(1907-1908) LES PARTIS POLITIQUES ET L'ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE

1. La pre session du 60° Congrés. - 11. Le parti républicain. M. Roose

velt et la question du 3e terme. Les aspirants candidats : MM. Joseph J. Cannon; Ch. Waren Fairbanks; Knox; Cortelyou; Hughes; William H. Taft. La convention de Chicago, 16 juin. Les candidats : Taft et Sherman. Le programme du parti. La question de la représentation à la Convention nationale. III. Le parti démocrale. La convention de Denver, 7 juillet. Les candidats : William J. Bryan el John W. Kern. Le programme du parti. IV. Les partis secondaires : le parti populariste; le parti socialiste; le parti socialiste ouvrier; le parti prohibitionniste; le parti .national indépendant et M. William R. Hearst. V. La campagne présidentielle : le mouvement radical; le territoire de la lutte : le centre-ouest; le vote des ouvriers ; le vote des nègres. La publicité des dépenses électorales. L'élection du 3 novembre.

Le souci de l'élection présidentielle a dominé durant tout le cours de cette année la vie politique américaine. Il a eu sa répercussion sur la vie économique, pesant sur le monde des affaires, et contribuant à ralentir la reprise de celles-ci, qui avaient été si profondément troublées par la violente crise financière de l'automne de 1907. Les travaux législatifs ont été, comme d'ordinaire, profondément affectés par la perspective de cette élection. Le 60° Congrès commençait en novembre sa 1re session. C'était sa longue session, qui se prolonge lorsqu'il est nécessaire jusque bien avant dans l'été, mais cette année, elle a été interrompue dès le 30 mai. Les chefs de partis voulaient être libres pour préparer la campagne électo

rale, et les membres de la Chambre des représentants avaient hâte de rentrer dans leurs circonscriptions pour surveiller leurs propres intérêts : les élections à la Chambre basse ont lieu tous les deux ans, et coincident une fois sur deux avec l'élection présidentielle.

Sans tenir compte de ces préoccupations, le président, M. Roosevelt, avait proposé au Congrès, dans son message annuel, du 3 décembre 1907, un programme considérable. Parmi les nombreuses mesures dont il demandait l'adoption, les principales avaient pour objet : le vote d'un amendement à la loi Sherman de 1890, en vue d'autoriser les compagnies de chemins de fer à conclure des ententes sous certaines réserves; une loi sur la circulation fiduciaire, pour donner à celle-ci une plus grande élasticité; une loi sur les accidents du travail, dans le domaine du pouvoir fédéral; l'adoption du principe d'ụne enquêle obligatoire par le gouvernement fédéral dans les conflits importants entre patrons et ouvriers etc. Le peu de hâte du Congrès à satisfaire les désirs du président amena l'envoi d'un nouveau message le 30 janvier, puis de deux autres, le 23 mars et le 27 avril. L'insistance du président n'eut d'ailleurs pas raison de l'apathie du Congrès et surtout de la volonté arrêtée du speaker, M. Cannon, qui s'est toujours montré hostile aux mesures souvent d'allures radicales proposées par M. Roosevelt, de ne faire à celte session qu'une besogne modeste. La seule mesure importante adoptée par le Congrès est la loi Vreeland-Aldrich, qui autorise l'émission, dans les périodes de resserrement monétaire, par des associations composées d'au moins dix banques nationales chacune, de billets d'un caractère provisoire, garantis, sous des conditions spéciales, par des titres et le portefeuille commercial des banques. Le président avait demandé le vote de crédits suffisants pour la construction de quatre cuirassés du type le plus récent; il fit même de cette question l'objet d'un message spécial, le 14 avril. Mais le Congrès, insensible à ses objurgations, ne vota qu'un crédit de 10 millions de dollars, pour deux cuirassés seulement.

Les membres du Congrès ne portaient que peu d'intérêt à leurs travaux législatifs. Dès le mois de novembre, les intrigues avaient commencé aų sein même des partis, entre les factions rivales, accaparant l'activité des chefs, pour assurer le triomphe de leur favori. Ces intrigues ont dominé la vie politique jusqu'au mois de juin, où les conventions nationales, par l'adoption du programme et l'élection des candidats, ont ouvert la seconde partie, la partie publique et A. Tome XXIII. – 1908.

53

bruyante de la campagne, qui se terminera le 3 novembre par l'élection des électeurs présidentiels, élection qui équivaut, on le sait, par suite de la pratique du mandat impératif donné à ceux-ci, au choix même du futur président.

