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CHRONIQUE DE CHINE

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(1907-1908)

I. Chine : Réformes constitutionnelles. Les partis avancés. Affaire

du Tatsou marou. Rachat des télégraphes. Chemins de fer. Mines. Missions religieuses. Les Chinois à l'étranger. — II. Mantchourie : Le situation. Voie ferrée de l'a-khou-men. L. Kan-to (Kien-tao). Juridiction à Kharbin.

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Réformes constitutionnelles. – Pendant les derniers mois de 1907 la question coastitutionnelle est à peu près stagnante; plusieurs décrets des derniers jours de septembre' promettent une assemblée générale et des assemblées locales; la première tseu-tcheng yuen sera formée de ministres et présidée par le grand secrétaire Swen Kia-nai, elle devra étudier les bases du gouvernement parlementaire. Les assemblées locales seront composées en conformité de règles à préparer par les ministres de l'Instruction et de l'Intérieur; les vice-rois et gouverneurs désigneront les localités où l'on appliquera cette nouvelle forme de gouvernement pour y accoutumer le peuple. Des hommes de valeur et de bonne volonté seront choisis par les autorités pour expliquer au peuple ce qu'est une constitution et lui faire comprendre les intentions de l'Empereur, ces hommes seront récompensés selon leurs mérites, les spécialistes les plus marquants pourront, d'après la coutume antique, être présentés au Trône en vue d'obtenir des postes, décret du 19 octobre ?. Les assemblées provinciales tseu-yi kiu sont instituées (19 octobre); les membres, choisis par les vice-rois et gouverneurs parmi les notables et hommes du peuple les plus intelligents et les plus intègres, donne

1. North China Herald, 27 septembre 1907, p. 734, 4 octobre, p. 24. 2. Ibid., 25 octobre 1907, pp. 222, 223.

ront des avis aux mandarins sur toutes les réformes à accomplir et aideront à les mettre en pratique, les décisions les plus importantes devant être préalablement soumises à l'approbation du Trône; à l'avenir les membres de l'assemblée d'empire seront choisis parmi ceux des assemblées provinciales?. Enfin un édit solennel du 25 décembre ? répète la promesse d'une constitution : le peuple doit se familiariser avec les procédés de l'élection, de la discussion parlementaire, il doit se conformer aux règlements, mépriser les fausses rumeurs dont les auteurs seront châtiés; par son altitude et son intelligence des nouveaux principes il fixera lui-même l'époque où la Cour mettra en usage le nouveau régime.

Vers cette époque répondant à l'appel du souverain les plus hauts dignitaires de Péking se formerent 3 sous la présidence du prince de Khing en un comité semi-officiel pour l'étude de l'organisation parlementaire et d'autres questions gouvernementales; les ving! membres de la nouvelle association, parmi lesquels on compte les princes de Tchh wen et de Sou, les grands secrétaires Na-thong, Swen Kia-nai, les conseillers impériaux Yuen Chi-khai, Tchang, Tchi-tong, Thie-liang, Chi-siu, etc., sont en majorité des conservaleurs : il est d'autant plus notable de les voir prendre en mains la cause des réformes. Depuis la fin de 1906 · il existait en plusieurs villes de province des associations privées tcheng-wen seu formées de notables, de commerçants, de mandarins et qui se réunissaient pour étudier les questions politiques et administratives; elles renseignaient les autorités et s'efforçaient de les aider dans la préparation des institutions nouvelles, elles correspondaient d'une ville à l'autre et avaient des représentants à Péking; les décrets de l'automne 1907 invitant la population à participer aux réformes, le bon accueil de la part des mandarins doublèrent l'activité des Ichengwen seu. Le mouvement en faveur de la prompte institution du parlement s'affirma rapidement pendant le printemps; des délégués des dix-huit provinces, de Singapour, de Batavia, de Manille furent envoyés en juin et juillet pour hâter la réforme; le gouvernement

1. Un bureau municipal a été fondé à Thien-tsin par le vice-roi Yuen le 29 août 1906 et s'est occupé d'instruction publique, de statistique, de questions d'organisation; des séances de discussion étaient tenues. Le vice-roi avec l'agrément du Trône a fait ainsi un premier essai de parlement local. (North China llerald, 25 octobre 1907, p. 229.)

