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de telles garanties les droits des citoyens. Dans le nouvel ouvrage que vient de nous donner M. H, S., il a voulu nous expliquer le mécanisme des institutions liégeoises, en analyser les organes au moment où leur désagrégation commençante permet davantage de saisir leur caractère essentiel, montrer comment l'état liégeois, sans constitution proprement dite, fut véritablement un état constitutionnel. Au sommet de la hiérarchie, le prince-évêque, souverain élu, sorte de président à vie dont les pouvoirs sont limités par les droits des États. Les États, comme nos États généraux, composés de trois ordres et comme eux temporaires. Ils se réunissent régulièrement deux fois l'an en session ordinaire de dix jours ; le prince garde la faculté de les convoquer plus souvent. Ils votent l'impôt et en surveillent l'emploi; une délégation permanente, analogue à celle qui l'onclionne chez nous dans l'intervalle des sessions des Conseils généraus, contrôle l'utilisation des fonds. L'évêché de Liége jouit donc du bienfait d'un budget régulièrement voté. Pour les actes que le prince peut accomplir sans le consentement des États, les édils de police générale, par exemple, la règle de l'irresponsabilité du souverain se concilie avec des sanctions effectives. Chacun des actes du prince doit être contresigné par un membre du conseil privé, sorle de conseil des ministres. Et pour que la responsabilité de ces fonctionnaires soit réelle, ils ne sont pas seulement passibles de destitution, mais responsables sur leurs propres biens. Le droit de grâce, qui pourrait les soustraire au châliment, n'appartient pas à l'évėque trop aisément tenté de le faire servir à innocenter des serviteurs coupables simplement d'avoir exécuté ses ordres : il est la propriété des États. A côté des États, garantie de saine gestion financière et de bonne administration, le tribunal des XXII, garantie de prompte et sévère justice; l'institution, peut être la plus originale du pays de Liége, sorte de jury permanent que chacun peut saisir et qui peut se saisir lui-même direclement des causes d'intérêt public. Désignés pour un an, ses membres étaient responsables devant leurs successeurs des abus qu'ils avaient pu commettre dans l'exercice de leur charge.

Tel se présente en bref le régime dont M. II. S., dans une étude effectuée sur les documents originaux, pénétrante et claire, nous a retracé la décadence depuis le coup d'état épiscopal de 1684 qui en restreignit les libertés jusqu'à la révolution du 18 août 1689 montrant comment cette organisation ecclésiastique se décompose peu à peu au contact des idées nouvelles. Comme ouvrage de droit constitutionnel, l'ouvrage de M. H. S, n'est pas indigne d'être rapproché des livres d'Émile Boutmy et c'est dire quelle utilité il présente au point de vue de la formation et du fonctionnement des institutions libres en Europe. Dans un chapitre spécial, fort instructif au point de vue du droit international, M. S. étudie la neutralité du pays de Liége, neutralité bien particulière faite d'une servitude de passage librement consentie par l'évêque pour se maintenir en dehors des hostilités. Le long couloir formé par l'État liégeois dans la vallée de la Meuse est comme un détroit qui assure les communications de l'Allemagne et de la France; une sorte de Sund territorial dont le souverain contrôle la traversée. Il n'est pas comme la Belgique actuelle une région dont la possession donnerait la prépondérance en Europe occidentale à ses détenteurs. Loin de l'interdire, le prince, au contraire, accepte la violation de son territoire pour assurer son intégrité. On voit la différence de la neutralité liégeoise avec les neutralités permanentes et actuelles et comment il serait imprudent de l'y rattacher : elle se résère à d'autres principes. Paix à l'extérieur, paix à l'intérieur. M. S. à nettement montré comment le pays de Liége se maintint depuis les époques les plus loiulaines dans la tradition d'un libéralisme conciliant qui sut, au temps de la Réforme, éviter les bûchers, accueillir les Encyclopédistes au xviire siècle, offrir une chaire à Sainte-Beuve sous le second Empire et qui reste le caractère distinctif de la Wallonie.

R. DOLLOT.

E. Tonnelat. — L'expansion allemande hors d'Europe. Lib. Armand Colin; | vol. in-18, 278 p.

Dans son intéressant ouvrage sur L'émigration curopéenne au XIXe siècle, M. R. Gonnard avait, naturellement, consacré un chapitre à l'émigration allemande. M. Tonnelat a pu visiter, sinon loutes, du moins les plus importantes des colonies allemandes hors d'Europe. Son ouvrage nous apporte donc, sur ce sujet d'une réelle importance, une documentation et des impressions précieuses. Ses chapitres sur : les Allemands aux ÉtalsUnis; les colonies allemandes au Brésil; les Allemands au Chantoung, ces deux derniers surtout, sont particulièrement intéressants. L'étude sur les Allemands et indigènes dans l'Afrique du Sud complète cet ensemble d'essais Traitant à la fois de l'émigration et de la colonisation allemandes.