Depuis que M. Roosevelt a été appelé à la présidence des États-Unis, sa personnalité domine le parti républicain. La lutte fort vive qu'il a menée contre les trusts, la position qu'il a prise en faveur des mesures radicales, dans les nombreuses questions qui sollicitent l'opinion publique, lui ont acquis une popularité considérable auprès des masses. Il a soulevé contre lui, il est vrai, les magnats de la finance et de l'industrie, qui lui reprochent sa politique bruyante, ses discours, dont l'allure et le ton sont souvent bien plus d'un politicien fougueux que d'un homme d'État. Et sa conduite est l'objet des plus acerbes critiques à New-York, où les hommes d'affaires l'accusent d'avoir, par ses discours virulents, précipité et aggravé la crise récente. En dépit de cette hostilité, cependant, la candidature de M. Roosevelt se serait imposée à son parti, si elle ne s'était heurtée à la tradition qui veut qu'un président ne reste pas en fonctions plus de deux termes consécutifs. Ses partisans, il est vrai, faisaient remarquer que la première période de trois ans et demi de présidence accomplis par M. Roosevelt n'était que l'achèvement du terme de M. Mac Kinley, à qui il avait été inopinément appelé à succéder, par l'assassinat de celui-ci. Ainsi, la présidence personnelle de M. Roosevelt n'a commencé qu'en 1905 : sa réélection en 1908 ne violerait donc pas la tradition. Mais cette argumentation spécieuse se heurtait à l'engagement formel pris par M. Roosevelt lui-même au lendemain de l'élection de 1904, de n'être « dans aucune circonstance » candidat aux fonctions présidentielles à l'expiration de cette période.

La décision de M. Roosevelt de ne pas se présenter aux suffrages de son parti en 1908 ouvrit la porte aux intrigues et aux compétitions. Dans ces dernières années, deux courants se sont dessinés dans le parti républicain : un courant conservateur, qui groupe les représentants des gros intérêts industriels et financiers, les bailleurs de fonds du parti, depuis plus de vingt ans, adversaires résolus des mesures que M. Roosevelt a imposées au parti ces dernières années, et un courant radical qui représente les aspirations des masses

ouvrières des régions industrielles de l'est et du centre-nord, et des populations agricoles de l'ouest. Chacune de ces factions rivales s'efforça de trouver le candidat qui lui permettrait d'assurer sa suprématie. Les adversaires de M. Roosevelt mirent en avant les noms de MM. Cannon et Fairbanks. L'honorable Joseph J. Cånnon est une des figures les plus connues du monde parlementaire américain. Membre de la Chambre des représentants, où il siège pour l'état d'Illinois, il en est speaker depuis 1903 : il a dirigé les travaux des 58e et 59e Congrès, et, en novembre dernier, le 60e l'a de nouveau appelé à ces fonctions. Le speaker est la cheville ouvrière, le moteur du Congrès. Il peut opposer avec succès son autorité à celle du président. M. Cannon a contrecarré souvent les désirs de M. Roosevelt, et il est l'auteur responsable de l'échec de plus d'un projet cher à celui-ci. Il est le chef du groupe des conservateurs dans le parti républicain. Malheureusement, le speaker avait contre lui son grand age : il a soixante-douze ans, et le peuple américain appréhende confier à un vétéran les lourdes et fatiguantes fonctions de la présidence. M. Charles Warren Fairbanks, élu vice-président des États-Unis en 1904, âgé de cinquante-six ans seulement, semblait un meilleur candidat; sa sympathie pour les mesures modérées lui avait rendu favorables les représentants des trusts et des financiers, tandis que sa fortune lui permettait d'organiser les forces nécessaires pour préparer le succès de sa candidature.

Les candidats étaient plus nombreux dans l'aile radicale du parti. Deux d'entre eux, MM. Knox et Cortelyou, furent assez vite écartés. Le sénateur Knox, qui représente au Sénat la Pensylvanie, a été attorney-général dans le cabinet de M. Roosevelt, pendant sa première présidence; il a préparé en cette qualité les mesures législatives contre les trusts, et poursuivi vivement ceux-ci devant les tribunaux. Mais M. Knox avait une tare, qui devait le rendre suspect à beaucoup de gens : avant de poursuivre les trusts au nom du gouvernement fédéral, il avait été le conseil de quelques-uns des plus importants. La carrière de M. Cortelyou peut être prise comme exemple du libre accès des fonctions publiques aux États-Unis : simple sténographe dans le personnel du secrétariat de M. Mac Kinley, celui-ci l'appela à remplir les fonctions de secrétaire à la Maison-Blanche, que lui conserva M. Roosevelt. En 1903, lors de la création du ministère du Commerce et du Travail, il en fut nommé titulaire; deux ans plus tard il devenait ministre des Posles; enfin, en 1907, le ministère des Finances, le second en importance, lui élait confié. Son

« EdellinenJatka »