2. Ibid., 10 janvier 1908, p. 83.
3. Ibid., 20 décembre 1907, p. 721.
4. Ibid., 29 août 1903, pp. 509, 535.

suivit l'opinion publique, réunit la commission spéciale des travaux constitutionnels et demanda l'avis des vice-rois et gouverneurs, puis des fonctionnaires provinciaux au-dessus du rang d'intendant : beaucoup de mandarins se prononcèrent pour ne pas retarder l'octroi d'une constitution, d'autres conseillèrent de fixer un délai de cinq, sept, voire vingt ans". Toutefois l'ingérence des délégués semblant excessive, un décret du 10 août ordonna la dissolution des tchengwen seu, l'arrestation et la punition des membres ?

Cependant l'organisation des assemblées provinciales avait été sanctionnée par l'Empereur 3 : le nombre des membres sera en raison de l'impôt foncier en grain et du nombre des licenciés fixé pour chaque session (Girin 30, Sin-kiang 30, Kwei-tchèou 39, Chantong 100, Kiang-sou 121, Tchi-li 140, etc., plus 20 ou 25 membres mantchous répartis dans les diverses assemblées d'après leur domicile) ; sont éligibles les gradués des écoles moyennes, les licenciés, les mandarins non en charge, les hommes qui pendant cinq ans se sont occupés d'instruction publique, les notables de loute qualification ayant un capital de 5 000 piastres ; toutes les mesures concernant l'intérêt général de l'Empire pourront être suspendues par le veto du vice-roi ou du gouverneur; en pareil cas et chaque fois qu'il y aura désaccord entre l'autorité exécutive et l'assemblée, un conseil métropolitain tranchera le différend. L'assemblée d'empire émanera des assemblées provinciales, soit par une élection soumise à l'approbation des vice-rois et gouverneurs, soit par un choix fait par ceux-ci. Un décret du 22 juillet a fixé un délai d'un an, pour la préparation de tout ce qui concerne les assemblées provinciales. Il a de plus été décidé sur la proposition de Yuen Chi-khai qu'une école spéciale serait ouverte à Péking, où les jeunes gens des grandes familles mantchoues et chinoises étudieraient les principes du gouvernement parlementaire. Un décret du 27 août" a sanctionné les principes constitutionnels qui ont été proposés par la commission : le souverain est inviolable, il détient le pouvoir total et l'exerce conformément à la constitution, les sujets ont des droits et des devoirs fixés par les lois, de là se déduisent pour l'assemblée le droit d'adresser des représentations aux ministres et aux agents exécutifs, le droit de coopérer à la confection des lois et de surveiller les mesures financières, aussi bien que la distinction des agents exécutifs et judiciaires; le rapport de la commission insiste sur l'idée que la Constitution est octroyée, que c'est la Constitution qui établit l'assemblée, bien loin que celle-ci fasse la Constitution : la Constitution doit donc être sagement mûrie et rester quasi immuable. Le même rapport a fixé année par année, exactement en 92 points, le détail des mesures qui seront prises dans l'Empire depuis 1908 jusqu'à 1916 date de la promulgation de la Constitution, et qui touchent à l'organisation des assemblées locales, provinciales, d'empire, à la rédaction et à la promulgation des codes, à la refonle du système des impôts, des traitements, des grades et dignités, à la publication des livres d'instruction, etc. Un programme si détaillé est puéril; les ennemis du gouvernement de Péking le déclarent destiné à jeter de la poudre aux yeux. Le reproche tombe partiellement à faux; il est probable que des hommes comme Yuen et Tchang sont convaincus, mais ils trouvent des résistances : et de là naissent les décisions successives et contradictoires de la Cour; il est évident toutefois que de lant d'études et de discussions il ne peut pas ne pas sortir des transformations importantes.

1. North China llerald, 20 juin, 4 juillet, 25 juillet, 1er août 1908, pp. 748, 749, 26, 27, 231, 292, 293.

2. Ibid., 15 août, 29 août 1908, pp. 441, 509, 535.
3. Ibid., 25 juillet, 1er août, 8 août 1908, pp. 230, 259, 292, 352.
4. Ibid., 8 août 1908, p. 353.