Les colonies allemandes au Brésil ont appelé l'attention ces dernières années, et même soulevé quelques appréhensions de la part des États-Unis. Les conclusions de M. T. à ce sujet prouvent leur fulilité : « Quant à la fondation d'un État indépendant de paysans allemands dans le sud du Brésil, dit-il, elle parait encore moins vraisemblable qu’un essai d'annexion territoriale par l'Allemagne. »

V. A.

Georges Blondel. – L'éducation économique du peuple allemand. Larose et Tercin, 1 vol. in-18, 136 p.

La grande connaissance qu’a M. Blondel des questions économiques en général, et en particulier de celles qui concernent l'Allemagne, donnent un intérêt particulier à celle nouvelle étude, résultat d'observalions faites au cours de plusieurs voyages. L'occasion particulière de celle-ci est l'inauguration, l'année dernière, de la nouvelle école des hautes études commerciales de Berlin. Elle vient à un moment propice et sera lue avec intérêt et profit par les hommes, de plus en plus nombreux, qui se préoccupent de la réforme de notre enseignement secondaire. Nul doute que chez nous quelque chose ne cloche en ce moment, à cet égard. La tendance des masses semble être de plus en plus vers le fonctionnarisme, tandis que ceux dont le devoir est d'envisager l'avenir comprennent la nécessité d'aiguiller vers les carrières actives, commerciales et industrielles, les individus les meilleurs des jeunes générations. Notre système d'éducalion n'a pas été conçu dans ce but : il est indispensable que nous l'adaptions promptement à ce besoin nouveau. Les Allemands nous ont devancés dans cette voie; nous pouvons, non pas les copier servilement, mais leur demander des exemples. L'étude critique de M. Blondel sera pour cet objet un guide excellent.

A. V.

Henri de Noussanne. Des Faits. Des Hommes. Des Idées. 1905-1906. Préface de Maurice Barrès, de l'Académie française. 1 vol. in-18, 286 p. Plon.

Il n'y a rien de didactique dans ce livre et c'est cependant un des ouvrages les plus renseignés, en notre temps. Tableaux de politique intérieure ou de politique étrangère, esquissés sur place, d'une touche légère et précise, les études de M. de N. ont la valeur de documents certains. On peut discuter l'interprétation des faits qu'il rapporte; on ne saurait en méconnaitre l'exactitude. Et, d'autre part, notre curiosité trouve toujours son compte à l'accompagner, il l'éveille et ne l'épuise pas.

Dans une succession de chapitres qu'a publiés au jour le jour l'Écho de Paris, mais conçus suivant un plan directeur et redigés d'ensemble, l'auteur nous entraine successivement à sa suite sur les routes, et plus volontiers sur les chemins douloureux de l'Europe. A Rome, il nous introduit auprès de Pie X et du cardinal Merry del Val et termine son enquête sur le Conflit religieux en nous apportant un entretien très noble avec Ferdinand Brunetière agonisant. Dans Choses et Gens d'Outre-Rhin, c'est toute la politique étrangère de l'Allemagne que nous entrevoyons évoquée en vivantes images, car M. de N. a le génie du concret. L'Allemagne et la Scandinavic nous font saisir un des problèmes les plus injustement mécon. nus de notre politique étrangère. Mais, c'est dans l'Oppression prussienne en Pologne que l'auteur donne véritablement sa mesure. Par le simple récrit de faits incontestés, il atteint à la plus haute émotion et dresse un réquisitoire qui restera, contre une administration dont les rigueurs ont su effacer chez les Polonais le souvenir des persécutions russes. Le livre s'achève par deux enquêtes sur les révolutionnaires de France, ceux des campagnes et ceux des villes, les plus intéressantes pour nous, triste dyptique de l'anarchie morale d'aujourd'hui. Souvent émues, toujours éloquentes, les pages de ce volume d'une belle tenue littéraire s'inspirent de deux idées constamment présentes à notre esprit : la notion de l'ordre et le respect du droit.

. R. W.

Édouard Escarra. -- Le développement industriel de la Catalogne, 1 vol. in-8 de 250 pages, chez Arthur Rousseau.

Sous ce titre, M. Escarra, chargé de cours à la Faculté de droit de l'Université de Lille, a réuni les résultats de l'enquête dont il avait été chargé, l'an dernier, par le Musée Social. Son livre est divisé en trois parties : la seconde — qui eût dù logiquement, croyons-nous, être la première – contient un historique sommaire, mais très précis, de l'industrie catalane. Le chapitre premier nous offre un aperçu assez complet de l'état actuel de celte industrie, l'énumération détaillée de ses branches les plus importantes. Ce n'est pas la faule de l'auteur, s'il n'a pu nous donner de renseignements plus détaillés ou plus précis : les statistiques officielles sont notoirement insuslisanles... lorsqu'elles existent, et, en tout cas, fort sujettes à caution. Il n'y a guère que pour l'industrie du coton — qui est de beaucoup, il est vrai, la plus importante des industries catalanes — que M. E. a pu se procurer des chiffres suffisamment dignes de foi auprès du Fomento del Trabajo Nacional, dont le siège est à Barcelone.

Peut-être seulement le fait que M. E. a mené à peu près exclusivement son enquête dans cette ville, ne lui a-t-il pas permis de tenir assez compte du caractère très particulariste des Catalans et de leur souverain mépris pour les autres citoyens du royaume. C'est ce qui lui a fait écrire des phrases comme celles-ci : « ce qui caractérise cette région, c'est son activité industrielle : par là elle se distingue nettement, et à plusieurs points de vue, du reste du royaume... » (p. 10), ou encore, deux pages plus loin : « seule en Espagne, l'industrie catalane est une industrie nationale... » (p. 12), – phrases que démentent, au reste, heureusement, d'autres passages du livre, qu'il serait trop long de citer ici.

Peut-être aussi, peut-on reprocher à M. E. de n'avoir pas proclamé assez haut ce que l'industrie catalane doit au protectionnisme, bien que cela résulte clairement de la lecture de son ouvrage. C'est le protectionnisme exagéré, dont ont bénéficié les Calalans, et pour lequel l'Espagne entière paie un lourd tribut, qui fait comprendre ce que cette industrie a d'artiliciel, dans certaines de ses branches, qui explique à la fois le peu de progrès qu'elle réalise, faute de l'aiguillon de la concurrence étrangère, et la crise dont elle souffre actuellement et qui est due, avant tout, à la surproduction. C'est le protectionnisme aussi, et l'étude de ses effets sont l'ensemble du royaume, qui permet de voir exactement le rôle joué par la Catalogne dans la vie économique du royaume et d'apprécier, en partie, les théories régionalistes ou « nationalistes » des Catalans.

M. E. se montre, au reste, et, croyons-nous, avec infiniment de raison,

assez sceptique au sujet de l'avenir de nombre d'industries de celle province. Ceci fait l'objet de son chapitre 11. Si les industries mélallurgiques ou minière lui paraissent appelées à prendre plus d'extension, il se demande, en revanche, si les industries cotonnières ne sont pas destinées à rester stationnaires, et l'avenir des industries chimiques lui paraît fort douteux.

Quelques réserves que l'on puisse faire sur certaines des conclusions de M. E., - et notamment au sujet de l'avenir des relations franco-espagnoles, qu'il envisage sous un jour bien pessimiste, — son livre n'en constitue pas moins une très utile contribution à l'étude économique d'un pays trop négligé et cependant digne de tout notre intérêt.

ANGEL MARVAUD.

Louis Delpérier. – Les colonies de vacances. Lecoffre, 1 vol. in-18, X.XV-184 p.

A une époque où les économistes se préoccupent justement de l'abaissement continu de la natalité, toute mesure propre à diminuer la mortalité, surlout parmi les enfants, doit être encouragée. A ce titre, les colonies de vacances ne sauraient trop ètre recommandées; en outre, de leurs avantages physiques, elles comportent de nombreux avantages intellectuels, moraux et sociaux. Ces importants résultats sont fort bien mis en lumière dans l'ouvrage de M. L. D. : après avoir retracé le développement et la situation actuelle des colonies de vacances à l'étranger et en France, il étudie leur organisation et leur administration, et fait la comparaison entre les deux modes de placement : placement l'amilial et colonie collective; il envisage aussi la question des transports et celle des assurances, et termine en indiquant comment les colonies de vacances peuvent être prolongées ou remplacées. Ce livre, très complet et très clair, est le résultat de laborieuses et consciencieuses recherches; aussi la Bibliothèque d'économie sociale n'a-t-elle pas hésité à donper l'hospitalité au travail de notre jeune camarade. Dans la préface qu'il a écrite pour cet ouvrage, M. E. Cheysson dit en parlant de M. L. D. que « les lecteurs trouveront en sa compagnie autant de profit que de plaisir »; nous sommes les premiers à applaudir un tel jugement, et nous recommandons la lecture de ce livre à tous ceux qu'intéressent les questions d'économie sociale.

M. WALLOX.

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