5. Ibid., 5 septembre 1908, pp. 599, 600; supplément spécial du Pei-king ta thong ji pao.

Les partis avancés. - Sitot sortie des troubles de 1900 et des négociations de 1900-1901, la Cour, ayant orienté sa marche vers les réformes, a suivi cette voie non sans hésitations ni d'un pas égal, du moins constamment et sans retour marqué : on a noté quelques étapes dans la Vie politique publiée annuellement par les Annales des Sciences politiques depuis 1903. Avant 1900 ceux qui prônaient les réformes, les chefs, Khang Yeou-wei et Liang Khi-tchhao, les partisans avoués étaient traqués, exilés, mis à mort, beaucoup de commerçants, de notables, de mandarins taisaient leurs sentiments favorables aux réformateurs; depuis 1901 les amis de ceux-ci ont parlé, ils ont été nommés vice-rois, ministres, conseillers impériaux, ils sont dans la famille impériale même. Si Liang Khi-tchhao, qui, résidant au Japon, est devenu l'inspirateur du parti, si Khang Yeouwei, passant de Hong-kong en Birmanie, puis au Mexique, sont encore à l'étranger, ce n'est plus pour leurs idées, mais en raison du ressentiment personnel de l'Impératrice douairière. Et, d'autre part, le Chi-wou pao de Chang-hai, organe de Liang Khi-tchhao, déclare à propos des premières enquêtes sur les constitutions : « La question de l'établissement d'une constitution est vraiment pour l'avenir de la Chine une question de vie ou de mort; les mandarins auront la force de réaliser les réformes... et si des hommes se fâchent contre les Mantchous, les mandarins avec leur force tenace détruiront l'opposition » 1. Les progressistes dans le pays, exilés même, sont donc d'accord avec ceux qui sont aux affaires : corriger les abus, garder en général la forme de l'État tout en changeant et vivifiant quelques-uns de ses principes, maintenir la dynastie, tel est le programme.

Liang Khi-tch hao et ses journaux, à Tokyo, Yokohama, Changhai, agirent profondément sur les éludiants si nombreux après 1900 ; ceux-ci se persuadèrent que leur science moderne leur conférait une mission politique, ils voulurent imposer leurs volontés au ministre de Chine à Tokyo; plus tard ils jurèrent de défendre la Chine contre les Russes et envoyèrent des délégués à Yuen Chi-khai, au retour ils rapportèrent dans leur pays plus d'agitation d'esprit que de connaissances sérieuses 2. Les uns se joignirent naturellement aux progressistes; les autres, plus impatients et moins instruits, trouvaient la réforme légale trop lente et superficielle. Les sociétés secrètes toujours existantes ont redoublé d'activité depuis une dizaine d'années : si les unes essaient simplement d'échapper à la tyrannie morale de l'État chinois, beaucoup sont ennemies de la dynastie mantchoue qui incarne présentement les principes de cet État; elles se réclament du sentiment national chinois persistant dans le sud, ressucité aujourd'hui, affirme-t-on, dans le nord : il y a quinze ans on n'en voyait pas trace au Tchi-li. De ces impulsions est né un parti révolutionnaire, qui, non moins qu'aux progressistes du gouvernement, s'oppose à Liang Khi-tchhao et à ses amis; divers faits l'ont montré, ainsi à une conférence en faveur de la Constitution donné à Tokyð le 17 octobre 3, Liang Khi-tchhao, qui présidait, ful violemment pris à partie et eût été malmené sans l'intervention de la police. La divergence entre révolutionnaires et progressistes n'était pas si marquée au début; l'insurrection persistante du Kwang-si est l'æuvre des bandes locales et des sociétés secrètes, mais quand (mai 1903) le gouverneur fait mine de s'entendre avec les autorités françaises du Tonkin, ce sont les progressistes qui

1. A. Maybon, La Politique chinoise, p. 233 (1 vol. in 18, Paris, 1908).

2. Chronique, Annales des Sciences politiques, novembre 1905, novembre 1906, novembre 1907.

3. Japan Mail, 26 octobre 1907, p. 452.

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